Généreusement adonné sur le plat, le chaud poisson offre sa chair plumeuse sans férir. De la mer d’à côté à la belle cuisine du coin, c’est un voyage sans retour qui lui donne raison: notre monde est mortifère et de lui se rit bien. Quel autel pour cette âme perdue? Le seul en notre possession, notre regard magnanime, nos sens lui faisant fête avant que nos corps n’en fassent fioul de vie. Nous sommes des machines qui transformons; il est grand temps que nous nous transformions vraiment, apprenant à connecter aux êtres qui finissent en nos seins. Bonne âme se nourrit en conscience. Miracle quotidien de l’assiette comme cercle du rituel de la suffisance. Au plus simple, au plus près, au plus vrai, je suis, tu es, c’est la danse du don infinie, et sa symphonie de mercis.