ᴹʸ ⁽ⁿᵒᵗ ˢᵒ⁾ ˢᵗʳᵃⁿᵍᵉ ᵒᵇˢᵉˢˢⁱᵒⁿ ʷⁱᵗʰ ᶠⁱⁿᵃˡ ᶠᵃⁿᵗᵃˢʸ ᶜʰᵃʳᵃᶜᵗᵉʳˢ.
Fun fact, mais je n'ai jamais joué à un seul Final Fantasy de ma vie, et pourtant, je suis complètement ACCRO à leurs personnages depuis bien des années. Maintenant que j'ai commencé la création de mon Avatar en me basant sur le modèle 3D de Cloud Strife (FFVII), je me suis dit qu'il valait le coup de faire un petit retour nostalgique.
Si mes souvenirs sont justes, j'avais entre 15 et 16 ans. Je voulais absolument devenir designer de mode, alors je m’étais abonnée à Vogue (trop mignon...). Bref, on sait tous que ces magazines, c'est quasi uniquement des pubs, donc à force, je me les collectionnais. On est en 2015 et, parcourant je ne sais plus quel numéro, je tombe sur la dernière campagne Louis Vuitton ; peut-être vous vous en rappelez aussi d'ailleurs : ils avaient fait de Lightning de Final Fantasy XIII leur égérie pour promouvoir la dernière collection de Nicolas Ghesquière.
Puis LÀ, il s’est passé un truc. Je ne savais pas vraiment expliquer pourquoi, mais ça a été une révélation. Étant déjà fan à cette époque de culture web, manga et jeu vidéo par extension, voir la culture occidentale et mainstream du luxe s'intéresser à celle qui me valait moqueries et insultes au collège a sûrement été perçu comme une petite victoire. Je l'ai vraiment vécu comme quelque chose de nouveau, et de jamais vu. Bien qu'avec le recul, il y ait déjà eu des collaborations de ce genre, comme celle de Gucci avec Hirohiko Araki et son manga Jojo's Bizarre Adventure.
Quinze ans, c'est vraiment un âge merveilleux. On passe le collège à se défaire de l'influence de nos parents, se posant toutes les questions possibles, forcés à se rebeller contre ce qui a été appris. On comprend plus ou moins directement que se forger notre propre propre identité, c'est se rendre actif dans le monde.
J'ai été dans beaucoup de fanbases quand j’étais adolescente, j'avais tellement d'amour à donner que je développais l'ultime nécessité de porter en trophée chacune de mes découvertes. Chaque chose qui me faisait ressentir des émotions valait le coup d’être connue de tous. Pourtant, le stéréotype du weeb, du puant, du geek ou du nerd—bref, du bizarre—collait à la peau, avec pour seul prétexte : s’intéreresser à une culture étrangère, virtuelle ou non.
C'est en grandissant dans ces communautés que j'ai le plus appris et déconstruit ma féminité, ma masculinité aussi, indirectement. Comme beaucoup de ma génération, j'ai commencé avec Pokémon, Kilari et autres... Je ne me retrouvais pas vraiment dans les œuvres de fiction occidentales. Possiblement, l’expressivité du dessin du manga a été plus séduisante d'une part, mais d'une autre, on y retrouve souvent un fond mélodramatique assez subtile, donnant toujours une dimension assez profonde. Même si celui-ci est destiné à un jeune public. Dans la plupart des shōjo, les personnages féminins étaient toujours intensément courageux, drôles et héroïques, bien que généralement vouées à se trouver un petit ami—mais c'était mignon, ça l'est toujours ; tandis que les protagonistes masculins de shōnen, étaient complètement autistes et souvent solitaires (pour ne citer que Gon, Luffy, Sacha...). Des garçons qui s'en foutent des filles qu'ils voient comme des extraterrestres, mais tout aussi téméraire. Des personnages attachants, toujours prêt nous montrer qu'il ne faut jamais baisser les bras et renoncer à son humanité ; qu’importe si la Terre devient hostile. Évidemment, il y a toujours à critiquer sur certains clichés plutôt systématiques dans les mangas, mais je n'en tiens pas vraiment compte. Il sont publiés dans une telle quantité, qu'il y en aura toujours un qui viendra déconstruire ou détourner les clichés d'un autre (on peut aller critiquer Disney à la place). De plus, shōjo et shōnen, par le dessin et une narration accessible, permettent de parler de sujets parfois trop compliqués lorsqu'on est jeune.
Par exemple, une lecture qui m'a libérée quand j'avais 13 ans a été Switch Girl de Natsumi Aida. Elle dépeint la vie d'une ado de 17 ans, populaire et charismatique, et de son love interest, Arata. Sauf que Nika, l'héroïne, a un mode ON et OFF. En bref, lorsqu'elle se met en mode OFF, on découvre une ado radicalement différente de l'image absolument charmante de son mode ON : sa chambre est un dépotoir puant, on lit des passages qui parlent de ses points noirs, de ses habitudes alimentaires douteuses, de ses chaussettes sales... et j'en passe. Je vous laisse imaginer avec la couverture du premier tome:
Quel bonheur, à 13 ans, de voir une héroïne qui sent des pieds, bordel! Parce que jusque-là, les garçons avaient le droit d’être des poubelles sur pattes, vivant dans des poubelles à murs, mangeant des plats odeur poubelle, et pas les filles. Jalouse honnêtement. Je me rappelle entendre assez souvent dire qu'on parlait de "territoire" pour parler de la chambre des garçons de cet âge, sûrement question d'odeur. Incroyable, ils avaient déjà l'autorisation de coloniser leur propre espace, tandis que nous, il nous fallait conquérir ce territoire stratégiquement afin de ne pas trop ternir notre image. Le trauma de la chambre du garçon que l'on connait trop bien et même à mon grand âge, j’entends encore parler du moment ou tu vas chez ton copain pour la première fois et que :
Merci Natsumi Aida, tu as rendu tellement drôle et normal le quotidien d'une ado en pleine extension de territoire qu'au final, ce n’était plus que ça: drôle.
