" Les mots ont été créés pour qu'en fermant les yeux Je puisse venir à toi sans faire un mouvement. "
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" Les mots ont été créés pour qu'en fermant les yeux Je puisse venir à toi sans faire un mouvement. "
Nos chairs nues comme un matin de fenêtres montaient d’un seul jet vers deux visages qui s’étonnaient de n‘avoir pour limite que le fond d‘un regard. Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux. Le plaisir était neuf comme une coulée de métal. Tu n‘étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe et pour y goûter il fallait chercher ta bouche, il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe. Un baiser et notre existence n’avait plus de poids Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées Un regard et la mer était au-dessus de nous Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.
Lucien Becker
Passé le genou où la main se creuse comme une semence qui germe en soulevant un peu la terre, je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie. Plus haut ta peau est si claire que les jambes en sont nues pour tout le corps et mon regard s’use comme au plus tranchant d’un éclat de soleil. Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir et à colorer mon désir. Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent et je vois la ligne de partage de ta chair. Géants de la sensation, mes doigts vont se fermer sur le seul point du monde où se carbonisent des hauteurs entières de jour. Et c’est enfin la pleine rivière que je remonte sans effort, parce que tes seins s’y élèvent comme deux cailloux à fleur d’eau. Lucien Becker
Tu es vivante comme peut l'être le cri d'un fruit mur que l'on mord. En t'aimant, je prends tout l'or qui veille à l'entrée de ta chair.
Lucien Becker
Un homme cherche un feu perdu très loin au fond de ses veines. Il le retrouve, tout entier, quand le soleil entrouvre sa bouche.
Lucien Becker
Les mots ont été créés pour qu'en fermant les yeux je puisse venir à toi sans faire un mouvement.
Lucien Becker / Rien que l'amour
Il ne reste plus dans le monde au pied d’un phare descendu du ciel, au bout de quelques vagues qui se referment comme des pages, il ne reste plus que deux corps nus où l’eau doit glisser comme sur des tuiles neuves et que la terre dans sa solitude des rivages porte comme s’ils étaient sa gorge. L’un est terrassé par une de ses mains, main tendue sur les départs dont on ne revient pas. L’autre essaie de remonter de sa nudité par une tête qui regarde la profondeur de la mer. Mais les deux femmes ont compris que toute la lumière vivait de leur chair et que leurs corps ne pouvaient pas mourir parce que surpris dans un moment de leur éternité.
Lucien Becker
Le vent a beau vouloir me prendre à la gorge, l'ombre a beau vouloir me serrer contre les murs, je reste toujours avec le même regard sur les yeux avec le même coup de gong que le cœur donne au corps. L'été écoute le battement d’une source qui monte lentement sans remuer les herbes et je n'existe plus que par le bruit que ma vie fait pour passer dans la main. Je tourne un instant mon visage vers la terre qui va bouger de toutes ses feuilles, de toutes les couleurs parce que le soir qui tombe est plus beau que le jour et que le ciel se répand comme un vin nouveau
Lucien Becker