Bruxelles. Brussel. Brussels.
Qu'est-ce qu'il m'a pris de naître ici? Je suis née déracinée, je déménage facilement. 11 fois en tout, 9 dans cette capitale. C'est un voyage en soi, n'est-ce pas? Ce sont tous ces souvenirs semés comme des cailloux qui font que je retrouve mon chemin.
L'école est 8 étages plus bas, j'y vais en ascenseur. Ma tante me dit qu'elle me surveille quand je joue à la récré, qu'elle peut me voir avec ses jumelles. Je la crois sur parole, d'ailleurs ça me rassure. Dans le quartier, on joue à « Escalade Minior » , une version anticipée des Yamakasi. Pas une voiture. Beaucoup de cabanes. Je vais chez ma tresseuse en passant par les terrasses. Ce n'est que des années plus tard que j'ai compris que j'avais vécue une utopie architecturale. Est-ce peut-être pour ça qu'on était heureux?
(Simone et Lucien Kroll, La Mairie)
L'adolescence. Avoir l'abonnement Stib, c'est comme recevoir une voiture. Ixelles-Woluwé quotidiennement. Entre le collège et la maison, ces quelques heures de liberté où la ville t'appartient. T'en vois des choses sur le chemin. T'en fais des détours, t'en fais des bêtises, t'en entends des choses... Viens, on va écouter des CD sans les acheter!
Des années plus tard, je mets plus les pieds à Woluwé. Je suis Ixelloise à plein temps. Un tonton sapeur m'appelle à la sortie du métro;
- Ma fille, ma fille! Psss ! Porte de Namur c'est où?
Je pouffe intérieurement. Il est inscrit « Porte de Namur – Naamse Poort » tout autour de lui.
- Vous y êtes, Tonton. (dans ma tête: “tu parles sérieux?”)
- Je veux dire, Porte de Namur , quoi! ( dans ses yeux : “T'sais bien de quoi je parle!” )
- Matonge?
- Oui!! Matonge, Porte de Namur, quoi!
J'en peux plus de rire devant son enthousiasme, mais je reste calme.
- Ah oui. Vous prenez l'escalator, et à la sortie, vous tournez à gauche. Là vous verrez une galerie. C'est la Porte même de Namur, quoi!
Les africains du monde entier passent par Matonge quand ils sont en Belgique. Il faudra penser à installer un poste d'information pour les touristes. On y rigolerait bien entre les coiffeuses qui charment les clientes, les pakis qui ont trouvé leur public cible , les beurettes qui veulent des extensions ,les bobos qui mangent avec leurs mains, les dealers qui vendent du thym, les mamans venues se faire faire un chignon,les Tontons « ton sur ton », les évangelistes venus nous sauver tous! Quand Matonge t'attrape, tu ne sais pas à quelle heure tu sortiras, ni même dans quel état.
J'ai vécu dans d'autres villes, mais je continue à semer et ramasser mes petits cailloux à Bruxelles. Des cailloux rigolos, des cailloux tristes... J'en ai les poches pleines mais je vais m'arrêter ici.