Mais tous ces héros et héroïnes n’étaient qu'en 2D. Je voulais absolument être comme eux, aussi courageux et résilients que vulnérables et doux. À cette époque, je ne jouais pas trop aux jeux vidéo, à part quelques franchises populaires comme Mario Bros, Sonic, Pokémon. Mes parents n'étaient pas des joueurs, et mon frère était jour et nuit devant sa Play ou son PC à tuer League of Legends et les plus gros titres comme The Witcher, Red Dead Redemption, etc. Mais bien que je trouvais les graphismes impressionnants, ça ne m’intéressait pas trop : c’était toujours un peu violent, et je voulais être une héroïne, pas une guerrière.
Lorsque j’ai vu Lightning sur cette double page de Vogue pour la première fois, je voulais lui ressembler. Son regard était si déterminé, si puissant. Elle était magnifique, presque surhumaine, sans pour autant incarner une figure destructrice ou une virilité excessive à laquelle je n’aurais pu m’identifier. Le personnage imaginé par Motomu Toriyama et Tetsuya Nomura, à la fois d’une douceur angélique et d’une puissance fantastique, a fait résonner en moi un idéal. En plus, elle avait des cheveux roses. J'en rêvais ado, peut-être pour me moquer de mon père qui m'avait menacée de me raser le crâne ou quelque chose du genre si jamais je passais le cap. Forcement par la suite j'ai découvert le reste des personnages de la franchise, mais toujours à distance, à ce jour je n'ai toujours pas joué aux Final Fantasy(ce qui ne saurait tarder, il m'attends sur le bureau).
Avec le temps, j’ai fini par tirer une conclusion qui me plaît bien : les personnages de Final Fantasy et, plus largement, certains jeux de Square Enix, ne portent pas le physique démonstratif d'une puissance stéréotypée. Pas d’excès de virilité façon guerrier écorché et dur, comme un Guts de Berserk, par exemple. Non, ils ont de grands yeux expressifs, comme dans les mangas, ainsi que des traits fins et androgynes. Pour rester dans la comparaison avec Berserk, leur physique évoque plus souvent une beauté éthérée, presque divine, qu'on peut retrouver chez un Griffith, un Ryō Asuka dans Devilman Crybaby ou une Lady Oscar (La Rose de Versailles): une silhouette aussi bien masculine que féminine qui confère à ces personnages un caractère surhumain. Un détail souvent fétichisé, certes, mais qui soulève un point intéressant : ici, le corps féminisé n’est pas un symbole de fragilité ou de vulnérabilité. Au contraire, il rend divin.
Et c’est là que je pense à Apollon. Pas l’Apollon guerrier, l’archer implacable, mais l’Apollon artiste, le dieu de la lumière et de la beauté, celui dont la grâce androgyne inspirait autant la crainte que l’admiration. Comme Cloud ou Lightning, Apollon incarne une dualité: il est à la fois doux et redoutable, lumineux et mystérieux. Sa beauté n’est pas simplement esthétique ; elle est une expression de sa puissance, une force qui attire et fascine. C’est cette même dualité que je retrouve dans les personnages de Final Fantasy. Leur androgynie n’est pas un hasard : c’est une manière de transcender les limites du genre, de devenir des figures universelles, presque mythologiques. Elle crée un entre-deux qui désamorce l’opposition habituelle entre le corps-armure et la poupée. Cloud n’est pas qu’un guerrier, Lightning n’est pas qu’une icône de beauté. Ils sont les deux à la fois, et c’est cette dualité qui les rend si captivants. Ils ne se contentent pas de défier les attentes genrées ; ils les transcendent. Ils montrent que la force peut être douce, que la vulnérabilité peut être une arme, et que la beauté n’a pas à être synonyme de fragilité.
Autre élément essentiel : le regard. Comme je l’évoquais déjà avec Lightning, les yeux sont ici disproportionnés. Ceux de Cloud, par exemple, sont particulièrement larges, son iris plus étendu que celui des autres personnages. Plus grands, ils captivent, et nous transmettent des émotions plus fortes, plus intenses. On y perçoit la fragilité, la douleur, l’espoir ou la force qui émanent de ces yeux, et c’est ce qui nous attire irrésistiblement. Ils nous donnent l’impression de voir ce qui se cache derrière les apparences, de pénétrer un espace intime où chaque sentiment, chaque pensée, devient visible, exprimée sans filtre. Un langage au-delà des mots.
Tout compte fait, c'est cette rencontre avec une beauté inhumaine, androgyne et hyper-expressive, à un âge où je commençais à conscientiser que plus mon corps se féminisait, plus sa sexualisation me dépossédait de celui-ci. M'imaginer un Avatar, un autre-moi dépourvu de chair, à l'image de ces héros et héroïnes que j'admirais, a été une manière de reposséder, tant bien que mal, ce corps. Cela me donnait l’espoir qu’à mon tour, j’allais pouvoir devenir le protagoniste d’une quête héroïque. Je n’étais pas obligée de succomber au cliché viril, ni de m’exprimer comme un combattant ou de croire que mon corps féminin faisait de moi un être plus faible ou que sais-je encore...















