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What do you want, Richard ?
Il est des questions qu’on n’ose pas se poser. Refoulées dans notre subconscient, elles peuvent surgir à tout moment. Certaines sont la depuis des années, la peur de connaitre la réponse les retient recluses. Malheureusement tout a une fin, même leur détention. Un jour, alors que vous êtes inconscient, entrain de marcher, discuter, vous amuser ou même juste manger, une d’elles apparait devant vous. Telle une lumière dans la pénombre, elle vous attire. Vous la regardez alors innocemment, et sortie de nulle part, une main géante apparait et vous fout une claque monumentale. Avant même de commencer à pleurnicher : « mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? », la main repart dans l’autre sens en vous flanquant une seconde. Personne ne peut y échapper. Cette main n’est autre que votre subconscient qui vous rejette vos questions à la con, que vous n’arrivez pas à affronter de votre plein gré, alors il vous force à le faire.
Aujourd’hui, j’ai une énième fois reçu une claque. Je m’étais tellement entrainé à en recevoir en me posant constamment des questions, mais rien n’y fait, ça fait toujours mal. Peut être parce que lorsqu’on se pose des questions, on les trie pour ne pas avoir mal. Comme si on s’entrainait à un combat de boxe en frappant juste un sac. C’est bien pour rester en forme certes, mais à un moment il faut vous entrainer face à un vrai adversaire, mobile, indépendant, et surtout qui réplique à vos frappes.
A l’aube de cette nouvelle année, viennent les bilans, les remises en question et les résolutions pour l’année prochaine. J’ai comme tout le monde essayé de faire le bilan. Même en mettant toute ma bonne foi, je ne l’ai pas aimé. Il est plein de réussite certes, mais plein d’échecs également. Ce qui ne m’a pas plu c’est surtout qu’il ressemble étrangement à celui de l’année dernière, et même à l’année d’avant. En fait c’est toujours le même, mis à part le fait que le nom des événements change. « Ah cette année j’ai eu mon bac, par contre j’ai raté mon permis. », « Cette année, j’ai fait plus fort, j’ai eu ma licence, oh lala que je suis fort, plein de talent, bon par contre j’ai raté un concours pour une grande école. ». Ces bilans ont tous un point commun, que j’ai eu du mal à desceller tant il est bien caché.
One simple question: what do you want, Richard ? What do you want?
Ces bilans se ressemblent car on revient toujours sur ce qu’on a fait, ou à la limite ce qu’on a subit. De ce fait, la question qu’on se pose n’évolue jamais, et donc la réponse non plus. Peut être qu’on le fait inconsciemment, par peur de poser d’autres questions et que les réponses à ces dernières ne nous plaisent pas. Je me suis rendu compte que le vrai bilan serait de comparer ce qu’on veut vraiment faire de notre vie avec ce que l’on a fait pendant toute l’année pour se rapprocher de cette vie, et de conclure ce bilan par une réponse simple : plus proche, à même distance ou plus loin. C’est en comprenant cela que je me suis rappelé de cette scène de la série Sillicon Valey, où un riche investisseur dit à un jeune entrepreneur : arrête de faire ce que tu dois faire, fais ce que tu veux. Enchaînant ensuite par : Que veux-tu, Richard ? Que veux-tu ?
Ma claque d’aujourd’hui, je l’ai prise lorsque je me suis posé cette question : qu’est ce que je veux ? Pas dans le sens : je veux être physicien, je veux avoir une maison, je veux avoir une voiture, je veux révolutionner le monde. Mais dans le sens : pourquoi je veux faire tout ça ? Qu’est ce que je veux réellement accomplir avec tout ça ? Est-ce que je veux que les gens se rappellent de mon passage sur terre ? Est ce que je cherche à rentrer dans l’histoire ? Est ce que je cherche la richesse, la gloire ? Pour une fois dans ta vie, sois honnête avec toi-même, personne ne peut entendre la réponse, alors pourquoi te mentir ? Ne dis pas que ce n’est pas par gloire juste car c’est mal vu. Ne dis pas que tu ne cherches pas vraiment à devenir riche, que la richesse c’est d’être entouré des gens qu’on aime bla bla bla. Putain qu’elles sont ennuyantes ces réponses, putain qu’elles sont formatées …
Après m’être pris cette claque, je me suis retrouvé en position fœtal, à pleurer et à fredonner Journeyman, cette chanson dans laquelle je pensais me retrouver : I know what i want, I’ll say what i want, and no one can take it away … Assomé par la prise de conscience, qu’au final : I know nothing …
Il est des questions qu’on n’ose pas se poser, en voici une, affronte la maintenant ou fuis tel un lâche. Dans un dernier élan de conformisme, j’ai choisi de répondre une dernière fois de manière formatée : je ne suis pas un lâche, je ne vais pas fuir.
