Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier communiste anticolonialiste, il est contre l’action violente aveugle. Il a choisi un petit local à l’écart des ateliers pour ce qui doit être un acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est dénoncé et interpellé avant que la bombe n’explose. Il n’y a donc aucun mort, aucun blessé.
Les avocats entament les recours, puis les demandes de grâce auprès du trio Coty (à l'Elysée), Mollet (président du Conseil) et Mitterrand (garde des Sceaux). Sans succès: le tourneur Iveton n'a ni soutiens, ni relais dans les milieux politiques et intellectuels. Si des sections syndicales de la CGT se mobilisent, l'Humanité et le PCF ne plaident sa cause que du bout des lèvres. Il n’est coupable que d’une intention, et pourtant après un expéditif procès devant la justice militaire, il est condamné à la peine capitale.
Il sera exécuté au matin du 11 février 1957, restant dans l’Histoire comme le seul Européen guillotiné de la guerre d’Algérie. Il est réveillé à l'aube et conduit à la guillotine.
Le roman de Joseph Andras relate l’arrestation, l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde plus longuement sur sa rencontre en France avec sa femme Hélène. Ainsi la violence extrême des ultimes semaines de son existence est-elle mise en perspective avec le bonheur tranquille du passé, comme pour rappeler qu’avant d’être celui que, selon son orientation, le public verra comme un héros ou un terroriste, Fernand Iveton est simplement un homme, un jeune idéaliste qui aura aimé – sa terre, sa femme, la vie, l’amitié – et espéré la liberté pour tous les frères humains.
Au delà du témoignage historique, les thèmes soulevés par ce roman résonnent avec notre époque : l’engagement, la patrie, le communautarisme, la solidarité, la guerre, la nationalité, la justice.