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Avoir une expérience sensorielle, c’est agir sur le monde
Le concept de conscience recouvre des sens très divers allant de l’état de conscience, en référence au degré d’éveil, à la notion plus philosophique et complexe de conscience de soi. Quelle est votre approche du problème ?
Je crois qu’il faut aborder la conscience en partant d’une proposition fondamentale faite en 1995 par Ned Block, un philosophe actuellement à l’Université de New York. Il propose de distinguer ce qu’il appelle « conscience d’accès » et « conscience phénoménale ». La conscience d’accès, ou A-conscience, est la possibilité d’accéder cognitivement à quelque chose : je peux être A-conscient du fait que je parle avec vous, que cette porte devant moi est jaune, que j’existe, que mon « moi » existe et que ce moi a des sensations et est capable de réfléchir, de prendre des décisions, etc. Je recueille des informations de nature variée grâce à mes cinq sens et j’accède ensuite à ces informations pour raisonner, agir, décider, parler, etc. Ned Block souligne qu’une information relève de la A-conscience quand on peut l’utiliser selon différents types de comportements mentaux, d’actes langagiers ou d’actions potentiels. La conscience phénoménale, ou P-conscience, est toute différente et beaucoup plus délicate à concevoir et à appréhender, et c’est elle qui m’intéresse particulièrement. Elle correspond non pas au fait de ressentir quelque chose, mais à l’effet que cela fait de ressentir, à la perception des qualités éprouvées – des qualia, disent les philosophes. Dans le film Terminator, le robot ou cyborg du même nom est capable de voir et d’entendre, il a la sensation de soi, il possède donc la A-conscience de son environnement et de soi. Lorsqu’il perd un bras, il a la A-conscience de cette amputation. Mais à la différence d’un humain, il ne peut avoir la P-conscience du mal ressenti. Il pourrait certes avoir été programmé pour hurler sa douleur, ce qui serait une manifestation de la A-conscience de son amputation. Mais ce comportement n’impliquerait en rien qu’il éprouve réellement une douleur, qu’il ait la P-conscience de ce que cette amputation lui fait ressentir. Dans la philosophie de l’esprit, toute une littérature traite du « zombie », un être qui nous ressemble totalement... sauf qu’il ne ressent rien. Le zombie croit qu’il ressent, car il a tous les comportements que nous pouvons avoir. Mais en réalité, ça ne signifie pas qu’il ressente réellement l’effet intérieur que lui procure un souffle de vent sur la joue, une mélodie magnifique ou un coucher de soleil sur la mer. Cet argument a été critiqué puisqu’il est invérifiable, donc non scientifique ; par exemple, nous sommes peut-être nous-mêmes des « zombies » sans le savoir, mais personne ne peut l’attester. Cependant, cette distinction me paraît intéressante d’un point de vue conceptuel car elle met en lumière l’idée que nous éprouvons quelque chose, et pas rien, lorsque nous ressentons et que nous savons que cette perception est présente en nous.
En quoi cette distinction est-elle opérante pour des scientifiques qui cherchent à comprendre comment « fonctionne » la conscience ?
Depuis des décennies, les neurophysiologistes cherchent l’explication de la conscience au niveau du cerveau et de son fonctionnement. Mais en réalité, leurs travaux et leurs théories portent le plus souvent, sans que cela soit clairement explicité, sur la conscience d’accès, rarement sur la conscience phénoménale. Ainsi dans la littérature, on trouve une bonne vingtaine d’hypothèses mettant en avant ce que l’on appelle le « corrélat neuronal de la conscience ». Par exemple, pour divers auteurs, l’existence d’oscillations électriques spontanées, synchrones à certaines fréquences, dans des réseaux reliant le cortex cérébral et une région appelée thalamus, ou bien des mécanismes quantiques dans les microtubules des neurones expliqueraient l’émergence de la conscience. Ces théories font appel à des mécanismes cérébraux et neuronaux. abscons et complexes, comme si la complexité expliquait forcément l’émergence d’un « quelque chose » de dimension supérieure, qui serait en l’occurrence la conscience. Or il y a dans la nature toutes sortes de phénomènes complexes et dynamiques (les nuages en mouvement, le vent sur les feuilles, etc.) dont n’émerge aucune dimension supérieure. En revanche, ces théories mécanistes ou fonctionnalistes sont plus intéressantes pour expliquer la conscience d’accès. Par exemple, dans le cadre de l’hypothèse de Bernard Baars selon laquelle il existe dans le cerveau un « espace de travail global conscient » connecté à une multitude de modules sensoriels, Stanislas Dehaene, Claire Sergent et Jean-Pierre Changeux (Inserm-CEA U562, Service hospitalier Frédéric Joliot, Orsay, et CNRS URA 2182 Récepteurs et Cognition, Institut Pasteur) proposent que la conscience émergerait parce que ces multiples modules du cerveau seraient actifs simultanément et communiqueraient plus librement avec l’espace de travail conscient, et inversement. Et effectivement, pour accéder à la conscience des caractéristiques d’un objet de l’environnement, il faut que les divers aspects de cet objet, sa forme, ses couleurs, etc., soient simultanément disponibles. C’est cette convergence d’informations traitées par le cerveau en liaison avec les données mémorisées qui me permettra de reconnaître instantanément que, là devant moi, j’ai un écran d’ordinateur ou une porte jaune. Mais cette théorie n’est qu’une approche de la conscience d’accès - elle ne me paraît pas avoir de portée pour comprendre comment j’ai conscience des « qualia », c’est-à-dire de l’effet ressenti que me font les choses.