Voici alors ma seule et unique résolution pour cette nouvelle année : à défaut de la trouver, m’approcher au maximum de la vraie réponse à cette question : Qu’est ce que je veux ?
Narcissisme et innovation, un duo inséparable
Physiquement, un homme ne peut voler. Physiquement, un homme ne peut distinguer deux objets à partir d’un certain angle. Un homme ne peut entendre au-delà d’une certaine distance. Ces limitations sont imposées à l’homme, contre son gré. La plupart des gens s’adaptent à ces limites, certains sont mêmes fiers de réussir. D’autres innovent et créent des solutions, l’avion, les télescopes, le téléphone … Si on prend un peu de recul, ces gens n’innovent pas pour être adulés, ni pour devenir riches, la plupart sont morts sans que l’histoire ne transmette leurs contributions au développement de la science. Mais pourquoi ont-ils fait tout ça ?
En réalité ces savants fous avaient tous un souci d’adaptation. Au lieu de s’adapter eux-mêmes, ils ont tous cherché à adapter le monde qui les entourait à leurs façons d’êtres. Pourquoi l’homme ne volerait pas alors que la plupart des animaux peuvent le faire ? Il lui manque des ailes, qu’à cela ne tienne, on va lui en mettre. Et c’est ainsi, après plusieurs tentatives (et probablement décès), que l’avion fut inventé. On pourrait relater toutes les inventions du monde, on trouverait toujours ce même principe : ça ne marche pas ? bah Moi je vais faire que ça marche. Et c’est bien ici qu’intervient le narcissisme. Pour innover, inventer, sortir une théorie pour expliquer un phénomène physique, cela implique qu’on suppose que tout ce qui a été fait avant n’est pas suffisant pour le faire, et que nous sommes capables de faire ce que personne n’a réussi à faire avant.
J’ai toujours été impressionné par ces moments, où une personne se dit que les autres ont échoué et qu’elle va réussir. Cela implique sans doute pas mal de confiance en soi, mais aussi énormément de folie. Car même si on est extrêmement intelligent, doué ou bien savant, on ne peut l’être plus que tous les autres réunis. Car si des milliers de chercheurs ont échoué pendant des décennies, statistiquement, la probabilité qu’une seule personne réussisse tend vers zéro. Et pourtant …
Comment ces gens font-ils pour trouver les solutions, sont-ils alors tellement exceptionnels qu’ils défient les probabilités ? En réalité, je pense que le point clé est que tous les milliers de chercheurs qui ont échoué pensaient eux aussi qu’ils pouvaient trouver la réponse. Et que plus il y’a de gens qui échouent, plus les chances de réussir pour le dernier qui essaye augmentent. Il faut imaginer ce mécanisme comme le fait de tirer un billet gagnant parmi 10000, sans remettre le billet tiré. La première personne a une chance sur 10000 de gagner, la 1000ème personne une chance sur 9000, etc. Un jour une personne tirera le billet gagnant, tout le monde pensera que c’est cette personne qui a eu de la chance, alors qu’en réalité c’est surtout la malchance de tous ceux qui sont passés avant qui a fait que cette dernière ait gagné.
Le fait qu’une personne réussisse à trouver la solution d’un vieux problème est en grande partie lié à l’échec de tous les autres qui l’ont précédé, car ces échecs ont enlevé la plupart des mauvaises pistes. Cette personne a peut être eu beaucoup de chance, ou pas mal d’imagination, mais ce qui est sur c’est qu’elle n’est pas plus narcissique que ceux qui ont tentés de réussir avant, car eux aussi se sont senti assez exceptionnels pour prétendre réussir.
Je pense que chaque personne qui a l’ambition de trouver des solutions croit à un moment ou un autre qu’elle est meilleure que ceux qui ont tenté avant elle. Mais ceci est loin d’être un défaut, car c’est grâce à toute cette bande de narcissiques, qu’ils aient réussi ou échoué à adapter le monde, que la science avance.
