Cette notion n’est pas propre aux TSA, mais concerne toutes les personnes qui ont un fonctionnement différent sans altération des capacités intellectuelles, que ce soit d’origine neurologique (autisme, HPI/HPE, TDAH...) ou psychologique (troubles dissociatifs etc).
On va l’appeler “masking” ou encore “faux self”, c’est un peu le principe de la persona, ou masque social, que tout humain, expérimente et met en oeuvre de façon plus ou moins inconsciente dans sa vie. A la différence que le masque social va être lui construit pour donner à la personne plus de valeur (ou du moins l’illusion d’avoir plus de valeur) dans le monde social, par rapport à des normes qu’elle comprend tout à fait, là où le masking n’est pas question de se donner plus de valeur sociale, mais finalement un peu de “survie” dans le monde social, et par rapport à des normes qu’on ne comprend pas.
Là où le masque social neurotypique se construit dans le but d’être davantage aimé et légitime, valide, socialement parlant, le masking n’a pas tout à fait le même but. On y cherche certes une certaine forme d’acceptation, mais il intervient surtout parce que dès la petite enfance on a bien compris une chose: on dérange, créé de la gêne, de l’embarras, du malaise, on blesse, vexe etc. Et comme au fond on est pas des gros violents ni des gros chieurs, on va mettre en place ce masking, non pas pour se donner plus de valeur sociale et être foutus sur un piédestal, mais tout bêtement et simplement pour co-exister sans trop déranger, mettre mal à l’aise, ou faire peur.
Ça va se différencier du masque social dans sa construction par le fait que la personne neurotypique sait intuitivement ce qui va être plus ou moins bien perçu socialement, et donc quels aspects de sa personnalité ou son tempérament “masquer” ou au contraire exagérer. Nous, nous ne le savons pas. Nous allons donc construire ce masking par expérimentations, par essais-erreurs, et par beaucoup d’imitation, ce qui fait que la personne neuroatypique va souvent vous paraître “instable”. On pense souvent qu’une personne TSA avec ses déficiences dans les interactions, la communication etc n’est pas super compatible avec le théâtre, détrompez-vous, pour nous la vie est théâtre, c’est un grand show où on observe beaucoup, analyse, apprend, imite, on va essayer de capter et récupérer chez vous ce qui vous rend “socialement acceptable” et tenter de l’appliquer, avec plus ou moins de justesse.
Du coup, il faut bien comprendre que lorsque vous allez vous dire que l’on paraît quand même assez “normaux”, que vous pensez qu’on se trouve des excuses ou qu’on exagère, qu’on est pas si handicapés socialement que ça etc etc, vous produisez ce jugement parce que c’est le masking que vous voyez, pas nous. Faites-vous petite souris et glissez-vous dans l’intimité et la bulle d’une personne TSA et vous n’allez pas du tout voir la même chose. Ça va vous faire un choc les amis, vous êtes pas prêts!😆
Cependant, ce masking demande des efforts très importants, du coup on le tient pas dans le temps. Ce qui explique aussi les difficultés d’insertion professionnelle qu’on peut rencontrer, c’est pas tellement les tâches professionnelles qui nous foutent à plat, c’est de devoir essayer de se concentrer sur ces tâches tout en essayant de “tenir” ce masque.
Alors oui forcément si vous passez beaucoup de temps avec une personne TSA et qu’elle est crevée, vous allez avoir l’impression qu’elle est instable et a un problème parce qu’au bout d’un moment elle ne pourra plus continuer à masquer. Et c’est en partie pour ça que je refuse catégoriquement la vie de couple et la vie à deux, je suis consciente de mes limites, je peux déjà difficilement gérer une vie pro si je dois en prime essayer de faire du masking 24h/24 ça va pas être possible. J’ai essayé la vie à deux, ça m’a pas rendue plus “normale”, ça m’a juste fait chier et bien épuisée!
Il faut bien entendre que ce masking n’est pas de la malhonnêteté ou du manque de sincérité, on reste fidèles à nos valeurs, nos convictions etc. On a juste pas le choix, d’autant plus que l’éducation et l’ouverture à la neurodiversité en France c’est pas trop ça. Si on se laissait aller à être 100% nous-mêmes dans l’espace social, vous seriez paumés, outrés, fâchés, blessés, surpris...
Après, il y a tout de même des nuances. On ne va pas masquer autant, ni de la même façon, selon les personnes avec lesquelles on interagit. Ma maman par exemple, en plus d’être ma mère, de m’aimer et m’accepter telle que suis, est aussi une grande intuitive avec beaucoup d’intelligence émotionnelle (elle vous dira que non, mais l’écoutez pas, elle dit de la merde!). Même quand j’essaie de lui masquer quelques “bizarreries” pour pas l’inquiéter, elle va très bien les anticiper, les deviner et me faire comprendre qu’elle sait que je fonctionne comme ça, et que c’est pas la peine de faire du masking. Mon frère, lui, ne va pas s’offusquer quand je lui sors un truc bien “brut de pomme” ou grossier et comprendre instinctivement que c’est une preuve d’intérêt et d’affection pour lui, là où les autres sont déjà offusqués ou scandalisés. Lui le prend au contraire avec le sourire et en est ravi, il sait que c’est ma façon de manifester mon affection.
Petite digression (vous commencez à avoir l’habitude), mais j’en profite pour souligner le mérite des personnes au départ extérieures à la famille, qui n’ont pas grandi et évolué avec nous et ne sont donc pas habituées aux manifestations de nos différents troubles, et qui parviennent cependant à nous accepter tels quels, et nous laisser être davantage nous-mêmes. Je pense notamment à ma belle-soeur, qui n’avait peut-être pas envisagé dans ses plans de vie de se récolter une belle-soeur un peu “cheloue” et atypique et a sans doute essuyé son lot de propos et attitudes complètement inappropriés et “bizarroïdes”, je suppose en prenant beaucoup sur elle. C’est le genre de personnes avec qui il y a beaucoup moins de masking, déjà parce qu’on les côtoie régulièrement et qu’on ne peut pas tenir ce masque en permanence, mais aussi parce qu’elles font l’effort de passer outre vos différences et de prendre les choses comme elles sont et pour ce qu’elles sont.