Votre position reste cependant très théorique. Pouvez-vous avancer des arguments expérimentaux ?
Avant d’expérimenter, il faut commencer par réfléchir autrement à propos de la conscience phénoménale. Je propose de prendre une idée déjà proposée par le philosophe Maurice Merleau-Ponty (1908-1961). Dans son ouvrage Phénoménologie de la perception (1945), il explique que « toute conscience est conscience perceptive » et que la perception implique une dimension active du corps. Il faut repenser ce qu’est une sensation perçue en termes d’actions que notre corps entretient vis-à-vis de notre environnement. Prenons par exemple la sensation du mou d’une éponge. Lorsque j’appuie sur l’éponge, elle cède sous la pression d’une façon particulière et j’en éprouve une sensation que je qualifie de « mou ». Celle-ci ne réside donc pas dans l’excitation neuronale d’un « centre nerveux du mou » mais dans la potentialité d’actions que je peux exercer sur l’éponge, au schéma des interactions possibles que je peux avoir avec elle. La « P-conscience du mou » correspond à ce schéma d’interactions entre mon système nerveux, mon organisme et les propriétés particulières de l’éponge, schéma d’interactions dans lequel je suis engagé maintenant quand je ressens le mou. Si l’on se place dans l’optique, à mon avis erronée, du corrélat neuronal de la conscience, on peut imaginer que des modules sensoriels rassemblant les informations du toucher communiquent avec un « centre de la conscience », le stimulent, et que cela éveille la « conscience » du mou de l’éponge. Mais selon moi, cette description n’explique que la conscience d’accès à ces informations, elle n’explique pas le « ce que ça me fait » de ressentir le « mou ». Car la conscience phénoménale traduit l’idée que la sensation nous fait quelque chose, un effet, plutôt que rien ; aussi, étant donné que « ça me fait quelque chose », pourquoi ce « quelque chose » est-il différent selon les différentes sensations ? Pourquoi le rouge et le vert produisent-ils sur moi des effets différents ? Imaginons qu’il existe, au niveau de la rétine, des récepteurs sensibles au rouge et d’autres sensibles au vert (c’est une simplification de ce qui se passe réellement, qui nous suffira pour les besoins de l’argument). Ces deux types de récepteurs vont peut-être projeter vers le cortex visuel des fibres nerveuses : une zone du cortex sera donc activée quand l’objet sera rouge, une autre zone corticale le sera en présence d’un objet vert. Des connexions avec d’autres zones cérébrales permettront les comportements adéquats : freiner à un feu de croisement lorsque c’est rouge, affirmer qu’une tomate est mûre ou pas, par exemple. Mais le problème est que ce type de schéma neuronal peut être appliqué à une machine. On pourrait très bien la connecter comme cela, ça ne la ferait pas ressentir l’effet des choses pour autant. Elle ne ressentirait rien de différent entre le rouge et le vert, quand bien même elle serait capable de s’arrêter à un feu rouge et d’accélérer lorsque le feu passerait au vert. Autrement dit, évoquer des réseaux neuronaux fonctionnellement interconnectés ne fait que décrire un câblage qui peut aboutir à une action motrice, mais n’explique pas la qualité particulière de la stimulation.
