_Et au commencement Dieu créa la mère de famille parfaite_
Quelques mois auparavant... 21/10/2020
C'est parti ! Nous avons décidé de mettre nos vies trépidantes, la pollution sonore, visuelle et olfactive de Paris entre parenthèses pour quelques jours. La situation sanitaire exceptionnelle avec cette saloperie de virus, le télétravail et les restrictions de libertés inopinées nous ont clairement fait ressentir un besoin urgent de prendre le temps et l'air frais...
Nous partons donc tous les 5, avec Mandy notre Bouvier Bernois, nous mettre au vert dans la maison familiale de mes grands parents.
C'est une bâtisse XVIIième perdue dans la nature sur les bords de la Loire. Une jolie maison de maître en tuffeau et toit d'ardoise, cachée au fond d'un petit chemin isolé et entourée d'un parc arboré et d'un bras d'eau… Un vrai refuge pour moi quand j'étais jeune.
J'en ai passé des heures à dessiner, peindre et écrire en imaginant ce que serait ma vie d'adulte. Cela fait une éternité que je n'y suis pas retournée mais je souhaite faire découvrir à mes enfants ce petit coin de paradis qui a tant compté pour moi.
La route va être longue pour mes petits citadins, mais l'absence de bouchons a presque un effet relaxant. Tout le monde est calme dans la voiture. Le chien dort dans le coffre et les enfants sont sur leur tablette à regarder des films. Les 4 heures de route glissent sans problème et nous voilà déjà à l'approche de Chalonnes. Son petit village, son clocher et son pont qui rappelle à Sarah, notre aînée, le golden Gate qu'elle rêve d'aller voir lors de prochaines vacances. Ah, l'imagination des enfants il n'y a rien de plus précieux…
Nous nous engageons dans un chemin de terre tout proche de la Loire et commençons à apercevoir au loin une grosse masse de végétation touffue qui semble faire barrage à notre route. Quelques minutes plus tard, nous arrivons sur un portail de fer forgé un peu fatigué et accédons enfin au parc arboré de la maison de mon enfance. Tout y est comme dans mes souvenirs ou presque…
Cette belle demeure de pierre blanche m'a toujours fait penser à un petit château. Nous jouions d'ailleurs souvent avec mes frères, sœurs et cousins aux princesses et chevaliers. Des histoires de dragons emprisonnant des jeunes femmes fragiles qui attendent désespérément un prince ou un chevalier pour les délivrer… Tout un modèle d'éducation désuet qui me met le sourire aux lèvres.
De nos jours, se sont les princesses qui chassent les dragons, les domestiquent ou les épousent... Car un prince c'est quand même super chiant.
Un sentiment mêlé de nostalgie et de plénitude s'empare de moi et je savoure ce moment de calme alors que le moteur de notre break s'éteint. Voilà, on y est !
Une fois la voiture vidée et la famille bien installée, je décide de faire le tour du propriétaire.
Mes parents ne viennent que rarement et quelques menus travaux me feront le plus grand bien.
Antoine s'amuse déjà à l'homme de la forêt avec sa tronçonneuse et notre fils Lucas. Ces moments de complicité père/fils se faisaient rare depuis quelques temps et je suis heureuse que cette pause campagnarde plaise au plus grand nombre. Sarah s'est installée dans le jardin en s'affalant sur une vieille balancelle pour faire des snap sur la vie d'une adolescente incomprise en mode canard.
De mon côté, je décide d'emmener Camille, ma petite dernière qui a déjà 8 ans, faire une chasse aux trésors dans le grenier. Un peu de rangement ne fera surement pas de mal et je savoure le moment où ses yeux clairs s'emplissent de paillettes d'or en découvrant le lieux.
C'est une façon détournée de préserver l'innocence et la créativité des enfants tout en les préparant au monde barbant et contraignant des adultes.
En ouvrant la porte, je suis assez surprise de constater la quantité de bazar entassé dans cette pièce mansardée. Ce n'est pas vraiment l'habitude de la maison…
Ma mère est ce que l'on pourrait appeler une organisée compulsive. Chez mes parents, tout est rangé, classé par ordre alphabétique, par taille ou par couleur, alors je suis un peu étonnée de l'état d'encombrement même pour un grenier…
Au milieu des vieux souvenirs de mes ancêtres, je découvre des malles avec les noms des mes frères, sœurs, cousins… Sacrée maman, avec elle même le bordel reste ordonné. Je sourie. Camille m'interpelle revêtue d'un chapeau, de bijoux de pacotille en tout genre et d'un Boa de plume. Nous éclatons de rire et reprenons notre expédition.
L'après-midi se passe gaiement entre essayages et découvertes d'objets et livres anciens.
Avant de quitter la pièce pour préparer le dîner, mon regard se pose sur une grande malle éclairée par l'œil de bœuf. Je me fraye un chemin pour découvrir l'inscription dessus. "Souvenirs de Lucie". Je ne me rappelais pas avoir laissé des affaires ici.
C'est sûrement une malle pleine de vieilles photos démodées, de coupes de cheveux improbables et de tenues criardes, vestiges des années 80 et 90… Ça pourrait être amusant d'organiser une petite séance "revival" demain avec toute la famille. J'imagine déjà la tête de Sarah et le rire de Lucas, heureusement le ridicule ne tue pas…