arpenter le trouble dans le genre, comprendre
la semaine dernière, avec un groupe de 10 personnes, des étudiant*es en école d’art, nous avons arpenté Trouble dans le genre, que je n’avais pas lu avant - que désormais je crois, grâce à elleseux, nous, avoir pu saisir, comme outil pratique, c’est-à-dire que de nouvelles lectures du réel sont devenues possibles, adviennent, et que ces idées sont pratiques comme un couteau, un paradigme qu’on a en poche, comme, finalement, le souhaite Butler, mais dont je ne m’étais jamais saisie, la lame-philosophie trop tranchante pour ne pas me couper en deux si seule, trop ardue, et à laquelle se sont confronté”es les étudiant*es, les mains dans le cambouis, moi avec la préface de Fassin, et les intros de Butler - j’espère pour elleux que ce moment a été aussi fructueux qu’à moi, et les remercie de ce que nous nous avons pu nous offrir
l’idée principale, l’outil principal, c’est, je crois l’absence d’origine avec en avant fait la nécessité d’un déplacement de l’intérêt, du regard, depuis les conflits/rapports de genre, qu’ils soient analysés par le prisme du féminisme, de la linguistique, de la psychanalyse pour penser la structure, et non pourquoi, mais comment la structure sociale prend en charge ces conflits/ces rapports : comment la structure de pouvoir gère ces rapports/ces conflits - il est nécessaire d’analyser d’un point de vue systémique, en se retirant pour un temps de l’analyse du trop proche systématique, douloureux de cette analyse systémique, de la structure de pouvoir, de la structure sociale qui produit des rapports de pouvoirs, Butler en retrempe l’acier de la relation à l’origine (en passant par Michel Foucault, depuis Nietzsche, leur idée de généalogie) : pas d’origine, pas d’origine à chercher, ni grande déesse ni dieu le père, car ces idées, produites par le système oppressif, produisent les rapports de forces, les rapports de pouvoir : il n’y a pas à en chercher l’origine car le système oppressif nomme sa propre production origine et cause de sa propre existence, la tautologie s’installe, indéfendable ? c’est l’autre point, l’autre articulation de Butler, qui ne cesse de se demander comment ça tient, alors même que tant sont oppressé*es, qui ? Butler repousse l’identité, pas l’identité femme comme nécessaire au féminisme mais seulement y participant, et cela pour éviter l’écueil duel, l’écueil du pouvoir renversé, ou d’un nouvel asservissement (celui dans lequel ressac Kristeva, j’ai depuis cette image d’une langue paternelle dans laquelle s’installe un corps enceint maternel pour enfanter, baiser avec celui-ci et enfanté par delà son propre enfant, croissant exogène au corps maternel, dans la langue, prémisse transhumaine, cybernético-linguistique, le double de celui qui déjà a grandi au dedans mort-né par les mains de la langue paternelle, étouffé) - alors même que tant sont oppressé*es, comment ça tient ? ça tient, nous dit Butler, parce que le système oppressif s’il nous oppresse, il nous donne, même nous plaçant au dehors de sa norme, même faisant de nous des lesbiennes sans sexualités, et bien même faisant cela, il nous donne une place, les insultes qui forment ce que nous sommes par la distinction, et la répétition inlassables, de ce que nous sommes, extérieures à la norme, c’est encore faire partie du système, de ce système oppressif mais social, sans système social, impossible de vivre, mais plus encore, sans place dans cette société, et même celle-ci, nous confère une existence - et c’est peut-être là, la seule identité sur laquelle il conviendrait de statuer pour parler de féminisme (là, je le rajoute, je ne suis pas sûre d’avoir entendu ça) --- alors comment accepter ne plus avoir de place dans cette société oppressive ? à cela Butler ne réponds pas, et c’est là où commence, je crois, tout ce qu’on a à imaginer, en le vivant le dernier point, peut-être, la dernière lame qu’affute Butler, c’est celle de la performativité, justement ce que nous, ces individus au genre, à la sexualité troubles, qui remettons en question ce que nous sentons nous écraser, nous vivons, nous répétons nos gestes, nos pensées, nos actes, et nous vivons, pas le carnaval, pas le déguisement, pas ce qui fait tenir le système comme système par une opposition libérale et gentiment muselée, mais ce que nous vivons, jour après jour, joies comme insultes, comme déni, comme lutter chaque jour, vivre dans le trouble, sa certitude, à son advenue, n’est pas confortable, au contraire, mais, ajoute Butler, ce qui est vécu ici, ce trouble grand, large, autant qu’excitant, autant qu’épuisant, ne nous est pas réservé : ce que nous vivons, ce n’est en fait que ce que tout le monde, toutes les personnes normées, vivent aussi en permanence, en se le cachant, leur propre genre leur est trouble, regardez les s’inquiéter de savoir comment leur performance prendra devant leur patron, leur femme, leur mari, leurs enfants, leurs parents, leurs banquiers, comment leur performance d’un genre binaire les épuise elleux aussi, regardons-les et gardons la tête haute, et peut-être arriverons-nous à subvertir ce système oppressif parce qu’il craque de partout, et que nous l’y aidons, à craquer complètement,











