De mythes et de choses, Redayef, 2017-2020, Vidéo, 15’12’’. Traces des résidences Under the Sand.
Retour en liens sur ma participation à la programmation “Art vidéo – El Kazma” du festival Gabes Cinema Fen - قابس سينما فن organisé par La Boîte _un lieu d’art contemporain sous la direction artistique de Malek Gnaoui et le commissariat de Paul Ardenne . Le festival a été diffusé en ligne du 3 au 15 Avril sur la plateforme Artify.
Artistes: Alaeddin Aboutaleb, Janet Biggs, Youssef Chebbi, Kota Ezawa, Mounir Fatmi, Nadia Kaabi-linke, Ali Kazma, Farah Khelil, Randa Maddah, Eva Magyarosi, Souad Mani, Ala Eddine Slim.
“Sous-titrée Impressions embarquées, cette vidéo d’une petite vingtaine de minutes réalisée en juillet 2017 est le compte-rendu filmé d’une ‘’dérive’’ nocturne clandestine de l’artiste, accompagnée d’informaticiens dans la laverie de phosphates de Redayef, important site minier de Tunisie. L’artiste filme tandis que des appareils relèvent des données normalement non communiquées indiquant les taux de pollution locale, anormalement élevés”
Paul Ardenne présente DE MYTHES ET DE CHOSES de Souad Mani ( Vidéo sur youtube)
“Souad Mani est plasticienne et chercheuse. Son travail artistique, assimilable à une démarche expérimentale, est transdisciplinaire. Il intègre et met bout à bout techniques conventionnelles ( Filmer, intervenir physiquement dans un paysage) et technologies plus pointues (recueil de données informatiques, biométrie). Dans quel but ? L’œuvre d’art telle que la conçoit Souad Mani n’est pas tout bonnement une proposition esthétique, une image, une somme de gures. Il s’agit aussi, au moyen de celle-ci, de révéler des éléments inaperçus, des liens inattendus entre nous et les choses. ‘’Faire interagir le monde du vivant avec celui des technologies numériques’’, indique un article du site Litzic consacré à l’artiste : ‘’En partant, par exemple, d’un autoportrait, Souad Mani va étudier, via les métadonnées, son parcours dans le monde digital. Chaque ‘’rebond’’ de cet autoportrait produira de nouvelles informations et interactions que Souad Mani traitera a n d’en étudier les mouvements, les répercussions, les tensions également, pour créer des nouveaux récits’’ : Utiliser le numérique pour approfondir notre connaissance des relations humaines, en quelque sorte parce que le monde, pour reprendre les termes du philosophe Timothy Morton, est interconnecté de toutes parts. 48 49 Un exemple concret de cette démarche complexe est fourni par De mythes et de choses, que présente Souad Mani dans cette édition en ligne. Sous-titrée Impressions embarquées, cette vidéo d’une petite vingtaine de minutes réalisée en juillet 2017 est le compte-rendu filmé d’une ‘’dérive’’ nocturne clandestine de l’artiste, accompagnée d’informaticiens dans la laverie de phosphates de Redayef, important site minier de Tunisie. L’artiste filme tandis que des appareils relèvent des données normalement non communiquées indiquant les taux de pollution locale, anormalement élevés. Le lm s’assimile à un enregistrement direct, un document, précise l’artiste, qui ‘’représente des indications signi ées du réel, brut et transformé’’, et dont ‘’la bande sonore est une des transcriptions possibles du taux de carbone capté pendant cette dérive’’. Paul Ardenne
Barbara Polla sur Art Critique
“L’artiste filme tandis que des appareils relèvent des données indiquant probablement les taux de pollution locale. Le spectateur ressent physiquement l’interdiction, celle de voir, de regarder, d’être là ; il se sent, comme l’artiste, voyeur, en pleine effraction, punissable. La nuit, les lumières, les voix de ceux qu’on ne voit pas, le sentiment d’insécurité, d’incompréhension, de viol des règles, la mobilité constante de la caméra, le flou : un ensemble immersif, poétique, voire érotique, jouant sur une ligne fluide entre rêve et réalité.”
“... Au son, avec ce que provoquent les bruits et voix des corps présents sur le site mais qu’on ne voit pas, le point d’écoute s’agrémente d’un son d’alerte envahissant, numériquement généré en temps réel par des appareils connectés, conçus pour relever et archiver à distance les données d’émission du dioxyde de carbone. Et c’est un différentiel d’échelle qui s’éprouve dès lors entre le point de vue, le point d’écoute et les conditions du filmage. La bande-son est tour à tour stridente, alarmante et sifflante, jouant sur une frustration symptomatique des taux de pollution très élevés pendant la dérive, et du risque auquel s’expose par conséquent le corps sur le site. Si le signal joue d’une contiguïté qu’il rejette mais que son insistance invoque, le volume du son rend impossible une appréhension pacifiée du site. Ce faisant, on change d’échelle dans quelque chose comme une déréalisation qui rend la perception de l’espace moins étanche à un hors-champ possible. L’impression est d’autant plus forte que ce dispositif sonore, malgré son côté quelque peu assommant, ne doit strictement rien au surmixage. Si regard, corps et caméra font ici bloc, leur compacité n’empêche pas De mythes et de choses de jouer d’une distension du territoire, où l’expérience de l’infiltration se teinte d’une part de fiction. Participant d’un autre mode d’appréhension du réel qui ne laisse pas de répit à la perception, elle permet par sa sismographie sonore de traduire les virtualités d’un danger qui veille aux abords de l’espace. D’une interdiction d’accès, Mani tire une possibilité de filmer. Et d’une perméabilité du corps aux extensions du réel, elle tire le bénéfice d’explorer une réalité en nous y introduisant presque par effraction. C’est tout l’intérêt de ce geste que de lester l’immersion d’une valeur ajoutée, rendant sensibles des données qui auraient pu n’être qu’abstraction pour le spectateur. “