Votre théorie est-elle plus explicative ?
Le philosophe Daniel Dennett a effectivement argumenté que les qualia sont une notion incohérente. Pour ma part, j’affirme simplement que l’on peut expliquer scientifiquement non seulement comment nous avons la conscience d’accès de quelque chose de mou ou de vert mais également comment nous sommes convaincus que nous éprouvons quelque chose (conscience phénoménale), et que les sensations que nous ressentons sont différentes et se classent dans des modalités sensorielles différentes. Ma théorie sensorimotrice est que cette conscience ne provient pas de l’activation d’une représentation interne, cérébrale, des qualités de l’objet, mais est au contraire constituée par l’engagement de l’observateur dans une interaction sensorimotrice avec l’objet. Au moment où je touche un objet, je suis engagé dans une interaction, et j’expérimente ; je vis ou éprouve donc des qualités d’interactions différentes selon que je touche une éponge, une surface dure, lisse ou rugueuse, qui mettent en jeu aussi bien les propriétés de l’objet que les récepteurs sensoriels et le cerveau. Ces interactions vont constituer un ressenti, une conscience, qui sera spécifique de l’objet en question. Cette idée peut être testée expérimentalement et relève donc bien de la science. Par exemple, dans le cas des couleurs, ma théorie ne paraît pas pertinente a priori car il semble que le mode d’interactions que l’on a avec le rouge ne soit pas différent du mode d’interactions avec le vert. Avec les chercheurs de mon équipe, nous nous sommes penchés sur cette question. Nous avons posé l’hypothèse suivante : la sensation d’une couleur n’est pas l’activation d’un certain type de neurones dans le cerveau mais la résultante d’une interaction particulière avec une surface de couleur. Si je fais bouger une feuille de couleur sous des éclairages différents, les changements d’apparence de la feuille obéissent à certaines lois physiques. De même que l’éponge est caractérisée par le fait qu’elle cède sous la pression d’une certaine manière, selon qu’elle est plus ou moins dure, mon interaction visuelle avec une feuille jaune est caractérisée par les lois physiques qui décrivent les changements lumineux provoqués par les mouvements de la feuille, et conditionnée par les caractéristiques de mes photorécepteurs rétiniens. Or nous avons caractérisé les lois physiques qui décrivent les changements dans la réponse des photorécepteurs rétiniens lorsque l’on bouge des surfaces de couleurs différentes. Nous avons observé que certaines surfaces ont des lois simples d’interactions et que la variabilité des signaux reçus est plus faible avec ces surfaces que la variabilité moyenne provoquée en général. Les couleurs de ces feuilles correspondaient très précisément aux couleurs prototypiques auxquelles les gens donnent un nom à travers toutes les cultures du monde : le rouge, le vert, le bleu, le jaune. La P-conscience de ces couleurs prototypiques naîtrait donc des interactions particulières que nous avons avec elles, non de l’existence de centres corticaux spécialisés dans la perception de ces couleurs. Un autre exemple est la sensation de caresse sur le bras. L’interprétation classique d’une telle sensation est que l’influx sensoriel se projette depuis les mécanorécepteurs de la peau jusqu’au cortex, où il active la zone correspondant à l’endroit du bras qui est stimulé. Cette interprétation considère que c’est l’activation différente des mécanorécepteurs, selon qu’il s’agit d’une caresse ou d’une piqûre, qui crée la différence de sensation. Mais elle laisse de côté ce que les zones cérébrales stimulées ont de particulier pour faire ressentir que cette sensation est une caresse plutôt qu’une piqûre, qu’elle est appliquée à cet endroit du bras et pas ailleurs. Dans mon interprétation, c’est l’assemblage des possibilités d’actions en liaison avec cet endroit de mon corps et la connaissance des conséquences de ces actions qui constituent la sensation de caresse localisée en cet endroit particulier. Si c’est bien cela, je devrais pouvoir modifier la sensation indépendamment de la stimulation des mécanorécepteurs du bras. Or c’est bien ce qui se passe avec l’« illusion de la main en caoutchouc », expérience proposée en 1998 par Matthew Botvinick (University of Pittsburgh School of Medicine) et Jonathan Cohen (Pitt and Carnegie Mellon University), deux chercheurs inspirés d’ailleurs par les travaux datant de 1937 d’un chercheur français, J. Tastevin. On pose sur une table, devant une personne, la réplique en caoutchouc d’un bras ; le sujet a son propre bras caché derrière un écran. L’expérimentateur caresse simultanément le bras factice et le vrai bras. Au bout de quelques minutes, la personne a l’illusion curieuse que le bras en caoutchouc est son propre bras. Ainsi, si on lui demande de fermer les yeux et d’indiquer où est son bras, elle indique une position proche de celle du bras réplique. Si l’on fait mine de frapper celui-ci avec un marteau, elle sursaute. Si l’on utilise un bras en caoutchouc de plus grande taille, le sujet fera un geste trop court pour saisir un objet. C’est exactement ce que j’ai prédit avec mon approche sensorimotrice. On peut même pronostiquer qu’il devrait être possible non seulement de modifier l’emplacement ressenti comme étant caressé mais de modifier le ressenti de la douleur. Nous sommes en train de monter une expérience pour tester cette idée.
