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"How to Be Parisian Wherever You Are", le triomphe en carton de la femme française vue par l'étranger
Un soir, lors de mon séjour à New York, alors que j'attendais une amie dans une librairie depuis déjà une bonne demie-heure pour assister à une lecture sans réaliser que ladite lecture avait en fait déjà commencé mais au rez-de-chaussée – no comment - je décidai de faire ce que tout un chacun aurait fait à ma place (à l’exception des gens qui auraient plutôt pensé à demander où était la lecture mais je ne dispose pas de ce type de capacités pratiques), je me suis dit : autant lire un bouquin (en plus ce sera gratuit) !. Après un scan rapide des rayons, mon œil a rapidement été attiré par un titre : How to Be Parisian Wherever You Are. Alors. Pourquoi ? Je serais tentée d'invoquer le mal du pays mais ce serait malhonnête de ma part, parce qu'en vrai c'est pas la première fois que ce type de bouquin m'interpelle. Je n'en suis pas fière, mais j'ai eu la même attirance malsaine pour des ouvrages similaires comme « Les parisiennes sont vraiment super mince alors qu'elles se gavent de frites et de vin rouge, mais comment font-elles ?» ou encore « Tu peux pas test les femmes françaises comment elles élèvent trop bien leurs enfants, surtout ceux qui vont à l’École alsacienne » que j'ai survolés à maintes reprises avec un intérêt, certes relatif, mais non feint dans chaque Relay H de France en attendant divers trains. Par conséquent, je dirais que chez moi, cette attrait relève AUSSI d'une volonté assez dégueulasse de se gausser de ma propre supériorité nationale que, même la certitude de lire un tas de conneries sans fond à peine digne du dernier des magazines féminins bas-de-gamme, ne saurait venir entraver. Du coup, comme tout le monde, je blâme les médias. Et je blâme en particulier la tendance dépréciativo-dépressive nationale qu'ils relaient. En effet, contrairement à ce que prétendent avec délectation les français, j'aime à croire que nous sommes, la plupart d’entre nous, quand même un peu fiers de notre pays (même si cette simple phrase est en France potentiellement considérée comme borderline fasciste, ce qui n'aide pas, si vous voulez mon avis). Du coup, c'est un peu déprimant de s'entendre répéter à longueur de gros titres qu'on est rien qu'un vieux pays mortellement blessé qui embarrasse tout le monde à traîner la patte en léchant ses plaies purulentes. Une image qui, sans être spécialiste du sujet, me semble un tantinet exagérée. Dans ce climat d'hostilité extra et intra muros, les quelques ouvrages qui chantent nos louanges apparaissent nécessairement comme une caresse après une gifle, une religieuse au café après des années de pain sec. C'est naturel. C'est seulement triste que ces livres s'attachent exclusivement à des domaines qui doivent concerner à peu près 0,14% de la population parisienne (= ceux qui vont boire des cafés au Flore) et la même proportion du reste du pays (= ceux qui ont des maisons au Cap Ferret). Idée pour les éditeurs : publier des bouquins qui vantent les mérites du pays sous un angle joyeux et léger autrement qu'à travers la capacité de sa population féminine à avoir les cheveux naturellement lisses et brillants (NB : l'auteur n'a pas nécessairement besoin d'avoir posé pour La Redoute).
Bien. Je suis contente d’avoir éclairci ce point. Maintenant passons à quelque chose qui m’intrigue sincèrement. Moi, je comprends. Mais les autres ? Qu’est-ce qui peut bien attirer un américain, par exemple, (ou en l'occurence une américaine) vers ce genre d’ouvrages ? Mystère. Absolu. Je précise que ce n’est pas une supposition, le bouquin est un best-seller aux États-Unis comme l'a été La Parisienne d'Inès de la Fressange avant lui. Là ça donne un peu envie de vendre son âme à Lucifer et de profiter du filon parce que vu la qualité du contenu, je dirais que l’étape la plus difficile de la rédaction du livre réside dans la réussite du casting pour La Redoute.
** Je me permets d'ouvrir une parenthèse : J'exagère. Inès de la Fressange et Caroline de Maigret (l'une des auteurs de How to Be Parisian Wherever You Are) ont toutes deux eu des carrières de mannequins en dehors de La Redoute. Voilà donc en fait il faut d’abord se faire connaître comme top model, et ENSUITE vous pouvez écrire un livre sur les parisiennes comme vous qui sont mannequins et qui ont un grand appartement rive gauche mais aussi des amis bohèmes parce que quand même elles sont mannequins. C’est bon tout le monde suit ? Fermeture de la parenthèse. **
Non parce que, à la rigueur, que le contenu soit une vaste blague, et que « la parisienne » en tant que telle n’existe pas, j’ose espérer que tout le monde est à peu près au courant. En revanche, la bienséance voudrait que, quitte à publier des conneries, autant publier des conneries amusantes. Je sais bien que Plum Sykes, apparemment auteur des impérissables Bergdorf Blondes et The Debutante Divorcée écrit en 4e de couverture :
“Very, very funny. While reading, I actually felt chicer, wittier and très Parisienne. I was laughing out loud by the end.”
mais tout ce que j’en déduis c’est que Plum Sykes n’a jamais entendu de blague de sa vie.
L’intégralité du bouquin est une sorte de digression de 200 pages autour des paroles de la chanson de Cookie Dingler, Femme libérée.
Une lectrice résume ça très bien sur le site d’Amazon :
"She's a feminist but watches porn. She'll smoke on her way to the countryside to get fresh air. She acts aloof but has anxieties."
Traduction littérale pour les non-anglophones : "Elle est abonnée à Marie-Claire, dans le Nouvel-Obs elle ne lit que Brétecher. Le Monde y’a longtemps qu’elle fait plus semblant, elle achète Match en cachette, c’est bien plus marrant ».
Le tout entrecoupé d'injonctions qui vont de l’affligeant :
« Always look as if gazing into the sunset. »
Au carrément gerbant :
« Always be fuckable."
Bref. Dans le fond, on s’en fout. J’en conviens. Mais quelque part je ne peux pas m’empêcher de trouver ça un peu triste cette envie de faire de la thune avec n’importe quoi sous prétexte que « c’est léger » tout en cultivant un mythe qui, s'il est vaguement fondé, l'est exclusivement sur les us et coutumes d'une classe d'ultra-privilégiés. Ça me fait d'autant plus de peine que j’aime bien lire les billets d’Audrey Diwan dans Stylist et que je sais, qu’au moins elle sur les quatre auteurs, aurait pu faire mille fois mieux. Même si elle a pas posé pour La Redoute.