Handan (c.1568 – 1605)
Ou la première régente dans l’histoire de l’Empire Ottoman !
Le harem est un endroit qui déchaîne encore les passions et l’imagination à ce jour. On s’imagine des faibles femmes aux mains des hommes puissants. Et pourtant, dans l’Empire Ottoman, durant le Sultanat des Femmes, une femme s’est élevée pour la première fois dans l’histoire de la Turquie comme Régente : Handan.
On ne sait pas grand chose d’Handan.
Si vous faites des recherches sur les compagnes des sultans de l’Empire Ottoman, adoptez cette phrase comme mantra : on ne sait pas grand chose d’elles, sauf si vous avez marqué l’Histoire comme Hürrem, pour qui Soliman le Magnifique est devenu parfaitement monogame ET fidèle jusqu’à sa mort en plus de l’avoir épousée. Et non, vous baser sur la série Magnificent Century et son spin-off, Magnificent Century : Kösem, n’est pas à faire : c’est un drame historique à la Versailles, donc fond historique, quelques vérités, beaucoup de libertés.
Et si on ne sait pas grand chose de Handan, on sait qu’elle n’a pas eu la même histoire que celle jouée par Tülin Özen en 2015. Par ailleurs, Handan n’ayant aucun portrait d’elle, les images d’illustrations sont de la série que je viens de mentionner
Handan serait née vers 1595 et serait d’origine grecque ou bosnienne, comme de nombreuses filles capturées pour être revendues comme esclaves dans les sérails des hommes puissants comme les pashas (ministres) ou encore le harem royal.
Les raids sont légions et comme des milliers de personnes avant et après elle, sans doute encore enfant ou à peine nubile, Handan (dont le véritable prénom nous est inconnu, bien que d’après l’historien turc Necdet Sakaoğlu, elle serait prénommée initialement Helena) est initialement emmenée à Constantinople (l’actuelle Istanbul) pour être mise au service de Cerrah Mehmed Pasha, le gendre du Sultan Selim II (1524-1574). Son épouse, Gevherhan Sultan, est alors la tante du futur sultan : Mehmed III (1566-1603).
Handan est alors éduquée par Gevherhan.
La vie de la jeune fille change en 1583 quand Mehmed la remarque et, fasciné par sa beauté, décide d’en faire sa concubine.
Le 16 janvier 1595, le père de Mehmed, Murad III, décède et son fils lui succède après une course effrénée pour le trône. Ce qu’il faut savoir, c’est que dans l’Empire Ottoman, jusqu’à l’arrivée de Kösem puis de Turhan, il existe une loi instaurée par Mehmed II appelée la loi du fratricide.
Tous les sehzades (princes) ont un droit égal au trône de leur père, qu’ils soient l’aîné, le plus jeune, né de la favorite ou non.
Mais quand le sultan meurt, c’est le premier qui arrive à Constantinople et qui se fait reconnaître comme sultan qui hérite de l’Empire. Cela est vu comme la volonté d’Allah.
Et pour éviter toute éventuelle rébellion de la part des frères et neveux qui ont un droit aussi légitime que le sultan, le nouveau padichah a le droit de faire tuer ses frères et neveux afin de ne laisser que sa propre descendance mâle en lice.
Ce qui fait qu’on peut se retrouver à exécuter des nourrissons à peine sevrés.
Oui, c’est un jeu de chaises musicales en mode trash.
Mehmed monte sur le trône, fait exécuter les possibles rivaux. Plus d’une vingtaine de cercueils quitteront le palais et la vision de cette queue infinie choquera le public.
Handan, elle, devient l’une des personnes les plus importantes du harem en sa qualité de favorite.
De ses relations avec Mehmed naissent au moins 6 enfants :
-Fatma (1584 -?)
-Selim (1585-1597)
-Soliman (1586-1597)
-Ayse (c.1587 – après 1614)
-Ahmed (1590-1617)
-Osman (1597-1601)
L’Histoire retient principalement Ahmed et pour cause… C’est lui qui succédera à son père en 1603 !
Bien évidemment, le sultan n’est pas l’homme d’une seule femme et Mehmed a donc d’autres enfants avec d’autres concubines, notamment deux fils avec Halime : Mahmud (c.1587-1603) et le futur Mustafa I (1591-1639).
Cependant, Mahmud a été exécuté par son propre père en 1603 suite à des rumeurs de complot alors qu’en réalité, le sultan avait peut-être un peu trop peur de ce fils zélé et a cru qu’il briguait sa place. Les raisons demeurent encore floues et il n’est pas impossible qu’Handan, alors alliée à Safiye (la mère de Mehmed), ait comploté pour discréditer l’adolescent aux yeux du padichah afin de faire barrage à Halime et ainsi mettre en position Ahmed pour le trône impérial.
Le 22 décembre 1603, Mehmed meurt et c’est donc Ahmed qui devient le nouveau sultan sous le nom d’Ahmed I.
