PUMPKINHEAD (1988)
Stan Winston : l’homme derrière les effets spéciaux de THE THING (1982), THE TERMINATOR (1984), ALIENS (1986), PREDATOR (1987), JURASSIC PARK (1993), et j’en passe… de son vivant, le génie de l’animatronique était même allé jusqu’à s’aventurer sur les VFX d’AVATAR (2009), avant de nous quitter. Un Stan Winston Studio créé en 1972, plusieurs Oscars, et une école posthume, la Stan Winston School Of Character Arts, sont autant de preuves avérées que ce superviseur de génie est indissociable du Cinéma. Au-delà de ses collaborations plus ou moins connues (Tim Burton, Robert Zemeckis), Winston a, en 1988, réalisé son seul et unique film, le bien-nommé PUMPKINHEAD, tiré d’un poème de l’auteur Ed Justin. On ne s’attardera pas sur les suites en DTV ou téléfilms, et autres comic-books tirés de ce long-métrage forcément initiateur d’une saga. Pour les fans les plus hardcore, il y a aussi eu un mauvais jeu vidéo en 1995, et une chanson des Misfits sur leur album Famous Monsters (1999) lui est consacrée. Devenu culte avec le temps, PUMPKINHEAD n’est pas le one-shot opportuniste auquel on pourrait croire: l’exercice, casse-gueule au demeurant (faire des SFX et passer derrière la caméra sont deux disciplines bien distinctes), bénéficie d’avance d’une qualité indéniable, le savoir-faire de Winston, doublé d’un esthétisme graphique très détaillé. Et ce malgré un budget minime de 3 millions de dollars. Horror-movie tout droit sorti des eighties, PUMPKINHEAD ne peut se résumer à un simple cahier des charges, à un énième plaisir coupable, cristallisé dans une décennie forcément relative aux grands noms de l’Horreur. Lorgnant presque du côté de DOLLS (1987) pour sa mise en scène de personnages attachants (Ed Harley -joué par l’impeccable Lance Henriksen- et son fils, ainsi que quelques membres du groupe d’ados qui subiront les foudres de la créature éponyme du film), PUMPKINHEAD nous envoie dans une campagne américaine stéréotypée, dans le bon sens du terme: tout y est, du cimetière abandonné à la communauté familiale redneck en passant par l’antre de la sorcière et autres adolescents débiles -un côté slasher assumé- venus foutre le bordel. Abordé comme un conte -encore une fois, à la manière d’un DOLLS-, PUMPKINHEAD installe son mythe en 1957, établissant l’existence d’une créature démoniaque venant tourmenter ces lieux reculés, où le redneck protège sa famille, adossé à sa porte, fusil en main, pendant que le Mal officie dans sa cour. Une introduction bien menée, à la manière du livre ÇA, qui effectuera un bond dans le temps pour donner à l'Horreur une forme cyclique. Sans trop spoiler, l’immense PUMPKINHEAD -et son design faisant obligatoirement penser au xénomorphe si cher à Ridley Scott-, sera appelé par un père aimant, désarçonné par la mort imprévue de son fils, prêt à tout pour obtenir vengeance malgré la nature accidentelle de l’effroyable événement: qui a dit PET SEMETARY (1989)? Personne, l’adaptation du roman de Stephen King déboulant sur les écrans l’année suivante: pourtant, on soupçonne bien Stanley Winston d’avoir lu pas mal de récitsde l'écrivain, l’invocation de PUMPKINHEAD se faisant l'épicentre d'une malédiction ici réitérée. Le long-métrage est avant tout une perle visuelle, aux couleurs chatoyantes et aux décors fouillés. Rien n’est laissé au hasard, éclairages, éléments, et bien sûr animatroniques: on s’extasie sur chaque plan ou presque, fourmillant de détails comme autant d’exemples que le “fait main” en studio apporte un cachet non négligeable en comparaison de certaines utilisations de CGI. C’est beau, putain. Touchant notre corde sensible grâce à sa narration -impossible de rester de marbre après avoir assisté à la mort de ce pauvre enfant, ni d’ignorer la prestation sans faute de Lance Henriksen-, PUMPKINHEAD nous emporte dans cet univers où simplicité rime avec efficacité: une logique infaillible qui achève ce Menu Best-Of loin d’être insipide, car préparé avec soin et amour. Le tout est parfois sanglant sans être gore. Atmosphère et ambiance sont combinées avec magie, et l’on consomme le film à la manière des meilleurs épisodes de TALES FROM THE CRYPT (1989-1996) ou des indiscutables meilleurs segments des CREEPSHOW (1982-2006). Bénéficiant d’un excellent remaster en blu-ray (2014) et délaissant enfin le vilain format zoomé en 4:3 au profit d’un dépoussiérage du format d’image d’origine, c'est bel et bien cette version qui rend justice à PUMPKINHEAD, véritable bijou d’une époque de gloire pour le Cinéma de Genre. Là où beaucoup verront en PUMPKINHEAD un long-métrage d’”usage”, nous, nous y trouverons toujours un plaisir non feint de revisionnage, tant l’exploit est réel: la seule frustration pouvant et devant envahir le spectateur, c’est celle de n’avoir à disposition que cette sublime œuvre réalisée par Stan Winston, et rien d’autre. Et l’on se plaît à imaginer tout ce que ce créateur de légende aurait eu à nous offrir… le culte est mérité. Indispensable !
STAN WINSTON /20