Mahabandula Park - Yangon, Myanmar
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Mahabandula Park - Yangon, Myanmar
Mahabandula Park - Yangon, Myanmar
Here, a wild chinthe attempts to eat the Big Ben replica at Mahabandoola Park. #yangon #myanmar #architecture #chinthe #mahabandoola #streetphotography
Bus de papier, fraises et littérature
- Balade et découvertes
7 heures, je n’ai aucune difficulté à me lever tant mon excitation est forte à l’idée de partir à la découverte de ce pays mystérieux. J’engloutis un copieux petit-déjeuner et me rend à pied à la gare afin d’acheter mon billet pour me rendre en train de nuit à Mandalay. Les rues sont encore endormies et les trottoirs déserts. Seules quelques femmes les foulent, jetant des miettes de pain aux oiseaux, attirant ainsi des centaines de pigeons grouillant à terre et sur les câbles électriques. Une vingtaine de minutes de marche sont nécessaires pour arriver à la gare, vestige colonial, et déjà fortement peuplée. Perdue entre les panneaux écris uniquement en birman et les comptoirs bondés, un homme souhaite m’aider. Il m’explique qu’il est chauffeur de taxi et m’invite à boire un thé à la menthe. Nous discutons de sa ville, de son travail et de mon voyage, quand je le vois sortir d’un emballage plastique des feuilles qu’il se met à mastiquer. Intriguée, je lui demande de quoi il s’agit, ce à quoi il me répond que c’est un stimulant aux effets similaires à la cigarette. Perplexe, je lui demande si cela est légal, et c’est un policier assis à quelques mètres de nous qui me répond par l’affirmative en riant. L’homme me propose de me faire visiter la ville en taxi, offre que je décline. L’heure tourne et il me faut trouver mon billet pour quitter la ville dans la soirée. Je trouve enfin le guichet que je recherche, encerclé par de nombreux Birmans. Croyant naïvement attendre dans la file d’attente qui n’en est pas vraiment une tant elle grouille de monde, je m’aperçois rapidement que pour accéder au comptoir, il ne suffit pas d’attendre son tour. Tout le monde me double et me passe devant sans gêne et, déboussolée, je me décide à en faire autant. Victoire ! J’arrive tant bien que mal à avoir mon billet de train qui partira à 17 heures.
J’ai maintenant une demi-journée pour explorer la ville. Je me rends d’abord dans le downtown, enrobé d’un air lourd et moite. La chaleur est telle que la route semble fondre. Les quartiers sont tous plus saisissants les uns que les autres. Les bâtiments, figés dans le temps, sont autant de vestiges du colonialisme, poussiéreux et délabrés. Les bus locaux attirent mon attention. Dépourvus de portes et de vitres, surpeuplés, ils semblent être faits de papier. Leurs carrosseries fines sont faites de publicités diverses, tantôt pour une marque de jus d’oranges, tantôt pour du ciment ou encore quelques services de téléphonie locaux. Les ruelles, bondées, abritent des marchés infinis accolés les uns aux autres par thèmes. Les marchands d’outils et les quincailliers occupent le quartier musulman, orné de magnifiques mosquées. Le quartier indien, au sein duquel les peaux se voient plus tannées, regorge de marchands d’œufs, de fruits et de poissons. Des stands entiers proposent des fraises dont la couleur, pareille aux coquelicots, contraste de son rouge éclatant avec la pierre grise des bâtiments sales. Tout n’est qu’agitation et brouhaha dans ces quartiers cosmopolites réservant une surprise à chaque coin de rue. Mes yeux ne savent plus dans quelle direction regarder tant le spectacle est grandiose. Ma surprise est grande quand je me rends compte que personne ne m’harcèle pour me vendre quelque chose. Au contraire, tout le monde sans exception me salue et me sourit, d’un large sourire rouge. Les dents de la plupart des Birmans sont recouvertes de tâches cramoisies et parfois leurs lèvres luisent aussi de ce rouge sang. Le sol, également maculé d’éclaboussures sombres me permet de faire la corrélation avec les nombreux bruits profonds de crachats que j’entends perpétuellement. Je réalise que les fameuses feuilles que les Birmans mastiquent sont à l’origine de ces marques écarlates. Il s’agit en fait du bétel, préparation que tous les Birmans (ou presque) mâchent à longueur de journée. Plus précisément, le Kun Ja est un mélange de noix d’arec, de chaux, de tabac et d’épices, enroulés dans une feuille de bétel, que les Birmans utilisent pour diverses raisons. Au-delà de ses effets stimulants, le bétel est utilisé pour se débarrasser de la mauvaise haleine et pour tuer les parasites intestinaux. C’est une forme de médecine douce ayant toutefois ses limites (à cause du tabac). Les feuilles peuvent ainsi être mâchées des heures durant et ont pour effet premier une salivation excessive, expliquant ces taches rouges recouvrant le sol.
En continuant mon chemin, je tombe sur un bazar atypique, proposant des livres par centaines sur des pans entiers de rues. Grammaires et dictionnaires anglais, livres de prières, magazines et œuvres à la gloire de Aung San Suu Kyi côtoient un roman prédominant dans ce méli-mélo littéraire, Burmese Days de Georges Orwell. Alors que je chine au milieu de ces ouvrages jaunis par le temps et le soleil, je découvre au hasard d’un stand une version française de l’ouvrage et l’acquiers pour une poignée de kyats.
