THE EVIL WITHIN (2017)
Aucun rapport avec la série de jeux vidéo éponymes, même si la police d’écriture et le titre du dit film se font opportunistes et peuvent créer l’amalgame, une technique souvent employée par des boîtes de prod’ telles que The Global Asylum: par chance, THE EVIL WITHIN s’éloigne du simple nanar DTV sans âme. Pour comprendre ce long-métrage, avant de l’évaluer, il faut absolument revenir sur les étapes de sa gestation, et du personnage -réel- qu’était Andrew Getty, son défunt réalisateur. Businessman américain millionnaire héritier de la Getty Oil Corporation fondée par son grand-père -et accesssoirement PDG de A.Rork Investment Inc. et manager de Rork Productions-, Andrew Getty est décédé en 2015 à l’âge de 47 ans suite à une addiction aux métamphétamines. Ambiance. L’homme rédigea en 2002 un script relatant ses cauchemars, une histoire portant le nom de The Storyteller: obsédé par ce projet, Getty investit une bonne partie de sa fortune -5 millions de dollars, le ruinant complètement- dans cette entreprise située aux antipodes de son milieu de prédilection. Déterminé à donner vie à ce qui deviendrait plus tard THE EVIL WITHIN, il s’enferma dans une logique de DIY jusqu’à transformer son manoir en lieu de tournage, certaines pièces de sa demeure mutant en salles de post-production ou en atelier d’animatroniques. Getty, malgré l’évidente influence de narcotiques, était un passionné chevronné prêt à tout perdre pour une cause qui semblait perdue d’avance: aucune expérience du matériel, ni de carrière en rapport avec ce film d’horreur sorti de nulle part. Parvenant à inclure des figures icôniques du cinéma de genre, à l’image d’un légendaire Michael Berryman (THE HILL HAVES EYES - 1977 ou d’un -R.I.P.- charismatique Michael McGrory (le clip Coma White de Marilyn Manson -1998), tous deux ayant par exemple officié dans THE DEVIL’S REJECTS (2005), Getty a su sans conteste réunir du talent pour parfaire son oeuvre. Mentionnons aussi les féminines présences de Diana Meyer (la badass Lizzy Torres de STARSHIP TROOPERS - 1997) et de Kim Darby (l’original TRUE GRIT -1969), des noms synonymes de “références”. En tout objectivité, THE EVIL WITHIN fascine de par ses imperfections: on se perd dans ce labyrinthe visuel jouant avec une multitude d’angles de vue, s’éloignant du format-type d’un film d‘horreur lambda. Dans cette perdition où solitude, noirceur, drame et fantastique se côtoient plutôt bien, quelques passages intriguent, à l’exemple d’un mastering sonore inégal ou d’un changement de modèle de caméra, et ce dans la même scène: sans jamais tomber dans l’amateurisme, la main qui guide le long-métrage laisse deviner son aspect semi-pro. THE EVIL WITHIN se pose en héritage direct d’un réalisateur hors-normes, à la fois capitaine et seul passager de son navire, son jusqu’au-boutisme quelquefois maladroit hypnotisant le spectateur jusqu’à sa toute fin. S’attardant avec minutie sur les instants malsains et glauques qui parsèment le long-métrage, Getty parvient à livrer des phases de développement très justes et très personnelles, mais à l’équilibre fragile car en confrontation avec une mise en scène hasardeuse, frôlant le nanar en de -très- rares moments. Descente aux enfers mentale, la sombre storyline de THE EVIL WITHIN vit par son personnage principal, Dennis, un trentenaire aux facultés intellectuelles altérées: l’intrusion dans son habitat d’un immense miroir -et de son occupant inquiétant- ne va rien arranger, provoquant en lui une remise en question des notions de bien et de mal. Les cauchemars et la réalité vont s’imbriquer, fusionner, et se déstructurer, emmenant Dennis plus loin qu’il ne faudrait: osons le dire, le rendu de THE EVIL WITHIN peut se référer aisément à du littéraire (Lovecraft), du Dario Argento -sans le côté giallo-, du David Lynch, et indéniablement au cinéma de genre “à l’ancienne” jusqu’au théâtre, toutes marionnettes dehors en guise de preuves. Poussons encore un peu plus la rhétorique, jusqu’à porter le reflet de cette ambiance générale aux paroles du morceau “Prison Of Mirrors” du one-man band de black-metal dépressif Xasthur: oui, totalement. Interprété par l’acteur Frederick Koehler, qui a le mérite de ne pas sombrer dans une insupportable caricature, le personnage de Dennis dérange, jouant carte sur table quant à sa condition mentale et ses interactions avec les comportements des autres humains “normaux”: partageant une réalité similaire, il la vivra toujours différemment, faute à cette intrusion occulte qui le manipulera jusqu’au grand dénouement final, ce show glauque aussi grotesque que malsain. Le film n’hésite pas pour prendre une courte pause en citant ouvertement THE TWILIGHT ZONE (1959-1964), ne l’oubliez pas... On se souviendra de THE EVIL WITHIN comme l’héritage-témoin d’un travail passionné et personnel, qui ne pourra jamais être catalogué en tant que série Z/B, se démarquant inévitablement par sa forme curieuse d’OVNI posthume qui mit quinze ans à voir le jour. Mystérieux à l’instar de son géniteur hors du commun, l’indé THE EVIL WITHIN est à voir, et surtout à soutenir: à quand un biopic sur Andrew Getty et ce projet fou, véritable parcours du combattant? Un VRAI film, aux infinies variables et à l’effet hypnotique sans fin. Indescriptible.
DIMENSION /20