Une journée sous la pluie à Hué
Hué, cité impériale, cœur du patrimoine national, est un passage obligé lorsque l’on aime un tant soit peu l’histoire, mais nous sommes prévenus : il y pleut souvent, et à verse. Qu’importe, nous sommes des aventuriers téméraires. HUE dada [j’adore mes blagues] : le lendemain matin, preux chevaliers tout de sac poubelles capes de pluie jetables, vive le plastique vêtus, nous enfourchons notre fidèle monture en direction du tombeau de l’empereur Khai Dinh. Faire le copilote avec un téléphone qui se noie sous la pluie n’est pas aisé, et l’expérience de la conduite au Vietnam pas une mince affaire. D’ailleurs, on ne comprend pas à quoi servent les voies de circulation, puisque tout le monde conduit à contre-sens et déboule des rues adjacentes sans regarder ; les rétros sont pour les faibles, le Vietnamien compte sur la diligence de son prochain à s’écarter en temps voulu.
Le mausolée, dont le blanc grisâtre se détache à peine de montagnes coulées dans la brume, n’est pas d’un extérieur avenant, mais l’intérieur laisse pantois : mosaïques de porcelaine, fines dorures, plafond qui raconte une épopée mythologique de dragons.
Le second tombeau, celui de l’empereur Minh Mang, est entouré d’un parc gigantesque, dans lequel nous courons après les éclaircies, et la pluie battante peine à altérer le joli vert d’eau des lacs remplis de nénuphars qui le bordent.
Une pagode plus tard, et nous voici à la cité impériale, dernière mais non moindre étape de cette journée contrainte au marathon à cause de la météo. Nous avons été, durant ce voyage, les marionnettes de la saison des pluies, qui nous amène à faire des choix par défaut : deux ou trois jours sous cette pluie, ce que mériterait pourtant Hué, confine au pénible.
La citadelle impériale de Hue fut construite en 1805 sous le règne de l’empereur Gia Long et achevée en 1832 sous celui de son fils, l’empereur Minh Mang. D’une superficie de plus de cinq cents hectares, cette construction massive nécessita l’intervention de dix mille ouvriers pendant près de trente ans. Un travail titanesque à la hauteur de ce monument aux jardins parfaitement taillés, qui mériterait une journée de visite entière, et dans lesquels nos tongs boueuses se frayent un chemin sous l’assaut de la pluie.
C’est quasiment en courant que nous finissons notre parcours (impossible de retrouver le scooter dans ce dédale labyrinthique) et qu’Olivier joue son pilote parisien dans les embouteillages de la ville (et je me colle à lui en fermant autant les yeux que je peux serrer les fesses) pour ne pas rater le bus de nuit qui nous mènera au nord, vers la baie d’Ha Long terrestre.