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La vie rêvée d'Ezra
"Hey..."
J'ouvre les yeux, la tête encore brumeuse de sommeil. Inutile de faire semblant de dormir vu que j'ai senti le matelas s'affaisser il y a plusieurs minutes déjà. Mon regard tombe sur une paire d'yeux clairs que je connais bien. Malgré moi, je souris, pâteusement certes mais je souris. C'est instinctif, sa présence me fait sourire, je ne l'explique pas, c'est juste comme ça.
Son index trace la courbe de mon nez. Son corps réchauffe les draps et je remonte vaguement la couette sur mon épaule nue.
"Il faut te lever."
Je ferme les yeux et fais la moue, sourcils froncés. Son rire est discret et doux, comme pour ne pas faire de bruit, comme si je dormais encore. Ses lèvres pressent un baiser sur mon front puis le matelas s'allège. Une drôle de sensation s'empare de mon corps, douce et puissante à la fois. J'ai toujours aimé l'indescriptible besoin de s'étirer au réveil. C'est une chose à laquelle on ne peut résister et dans la foulée,je baille éhontément, enfouissant mon visage à la fois dans l'oreiller et dans le creux de mon coude.
Je l'entends marcher dans la chambre, plus précisément faire le tour du lit, et s'asseoir dans mon dos. Sa main se faufile sous la couette pour se poser sur ma hanche. Sa bouche se promène entre ma gorge et mon épaule.
"Debout, paresseuse."
"Tu me chatouilles, andouille..."
Je glousse mais avec la voix encore enrouée de sommeil, c'est pas très glamour. Je m'en fiche un peu, à vrai dire. J'aime bien sa façon de me réveiller.
"Tu fais des vers sans en avoir l'air."
Je grogne, agite une main par-dessus mon épaule dans sa direction.
"Encore cinq minutes..."
"Non, non, non..."
Je soupire et puis je finis par m'asseoir, une main plaquée contre mon visage. Je jette un œil à la pendule sur le mur d'en face et me retourne, la bouche entrouverte, mon air outré probablement peu convainquant avec ma tête de déterrée.
Je choppe mon oreiller pour m'en servir d'arme providentielle mais l'animal est déjà loin, hilare. J'essaie de ne pas sourire, c'est ridicule, et puis je voulais encore dormir. Mais maintenant que je suis bien réveillée, c'est un peu loupé. 5h42... Non mais je te jure, on n'a pas idée de réveiller les gens à une heure pareille. Avec un soupir faussement las et sérieusement amusé, j'embarque une partie de la literie et me lève pour aller à la fenêtre. A l'horizon, un premier rayon orangé perce le ciel encore bien étoilé. Oui, décidément, j'adore sa façon de me réveiller, on ne peut pas rêver mieux.