Pour en savoir plus
Laboratoire Psychologie de la Perception, CNRS Université Paris-Descartes http://nivea.psycho.univ-paris5.fr et http://lpp.psycho.univ-paris5.fr/
Sur Ned Block
N Block (2005) Two Neural Correlates of Consciousness, Trends in Cognitive Sciences 9 : 46-52. http://www.nyu.edu/gsas/dept/philo/faculty/block/papers/final_revised_proof.pdf
N Block (2007) Consciousness, Accessibility and the Mesh between Psychology and Neuroscience http://eprints.assc.caltech.edu/261/01/Block_BBS_Final.pdf
N Block (2003) The Harder Problem of Consciousness http://disputatio.com/articles/015-2.pdf
N Block (1995) On A Confusion About a Function of Consciousness http://cogprints.org/231/00/199712004.html
Expériences sur les couleurs
DL Philipona, JK O’Regan (2006) Vis Neurosci. 23(3-4):331-9. http://nivea.psycho.univ-paris5.fr/PhiliponaVisNeurosci/PhiliponaVisNeurosci.pdf
Sur la théorie sensorimotrice
E Myin, JK O’Regan (2006) Situated Perception and Sensation in Vision and Other Modalities : a Sensorimotor Approach http://homepages.vub.ac.be/ emyin/M&ORRev.pdf
JK O’Regan, A Noë (2001) A sensorimotor account of vision and visual consciousness, Behav Brain Sci. 24(5) : 939-73. http://nivea.psycho.univ-paris5.fr/OREGAN-NOE-BBS/ORegan ;Noe.BBS.pdf Sur l’illusion de la main en caoutchouc M Botvinick (2004) Probing the neural basis of body "ownership", Science 305 : 782-3. http://wernicke.ccn.upenn.edu/ mmb/Botvinick_Science_04.pdf
Par Caroline Dedenis
De nombreuses variables influencent nos choix face à l’achat d’un produit en linéaire. Parmi elles nous retrouvons des facteurs rationnels incontournables que sont le prix et la dimension usuelle du produit mais également un ensemble de critères beaucoup plus subjectifs et particulièrement influents dans une ère où l’expérience – de marque, de produits – est devenue indispensable. Ces éléments de choix partiaux se construisent à travers les stimuli sensoriels renvoyés par les produits, la marque et le contexte environnant et qui participent à créer une véritable expérience pour le consommateur. Il nous arrive d’ailleurs d’évoquer le fait "d’expériencer" un objet et ce à juste titre puisque nous en faisons l’expérience – nous le testons, le jaugeons – travers nos cinq sens.
Notre plateforme sensorielle – nos cinq sens – constitue à la fois une arme et un outil pour évaluer un produit et effectuer un choix. C’est en fait à travers nos sens que nous faisons l’expérience du monde qui nous entoure – et donc des objets – et que nous le comprenons. Nos capteurs sensoriels sont le moyen de réveiller nos réactions instinctives face au monde extérieur et nous permettent d’identifier un danger et de nous en protéger. Repérer un danger est d’ailleurs la première tâche à laquelle s’attellent nos cinq sens, avant même d’envisager une situation de bien-être ou une satisfaction sensorielle.
