Le Rwanda et les minerais congolais
Le procès du Hutu Simbikangwa vient opportunément de sortir le Rwanda du tonneau des Danaïdes de l’oubli, en contraignant les Français à se remémorer le terrible génocide qui se déroula dans le pays des mille collines entre 1993 et 1994 d’une part, en leur rappelant ensuite que l’exode qui s’ensuivit et la guerre contre le voisin congolais expliquent que depuis cette période, les grands sites minéraliers de l’est du Congo Kinshasa sont pillés par le voisin rwandais. Or, cette occupation par la force n’émeut aujourd’hui personne et n’a pas provoqué le moindre article de la presse occidentale depuis cinq ans, attestant sans doute par-là du fait que la majorité des pays occidentaux y trouvent leur compte.
Procédons à un rapide rappel des faits. Au début des années 1990, les nouvelles technologies et les industries d’armement US, souhaitant anticiper l’accroissement de leur besoin en minerais stratégiques demandent à l’Afrique du Sud de revoir ses quotas, demande qui restera sans effet. Le coltan, la tantalite, le niobium, la kimberlite, le titane exportés iront aux mêmes pays dans les mêmes proportions. Les autres pays producteurs, la Russie et la Chine destinent quant à eux leur production à leur propre industrie. Mais ces métaux stratégiques existent en RDC. Surviennent alors un certain nombre d’événements qui, sans être impérativement corrélés à ce qui précède, vont néanmoins contribuer à débloquer cette situation. Le 6 avril 1994 au soir, l’avion du président Habyarimana est abattu à Kigali avec à son bord le président du Burundi et le Chef d’Etat-Major des armées rwandaises, le général Nsabimana. Les enquêtes de la Belgique, de l’ONU se sont enlisées et n’ont jamais pu conclure à la culpabilité de qui que ce soit. L’enquête du juge Bruguière qui concluait à une probable responsabilité du Front Patriotique Rwandais et à une participation présumée du capitaine Kagame au drame ne sera pas plus concluante, et l’actuel Président du Rwanda ne sera pas inquiété. Paul Kagame n’est pas un inconnu des services français. Ancien patron des services de renseignement ougandais, il est désigné par Museveni pour remplacer Fred Rwigema à la tête du FPR, ce parti créé par les tutsis exilés en Ouganda, et pousse Habyarimana à s’engager aux accords d’Arusha (Tanzanie) d’où il revenait quand il fut assassiné. C’est un officier formé à Cuba puis à Fort Leavenworth, au Kansas. Le FPR qu’il dirige, appuyé semble-t-il par des forces spéciales US et britanniques défait rapidement les troupes gouvernementales. Pendant ce temps, le massacre des Tutsis se poursuit, et avec lui l’exode vers le Congo des Interhamwés, ces milices hutu coupables d’une grande partie du génocide. Faisant toujours le jeu du Président Museveni, les troupes rwandaises, aguerries et disciplinées sont par la suite dirigées contre le président Kabila et échouent de peu à son renversement. Démobilisées sur place, ces troupes vont s’installer dans l’est du pays, dans le Kivu et autour de Bukavu où elles vont prendre le contrôle des sites miniers les plus juteux financièrement. Les Interhamwés manipulés et les ex militaires rwandais écoulent leur production à partir de Kigali, qui est aujourd’hui devenue la plaque tournante du marché des minerais stratégique, sous l’entier contrôle de Paul Kagame, dont curieusement nul dans le clan occidental ne conteste la légitimité.
Selon la loi du balancier, la terreur a changé de camp mais sévit toujours au Rwanda. Actuellement, ce sont les hutus qui font les frais de la vindicte du tyran en place. L’opposition a été achetée ou physiquement éliminée, et l’insécurité a très souvent pour prétexte la sécurité du pays. Suite à l’assassinat de Patrick Karegeya, son plus virulent détracteur, le Président rwandais s’est permis de déclarer « la trahison a des conséquences » et « quiconque trahit notre cause… deviendra une victime » sans être inquiété, et sans qu’une semblable déclaration ne fasse de vaguelette dans le Landernau européen. La rumeur de la mort du tyran, propagée par les réseaux sociaux le 10 janvier dernier, a provoqué des cris de joie de Goma jusque dans Kigali.
Les Forces Armées de la RDC (FARDC) ne parviennent pas à chasser ces envahisseurs du pays, très souvent pour une raison purement logistique : l’ennemi peut s’adosser aux pays amis que sont l’Ouganda ou le Rwanda, alors que les unités envoyées combattre dans la région sont très éloignées de leurs bases. Quant au M23, au RDC Goma et autres entités para militaires, si leur capacité de nuisance reste incontestable, elles n’ont cependant plus le rayonnement dû au charisme de leurs premiers chefs.
Il manque quelques preuves solidement étayées dans la rétro logique qui mène à la culpabilité de Kagame dans l’assassinat du Président Habyarimana, dans sa responsabilité dans le génocide, dans l’exode d’une grande partie de la population rwandaise, dans le hold up réalisé sur les richesses de son voisin congolais. Mais une chose est sûre : les américains, très présents à Kigali, à l’instar des pays émergents, l’Inde et la Chine, n’ont aucune raison de se plaindre de l’état actuel des choses.
Image : diplomatie.gouv.fr