Cependant, Ahmed détonne et alors qu’on l’intronise, il annonce haut et fort qu’il refuse de faire exécuter son frère Mustafa. Ce geste fort amorce tout doucement la fin de la loi du fratricide, laquelle sera abolie quelques décennies plus tard, créant alors le système des kafes : les sehzades seront tenus loin de la cour, isolés, dans le luxe et le confort certes mais c’est une prison dorée. Cela n’est pas idéal et créera d’autres problèmes à long terme mais le petit pas d’Ahmed a permis d’envisager une autre manière de gérer les prétendants au trône sans devoir passer par la case bourreaux.
On accepte la demande du sultan pour plusieurs raisons : Ahmed est jeune, il est maladif, il n’a pas d’enfant et s’il meurt sans fils et en ayant fait exécuter Mustafa, le trône serait alors vacant.
Spoiler alert : Mustafa ne sera jamais exécuté mais il plongera doucement dans la folie durant son isolement et il aura une belle vie de merde !
Bref, toujours est-il que le 22 décembre 1603, Handan devient la première dame de l’Empire, la femme la plus importante du harem : la validé sultan !
La validé sultan est la mère du sultan régnant et c’est elle qui dépasse toutes les femmes du sérail.
La hiérarchie est assez simple : la mère du sultan est en haut de la pyramide, puis la haseki sultan (la grande favorite du sultan, un titre crée par Soliman pour sa chère Hürrem des décennies plus tôt), les kadin qui sont des favorites, puis les autres.
Et cerise sur le gâteau…
Ahmed n’a que treize ans, ce qui est un peu jeune pour régner tout seul alors Handan marque l’histoire de l’Empire en devenant la première femme à devenir Régente, co-régnant avec son fils !
Handan gère donc le harem de son fils et des affaires d’état. Par exemple, c’est grâce à elle que Yavuz Ali Pasha a été nommé grand vizir, l’équivalent du premier ministre. Ahmed est très proche de sa mère, il la respecte énormément et il l’écoute. C’est donc ainsi Boşnak Derviş Mehmed Pasha intègre aussi le gouvernement. Handan aurait dit à Ahmed de toujours suivre les conseils de Derviş.
Si quelqu’un veut une audience avec le sultan, il doit d’abord passer par sa mère.
Le seul souci de la sultane est la protection de son fils chéri et de ses intérêts.
Dans le même temps, Handan, comme le veut la tradition, s’occupe énormément de charités dans tout l’Empire
Fait étonnant : la jeune femme s’oppose à la mise à mort de Mustafa comme le voudrait la tradition, surtout après que son fils se soit montré précoce en devenant le plus jeune père dans l’histoire des sultans. En effet, quand Mahfiruze, sa concubine, est enceinte, Ahmed n’a que treize ans. Malgré tout, la validé refuse que Mustafa soit tué et essaye de prendre soin de lui. Peut-être est-ce pour Ahmed, lequel aurait été particulièrement traumatisé par le meurtre de Mahmud des années plus tôt.
Toujours est-il que le prince est encore en vie quand vient au monde son neveu.
Le 03 novembre 1604, Handan devient grand-mère :
Ahmed et Mahfiruze viennent d’avoir le futur Osman II (1604-1622).
Le bonheur d’Handan sera de courte durée : certes, elle a la chance de voir naître d’autres petits enfants mais la fin se rapproche.
En effet, malade depuis quelques temps, épuisée par la gouvernance de l’état car la période est très agitée, devant gérer rébellion sur rébellion, la santé de la jeune femme décline et elle décède le 09 novembre 1605, alors qu’elle a environ 37 ans, de ce qu’il semble être une maladie de l’estomac ou des intestins.
La mort d’Handan bouleverse Ahmed.
Des prières et des aumônes sont faites pour l’âme de celle qui fut la toute première régente de l’Empire alors qu’on l’enterre aux côtés de Mehmed III à la Mosquée Sainte Sophie.
Après le décès d’Handan, c’est Kösem, le grand amour d’Ahmed, qui dirige le harem. Sa personnalité éclipsera dans les mémoires et dans l’Histoire le souvenir de celle qui mérite pourtant qu’on se souvienne au moins de son prénom :
Une femme qui a protégé son fils comme elle l’a pu et a été la première femme à co-régner aux côtés du sultan lui-même.
~ Marina Ka-Fai
Si toi aussi tu veux en lire plus sur Handan, tu peux aller regarder ces sources :
The Imperial Harem. Women and Sovereignty in the Ottoman Empirepar Leslie P. Pierce
Baki Tezcan, « The Debut of Kösem Sultan's Political Career »
A Queen Mother at Work: On Handan Sultan and Her Regency During the Early Reign of Ahmed I". Faal Bir Valide Sultan: Handan Sultan ve I. Ahmed’in Hükümdarlığının Başlarındaki Naibeliği Üzerine. Günhan Börekçi. 2020. 1 Mayıs 2021 tarihinde kaynağından arşivlendi. Erişim tarihi: 1 Mayıs 2021.