Ces sens sont en connexion directe avec notre mémoire et leur mission est de faire appel à nos émotions passées et présentes. Ils font appel à nos souvenirs pour générer une émotion. Lindstrom (2005, 2010) compare notre mémoire à une bibliothèque qui emmagasine nos émotions depuis notre premier souffle sur cette terre et dans laquelle nos sens piochent pour appréhender le monde, les choses et les événements qui se dressent sur notre chemin. Les informations de cette bibliothèque ne sont pas figées, elles évoluent et se redéfinissent dans le temps, en fonction des nouvelles expériences que nous en faisons. Autrement dit rien n’est définitif et une stimulation sensorielle à laquelle un individu a pu être très réceptif un moment de sa vie peut se révéler avoir une influence négative à un autre moment de sa vie, en fonction des événements qui ont pu se manifester dans sa vie. Prenons l’exemple d’un individu qui appréciait le bruit des vagues qui lui rappelait des souvenirs heureux de son enfance et qui maintenant l’angoisse et le rend anxieux depuis le jour où il a été emporté par le courant et a frôlé la noyade. Cette dimension évolutive de nos sens participe à les rendre encore plus versatiles et subjectifs et à en compliquer la compréhension de leur fonctionnement. Cependant maîtriser ces perceptions sensorielles est un moyen pour la marque de s’immiscer un peu plus dans le processus complet de décision des individus et de contrôler au mieux les décisions de ces derniers.
L’intérêt d’une telle démarche de la part des marques est de faciliter leur reconnaissance par les consommateurs et de favoriser leur préférence. Lindstrom (2010) a tenté d’évaluer l’influence des signaux sensoriels d’une marque pour sa reconnaissance et sa préférence chez un panel d’enfants de 8 à 12 ans. Il a mis à l’épreuve la puissance des marques en demandant aux enfants de leur dire quelle marque correspondait à tel son, telle odeur et tel logo – le logo avait été en partie effacé ou masqué. Fort est de constater la puissance de ces stimuli qui s’ancrent dans la mémoire des individus et notamment de ces enfants qui ont immédiatement su détecter la marque d’un jean uniquement grâce à son odeur (Abercrombie) ou encore une marque d’ordinateur grâce à deux notes de musique (Apple). Cependant une dimension sensorielle reste encore bien peu investiguée par les marques, il s’agit du toucher. Le sujet a été encore peu exploré à la fois de la part des chercheurs et des marques – il existe peu voire pas du tout de marques qui se sont dotées d’une signature tactile à l’heure actuelle.
Si l’on particularise l’influence des aspects sensoriels des produits sur le lieu d’achat, nous faisons face à l’importance générale et principale de deux de nos sens que sont la vision et le toucher. Ces derniers se révèlent être deux drivers incontournables pour l’acceptation d’un produit en linéaire, les premiers qui interviennent dans le processus de choix du consommateur. Fort est de constater que les variables sensorielles d’un produit participeront en grande partie à forger son succès commercial et que l’aspect d’un packaging demeure donc une composante importante du produit.
Intéressons nous d’abord à la dimension visuelle d’un produit ou packaging en linéaire. La perception visuelle d’un objet nous renseigne sur ses caractéristiques macrogéométriques ou plus simplement sur sa forme, sa taille, sa couleur, soit l’ensemble des éléments perceptibles de loin. C’est donc le premier contact qui se crée entre le produit et le consommateur et qui déterminera si l’individu choisira de se saisir ou non du produit. Nous considérons à l’heure actuelle qu’il s’agit du premier élément sensoriel qui se manifeste dans l’expérience du produit en linéaire. Intervient ensuite la perception tactile : lorsque l’individu a choisi de saisir un produit et le tient entre ses mains. Le toucher intègre des caractéristiques microgéométriques, c’est-à-dire sa texture, son aspect de surface et tous les éléments dont on se rend compte lorsque notre peau entre en contact avec l’objet. Cette dimension perceptuelle reste encore trop souvent négligée par les marques imaginant que son influence est moindre que celle de la vision ou des autres sens. Car le toucher est une composante à l’influence irrécusable pour les emballages et pour l’appréciation d’un produit. Une étude de McCabe et Nowlis (2003) a d’ailleurs mis en lumière la présence de ce qu’on appelle le besoin du toucher chez les consommateurs. Ces derniers préfèreraient faire leurs courses au sein d’enseignes qui leur laissent la liberté de toucher les produits. L’importance du tactile réside dans son acceptation par l’individu. Pour l’expliquer nous évoquons de nouveau le rôle protecteur des sens vis-à-vis de l’expérience du monde extérieur. Car le sujet du tactile s’avère être sensible – en tout cas davantage que la vision – en particulier parce qu’il s’agit de créer un contact direct entre le produit et notre corps. Le toucher permet de franchir littéralement la barrière qui sépare notre corps des choses extérieures et la réaction de l’individu sera rapide et irrévocable : si la sensation du produit est en accord avec celle que l’individu imaginait, l’influence du tactile sera positive et au contraire si elle est en désaccord avec l’idée qu’il s’en fait, elle sera majoritairement négative. Les mécanismes de l’évaluation tactile sont complexes et nous nous appliquerons à les explorer plus en détail dans un prochain article.