Après m’être acheté quelques fraises, je pars les savourer au parc Maha Bandoola, près de la pagode Sule, lieu de culte vieux de deux mille ans. Assise dans l’herbe à l’ombre d’un arbre, deux femmes gardant un bébé me saluent d’un sourire. L’enfant s’approche de moi à quatre pattes et nous jouons ensemble un instant. Les femmes me proposent de l’eau et de la nourriture et nous rions bien que nous n’ayons pas le même langage. La faim se faisant sentir, je salue mes voisines et pars à la recherche d’un coin pour manger après avoir acheté quelques sushis dans la rue. Je flâne afin de trouver un endroit pour les déguster lorsque j’aperçois un immense marché couvert établit dans un vieux bâtiment anglais ébréché. Les halles, immenses, proposent produits artisanaux, antiquités, tissus et pierres de jade. Des petits restaurants pullulent au rez-de-chaussée, animés par des serveurs hyperactifs. Une femme m’aperçoit et m’interpelle, et, bien que je lui montre que j’ai déjà de la nourriture, m’installe à une table en m’offrant des couverts. Sirotant un Coca frais, j’observe la vie autour de moi. Des familles sont attablées autour de mets fumants, soupes, nouilles et viandes bouillies, assises sur des petits tabourets en plastique de toutes les couleurs. L’odeur du riz, des épices et des fourneaux délectent mes narines d’une odeur musquée. Des jeunes nonnes à la tunique rose pâle et à la tête rasée passent de tables en tables en sollicitant quelques billets.
- La pagode Schwedagon, joyau fantasmagorique
Requinquée, je pars à pied en direction de la pagode Schwedagon, réputée pour être la plus belle du pays. Une immense avenue presque déserte et dépourvue d’ombre mène à ce lieu emblématique. Je marche de longues minutes sous un soleil de plomb faisant perler des gouttes de sueur sur mon front et brûlant mes yeux déjà meurtris par le soleil. Cette longue ligne droite me semble interminable, le trottoir pavé de pierres claires m’éblouissant davantage. Je parviens enfin aux pieds de l’édifice, imposant, magnifique, gardé par deux dragons immenses dont les yeux, scintillants au soleil, leurs donnent l’impression d’être vivants. Je me déchausse en bas des grands escaliers et me brûle si violemment la plante des pieds sur le marbre presque incandescent que je dois courir pour atteindre l’entrée couverte. Des escaliers sans fin repartent sous une voûte de bois, ornés de deux crocodiles longilignes et blancs, ondulant jusqu’à leur sommet. Toutes les marches sont bigarrées de vendeurs de souvenirs et d’offrandes. Arrivée au sommet, je découvre un lieu d’une telle beauté que je peine à croire qu’il est réel. Le sol de marbre blanc reflète les mille et une couleurs de la pagode scintillante, son dôme en pointe étant comme embrasé tant l’or qui le recouvre brille sous le soleil impérieux.
L’endroit est quasiment désert. Seuls des touristes birmans et des moines arpentent les différents lieux de cultes entourant la coupole, dans une quiétude semblant arrêter le temps. Il fait si chaud que le sol est presque impraticable. Marcher sur ces pavés est une véritable torture et chacun passe d’un temple à l’autre en effectuant des petits bonds jusqu’au prochain point d’ombre. Des dizaines de lieux de culte encerclent le dôme central, chacun voué à Bouddha sous différentes couleurs et parures. Certains sont blancs et dorés, majestueusement ornés, d’autres d’un bleu turquoise si délicat qu’ils rayonnent de finesse et de charme. Le son des grelots agités par une douce brise de vent vient briser le calme olympien de sa douce mélodie cristalline éclatant dans l’air comme des bulles de savon. De jeunes nonnes prient et chantent agenouillées face à une idole bouddhique, leurs voix candides et fragiles se perdent dans les airs et me font frissonner. Soudain, une jeune fille s’approche de moi et me demande si l’on peut faire quelques clichés ensemble. Surprise, je me prends au jeu et pose avec toute la famille, et lorsque je pose à côté des hommes, tout le monde pouffe d’un rire timide mais amusé. Ils me racontent qu’ils vivent à Mandalay et qu’ils sont venus ici en pèlerinage. L’heure tourne et je quitte cet endroit mystique, presque irréel, les pieds meurtris mais l’âme légère.
En chemin, plus ombragé cette fois, je m’aperçois que j’ai perdu mon plan de la ville. Ne connaissant pas l’adresse de mon hôtel, je pars à l’aveuglette à sa recherche. Toutes les ruelles du chinatown paraissent identiques et les minutes semblent s’évaporer à toute vitesse. C’est lorsque je m’aperçois que je tourne en rond que je commence à paniquer, mais fort heureusement, un homme connait mon hôtel et parvient à me guider. Ayant récupéré mon sac à dos, je rejoins la gare et trouve, non sans mal, mon wagon.