Marie-Belle K
Origine : congolaise
Âge : 42 ans
Métier : architecte d’intérieur, planificatrice en éclairage
Vit en Suisse depuis l’âge de 7 ans
Que signifie être une femme noire en Suisse ?
Le fait d’être issue d’une autre culture suscite forcément des questions. On m’interroge sur ma façon de me coiffer, de cuisiner, mon mode de vie, etc.Cette « habitude » de souligner la différence ne me dérange pas fondamentalement, cependant, en fonction du moment et du type de questions, cela peut me saouler, de devoir expliquer. C’est la raison pour laquelle, il m’arrive, parfois, de privilégier un entourage constitué des personnes également issues de la diversité. Avec les années, j’ai dépassé le besoin d’assimilation que j’avais lorsque j’étais enfant. Aujourd’hui, je peux porter un pagne en ville, à l’époque, c’était inenvisageable car je pensais que c’était un truc de blédard. L’acceptation de la négritude passe aussi par là.
Aujourd’hui, je n’ai plus de filtre, quand je suis confrontée à des questions déplacées, j’ose affirmer que ça me dérange. Les gens n’ont pas l’habitude qu’une noire soit fière de l’être et revendique ses origines, ça déstabilise. Cela dit, cette fierté n’a rien à voir avec une forme de racisme anti-blanc, c’est juste ma façon d’assumer mes origines.
Mes parents sont nés au Congo, ils ont vécu la colonisation avec tous les traumas que cela comporte et les stigmates transmis à leurs enfants à travers cette volonté d’assimilation et d’intégration. Ils m’ont toujours encouragée à m’adapter à la mentalité suisse, tout en me transmettant l’amour de l’Afrique. C’est un héritage que je tente de perpétuer. Je suis heureuse de voir mon fils fier d’être métis, parler de l’Afrique à l’école, porter son afro et assumer pleinement sa différence. Le voir ainsi est un motif de fierté
Etre noire est-ce un inconvénient ou un avantage ?
Un gros avantage, j’ai la chance de n’avoir jamais été complexée, je suis bien dans ma tête et dans mon corps. Parfois, le regard des autres me rappelle à mon statut de « noire ». Pour ma part, je vois surtout les avantages de la double culture transmise par mes parents africains et mes amis européens. Je pense que grâce à cette « différence » j’ai développé une forme d’instinct de survie, j’ai l’impression d’être moins fragile que certaine personne.
As-tu gardé un lien avec l’Afrique ?
Oui, je vais régulièrement au Congo.. C’est une volonté de partager une culture qui est la mienne avec mon fils métis. Par ailleurs, j’ai l’impression que mon héritage africain est constamment présent dans ma vie quotidienne, que ce soit dans mes relations aux autres, mon goût pour la danse, la musique, mes centres d’intérêts, l’éducation de mon fils, etc.
Le couple ou relation à l’autre: mixte ou non mixte ?
MIXTE ! Je suis pour les métissages ;)))
Est-ce que la mixité ou la non-mixité influe sur la relation ?
Pas en ce qui me concerne. Je m’attache à une personnalité pas à une couleur de peau !
Quel choix pour tes cheveux, naturels, tressés, tissés ?
Il y a tellement de symbolique autour des cheveux. Je me suis rasé le crâne à 25 ans et ce fut une libération, le premier pas vers une affirmation de moi-même. C’était une période de changements dans ma vie. J’ai soudain eu envie d’être naturelle. Depuis j’ai cessé de me défriser les cheveux, je garde mon afro et quand je souhaite changer de tête, j’opte pour une coiffure traditionnelle, plutôt des tresses. Et quand j’ai vraiment envie de me la jouer Beyoncé je fais un tissage une fois tous les deux ans.


