Plaidoirie d’un insociable
La société. Mot inventé par l’être humain afin de caractériser le fait de vivre avec d’autres énergumènes que soi. Je me suis toujours demandé si les autres êtres vivants aussi définissaient des mots pour caractériser un groupe d’individus : les aveugles, les sourds, les champions, les malades mentaux, les imbéciles. Pourtant je suis presque sur qu’il y a pas mal d’animaux imbéciles. Malgré mon extrême bonne foi, j’ai du mal à m’interdire de penser que l’humain essaye toujours de créer des catégories, et si possible des catégories qui le valorisent lui avant les autres. Car quel autre intérêt a le mot société si ce n’est de séparer les insociables du reste du monde, comme s’ils n’étaient pas déjà assez isolés. Soyons honnête un instant, une personne sociable est bien plus intéressante. La relation qu’on adopte avec autrui ne reflète que notre état interne, notre passé et par conséquent influence notre futur. Quelqu’un qui prend la peine de vous parler, de rire avec vous, de partager un bon moment est forcement généreux. Alors que celui qui a fait le choix d’être insociable ne peut avoir qu’un mauvais fond.
Mais est-ce-que être sociable est plus naturel qu’être insociable ? Personne ne peut donner une réponse absolue, mais cela ne nous empêche pas de réfléchir ensemble. Pour comprendre l’être humain, on peut analyser ses comportements depuis son existence, ou du moins depuis que ces derniers sont relatés par l’histoire. Un signe majeur que l’être humain est fondamentalement insociable est le fait qu’il y’ait toujours eu des guerres. Peut-on être sociable et vouloir conquérir le monde ? Etre sociable c’est s’adapter aux contraintes qu’on s’impose les uns les autres afin de rester en groupe. Est-ce que l’histoire de l’humanité n’est pas l’inverse de cela ? Du peu d’histoire que l’on m’a appris, il y’a toujours eu une ou plusieurs personnes qui ont imposé plus de contraintes qu’ils n’ont reçues : rois, dictateurs, présidents, gouvernements, califes, pharaons … l’éternelle pyramide.
Peut être aussi que je me trompe sur l’interprétation des faits. Après tout, les rois adoraient être entourés de gens, au final ils n’étaient pas obligés de faire vivre autant de monde dans leurs palais, c’est peut être un signe de générosité ? Et puis les présidents de nos jours adhèrent à des parties, qu’ils appellent même des familles politiques, ils sont peut être sociables ? Ils aiment bien la société dans laquelle ils vivent, ils défendent ses coutumes et traditions, parfois de manière irrationnelle. L’être humain est peut être sociable de nature alors. C’est vrai, en y réfléchissant un peu plus, on a toujours tendance à aller vers les autres. On essaye toujours de faire plaisir aux gens même sans les connaitre. C’est un comportement naturel pour la plupart des êtres humains que d’aider son prochain. Serai-je alors le seul à ne pas faire ça ? A ne pas avoir cet élan de bonté, vu que je suis insociable? … Devrais-je changer ?
Je ne pense pas.
Pourquoi suis-je insociable ?
Je suis insociable car un jour une personne a décidé que dans ce monde il y’aura deux groupes de gens : les sociables et les insociables. J’ai toujours pensé que j’avais choisi d’être insociable mais en réalité pas du tout. On me l’a imposé de force le jour où l’on m’a fait adhérer à un de ses deux groupes. Je ne suis pas plus insociable qu’un autre, et je ne suis pas plus sociable non plus. J’ai juste une personnalité qui me définit et qui fait que face à telle situation j’adopte tel comportement. J’ai aussi un élan de bonté envers les gens et pourtant je ne supporte pas le fait d’être entouré par des gens que je ne connais pas. J’ai du mal à faire connaissance avec les gens, à leur parler, et ce n’est pas vraiment par manque d’inspiration ou d’envie, mais parce que je n’arrive pas à accepter que l’on m’ajoute des contraintes. Mais ça, c’est personnel, et je suis sur que mes autres camarades qui ont gagné également le label « insociable » ont moult autres raisons.
On est tous un mélange de sociable et d’insociable, la réalité est qu’entre les deux on est généralement proche de l’un où de l’autre, et cela est suffisant pour qu’on soit catégorisé. Rare sont les binômes de catégories où les deux sont valorisantes. Une est forcément péjorative, pleine de préjugés et méprisée. Alors à quoi bon répéter ceci et expliquer la réalité à chaque fois qu’on se fait traiter d’insociable. Comme si dire qu’on est végétarien à tendance végétalien avec une intolérance au lactose allait changer quelque chose : aux yeux des omnivores on sera toujours ce mangeur de fenouils plein de carences. Alors si cela vous aide à vous sentir mieux dans votre peau de sociable, j’accepte de ne pas l’être. Je suis solitaire, isolé, timide, marginal, frustré, hautain, bizarre, rêveur, monsieur-je-sais-tout, narcissique, j’ai un avis sur tout … et pourtant je ne suis pas moins vertueux que vous. Ah oui, un dernier pour la route, je suis aussi anticonformiste, mais ça c’est une autre discussion.
L V D I - F O C U S # 2