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“ J’avais peur de l’internet ”
John m’a lâché ça ce matin, quand je lui ai demandé pourquoi il avait tardé autant à lancer son blog.
Devant l’emballement et la véhémence qu’il manifesta dans sa réponse, je lui demandai de fermer sa gueule et de me laisser finir mon café avant d’en appeler à ma patience, mon empathie et ma capacité à communiquer. J’en étais là de ma tentative pour le raisonner quand, pris d’un élan de bravoure suicidaire, il insista.
J’écris donc sous sa dictée.
Elle n’est pas dure à convaincre, en réalité. Et puis, je suis sûr que vous voudrez bien m’écouter, vous. Elle écoute aussi, je dis pas, mais je la trouve un peu limitée, aussi j’ai voulu agrandir le cercle de mes auditeurs potentiels, cantonné à 1 qu’il est depuis trois ans que je vis. Sa question est pas si con du coup, mais il faut resituer un peu les choses (cette femme a le don d’inconséquence, c‘en est épatant).
Si j’ai mis tout ce temps à m’adresser à vous c’est d’abord parce que je ne vous connais pas. En général, je ne m’adresse qu’aux personnes que je connais. Déjà parce qu’en tant que chien, mon expérience sociale est conditionnée par la rencontre réelle. Parce qu’aussi, vous êtes très rares à me reconnaître conscience et intellect, du coup j’avais finit par abandonner. Mais Merde ! je lui ai dit, aussi tous cons qu’ils sont ils voudraient m’obliger tacitement à fermer ma gueule ? Non ! je lui ai dit, il vont finir par m’écouter, et tu serais bien mignonne de m’aider, ça te changerait du roulement à bille de ton lexomil, je lui ai dit. Alors voilà.
Ah oui, et aussi, c’est le titre du coup, parce que j’avais peur de l’internet, de cette réduction de la pensée qu’il permet, nourrit et légitime, entre deux chats. Je ne pense pas que Nietzsche aurait su hashtager sa pensée. Je me demande ce qu’il y aurait vu. Souvent je me demande, alors je lui demande, et j’aime à croire qu’il me répond. Le connaissant, il aurait fichu d’être violemment opposé à cette mainstreamisation anglicisante vulgaire (au sens plein), capable d’effriter le cachet d’une idée, sa fertilité, sa puissance futile et sa particularité quelconque, de la recouvrir en quelques fractions de temps et un mouvement concentré de flux assurant la visibilité nécessaire au lead (autre anglicisme marketing réduisant une idée à son pouvoir d’influence), la recouvrant d’une chape de marbre popisante suffisamment rassurante pour être attrayante et générer le Clic sans trop d’hésitation ou de distance, et suffisamment inquiétante pour briser l’ennui, ou susciter l’envie, comme on voudra. Si le hashtag est pourtant aussi un procédé rhyzomal universel propre à satisfaire l’idéal-type social de tout philosophe capable d’apprécier les vertus des relations et agencements humains dans leur complexité, comment gérer une telle machine désirante, poumon délirant dans son overdose d’oxygène inassimilable, clairement, par le cerveau en burn out permanent qui se complait comme tout addict dans sa consommation frénétique encore voulue ou déjà naturalisée d’idées racornies et minimalisées jusqu’à l’os.
Il aurait dit.
Bronco snuggle his snake toy!!! :) so freaking cute!!! #bronco #furbaby #puppy #dog #puppydog #cute #toocute #cutedoggy #hellodoggy
From this morning. #hellodoggy