Séance du 15 septembre 1793 à la Convention nationale (AP, t. 74, p. 237-238)
Une députation du département de Paris, des districts ruraux de la municipalité, des sections et des sociétés populaires réunis, est admise à la barre.
Dufourny, son orateur, présente des réflexions sur l’instruction publique, dans lesquelles il démontre combien est vicieux le mode actuel de l’instruction. Il demande que les collèges de Paris soient réduits à six ; que les écoles de théologie, de droit et de médecine soient supprimées, et qu’indépendamment des écoles primaires, qu’il soit établi trois degrés d’instruction publique.
Jean-Bon-Saint-André : Je convertis en motion la demande des pétitionnaires.
Lakanal : Je demande que vous rendiez cette journée à jamais mémorable, en consacrant par un décret les mesures salutaires qui vous sont proposées.
Chargé par votre Commission des Six de vous présenter l’organisation générale de l’éducation publique, je vous déclare en son nom que c’est le plan proposé qu’elle a adopté, parce qu’il est propre à hâter les progrès de la raison humaine, et alimenter dans l’âme des jeunes citoyens ces affections énergiques qui perpétuent les races d’hommes généreux et libres.
Nous ne doutons pas que la Convention nationale n’adopte bientôt ce plan, en l’étendant à toutes les parties de la République. Je vote pour l’adoption du projet proposé par les pétitionnaires.
Lakanal le présente en ces termes à la discussion :
« La Convention nationale, sur la pétition présentée par le département de Paris, les districts ruraux, la commune, les sections et les sociétés populaires, réunis, et convertie en motion par plusieurs membres, décrète,
Art. 1er. Indépendamment des écoles primaires dont la Convention s’occupe, il sera établi dans la République, trois degrés progressifs d’instruction ; le premier, pour les connaissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres ; le second, pour les connaissances ultérieures, nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions de la société ; et le troisième, pour les objets d’instruction dont l’étude difficile n’est pas à la portée de tous les hommes.
Art. 2. Les objets d’étude de ces écoles seront classés et enseignés d’après les tableaux annexés au présent décret.
Art. 3. Pour les moyens d’exécution du présent décret dans l’étendue du département de Paris, ledit département ainsi que la municipalité sont autorisés à se concerter avec la Commission de l’instruction publique de la Convention nationale, afin que ces établissements soient mis en activité au 1er novembre prochain ; les collèges de plein exercice et les facultés de théologie, de médecine, des arts et de droit, sont supprimés sur toute la surface de la République.
Coupé de l’Oise : Le plan qui vient de vous être présenté par les pétitionnaires, est l’ouvrage d’hommes instruits. Cependant, comme en matière d’instruction, tout doit être approfondi et soumis à un scrupuleux examen, je demande l’ajournement à demain de toutes les propositions.
Jean-Bon-Saint-André : Le plan proposé par les pétitionnaires n’a besoin que de la simple lecture pour être suffisamment entendu. Je demande qu’on mette aux voix leurs propositions.
Lakanal relit le premier article de son projet.
Jean-Bon-Saint-André : Cet article ne peut souffrir de difficultés ; car, indépendamment de ce que vous vous proposez de faire pour les départements, vous sentez tous combien les établissements proposés sont nécessaires à Paris.
Coupé de l’Oise : Je le répète, il est impossible de décréter un plan d’éducation, dont on ne connaît pas les détails.
Léonard Bourdon : Il ne s’agit pas de décréter actuellement un plan d’éducation, mais bien de chasser des collèges l’aristocratie et la barbarie qui y règnent, et d’élever à la place de l’Université, des écoles d’arts et métiers.
Barère : Votre intention à tous est d’organiser une instruction publique qui puisse favoriser la classe du peuple la plus indigente ; or, le plan proposé par les pétitionnaires remplit parfaitement ce but. Citoyens, Paris a perdu une population d’aristocrates, il faut le repeupler de savants ; il ne faut pas non plus négliger les départements. Je demande que demain, on fasse un rapport qui leur fasse partager les bénéfices du décret qui vous est proposé, et dont je demande l’adoption.
Les trois articles du projet de décret présenté par Lakanal sont successivement adoptés.
Prieur de la Marne : Je demande qu’à l’instant vous étendiez à toute la République les trois degrés d’instruction que vous venez de décréter pour Paris.
Cette proposition est adoptée.