Nous avons donc pu observer que la perception d’un produit empreinte les stimulations sensorielles et principalement celles visuelles et tactiles et qu’elles sont deux facteurs clés de succès pour un produit. Il est cependant essentiel de tempérer ces propos et de préciser que si l’acceptation d’un produit dépend de ses caractéristiques sensorielles, du produit en lui-même et de la marque, elle dépend aussi beaucoup des individus. Les attentes en termes de sensorialité et particulièrement lorsqu’il s’agit du besoin de toucher, varient entre les individus, portées par des variables de genre, d’âge mais également d’individualité même. Il est d’ailleurs difficile de déceler précisément quels sens, et dans quelle mesure, intègrent leurs critères de choix et impactent leurs décisions. D’une part parce qu’il s’agit d’éléments subjectifs et d’autre part parce qu’on ne peut pas toujours compter sur ce qu’ils affirment. Les consommateurs se tromperaient sur les sens qu’ils pensent être les facteurs de leurs décisions – affirmant que le toucher possède une influence faible. Il faudrait alors privilégier une observation de leurs comportements d’achat plutôt qu’une exploration de leur ressentis, c’est en tout cas ce qu’affirment Gallace et Spence (2011).
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Sources :
GALLACE, Alberto; Living with touch : Understanding tactile interactions. The Psychologist, Vol. 25, 2012.
GALLACE, Alberto; SPENCE, Charles. Multisensory Design : Reaching Out to Touch the Consumer. Psychology & Marketing, Vol. 28. Mars 2011
GYOBA, J; SUZUKI, Miho. Visual and tactile cross-modal mère exposure effects. Cognition and Emotion, 22:1. 147-154. 2008
HIRSCHMAN, Elizabeth; HOLBROOK, Morris. The experiential Aspects of Consumption: Consumer Fantasies, Feelings, and Fun. The Journal of Consumer Research. Vol. 9. Septembre 1982
LINDSTROM, Martin. Brand Sense, 1st edition. Kogan Page. 2005
LINDSTROM, Martin. Brand Sense, 2nd edition. Kogan Page. 2010.
MCCABE, B, Deborah ; NOWLIS, M, Stephen. The effect of examining actual products or product descriptions on consumer preference. Journal of Consumer Psychology, vol. 13. 2003.
PILLE, Hélèna; BASSEREAU, Jean-François; CORNEC, Ludovic; DU BOISROUVRAY Florian. Design sensoriel appliqué aux produits/process Polyrey. 10ème séminaire CONFERE. Juillet 2003
Imaginez-vous dans le zoo du futur. Un zoo qui aurait oublié de mettre les animaux dans des cages et qui réserverait bien des surprises aux visiteurs…
Ce zoo, s’appelle le Petting Zoo, et a été imaginé par Minimaforms, studio de design et d’architecture londonien. L’équipe a imaginé un endroit où les animaux seraient en fait des robots, pourvus d’une intelligence artificielle et pouvant interagir avec les visiteurs.
Pour le moment, au Petting Zoo, pas de lions, ni d’ours ni de singes bioniques, mais de simples vers robotiques. Il faut bien commencer par quelque chose… Par groupe de trois, et à l’aide de capteurs Kinect, les bestioles analysent la situation et réagissent en fonction. Chaque ver a son comportement propre, une personnalité différente et évolutive qui varie selon l’attitude du visiteur, et qui se montre plus ou moins affable.
Créer une extension d'un élément. Papier de Microsoft Research : https://research.microsoft.com/en-us/projects/illumiroom/
Un environnement interactif qui contextualise l'utilisateur dans un univers/une époque sans pour autant l'enfermer comme peuvent le faire des dispositifs comme l'Oculus Rifts.