Prédication à Luneray le 31 août 2014 par Andrew Rossiter
Jérémie 20.1-13, Romains 12.1-12, Matthieu 16.21-27
Ce mois-ci les Championnats d’Europe d’Athlétisme se sont déroulé à Zurich. L’équipe française a connu un retour triomphal à Roissy et était reçu par le président à l’Elysée, car ils avez battu leur record de médailles - un total de 23 et de 9 titres. Mais ce n’est pas seulement les exploits qui ont fait la une de nos informations - l’athlète Maheidine Mekhissi a fait tâche. Finaliste dans le 3000 mètre steeple il était largement en tête du groupe, 100 mètres devant tout le monde. Il jeté un regard en arrière pour s’assurer qu’il allait gagner et il commence déjà à fêter sa victoire. Avant d’arriver à la ligne il enlève son maillot, qui contient le numéro de participant et l’a mis dans la bouche et puis il a gambadé en raillant les autres coureurs.
Il a gagné la course mais il a perdu la médaille - la sanction fut immédiate.
Il a été le plus rapide, mais il a perdu le titre.
Souvent la différence entre l’orgueil et la fierté est aussi mince qu’une ligne d’arrivée dans un championnat d’athlétisme. Regardez la vidéo* dans laquelle Mekhissi explique qu’il a «beaucoup d’orgueil, beaucoup de fierté» et qu’il est «fier de ce qu’il a fait». La confusion entre ces deux mots est la différence entre gagner et tout perdre.
Dans sa lettre à cette jeune communauté de Rome Paul reprend ce même thème. Cette «église en culottes courtes» était inexpérimentée dans la foi. La majorité d’adeptes ne venaient pas de Judaïsme et donc ne profitaient pas de la finesse de la relation entre l’éthique et la spiritualité. Il a fallu toute la diplomatie de Paul, et tout son tact, pour faire passer un message où est tissé moral, prière, vivre ensemble et louange à Dieu. Ici à Rome, comme partout, il y avait ceux et celles qui se pensaient meilleurs que les autres.
Ils se donnaient des médailles en spiritualité, des titres en piété, des records d’endurance dans la prière et montaient sur des podiums de sanctification. Et Paul n’a qu’un seul mot pour décrire ceci - «hautain». Il écrit, «Vous êtes hautains».
Il suffit de descendre de leurs «grands chevaux» pour recevoir le message de Paul.
Il emploi un langage que ces non-juifs en train de devenir chrétien comprendront, il leur parle du corps. L’épître aux Romains est souvent considéré comme un des écrits les plus dense et les plus difficiles à comprendre dans le Nouveau Testament - c’est vrai Paul saute d’une idée à une autre, il semble être pressé de finir des phrases parfois. Mais il écrit avec des mots, des expressions et des images qu’un lecteur greco-romain du premier siècle aurait compris. D’ailleurs il ne pensait jamais que nous, à Luneray allaient lire sa lettre deux mille ans plus tard, et en français!
Paul a déjà utilisé l’idée du corps en écrivant sa lettre à Corinthe, là il mettait l’accent sur l’ensemble - que le corps représentait tous les croyants formant un seul corps, une unité de foi.
La même image ici, mais pour les romains il change d’interprétation. Il rappelle à ses lecteurs qu’ils sont inter-connectés les uns aux autres. C’est l’articulation entre eux qui est à la base de leur unité. Le corps est un ensemble organique formé d’une multitude de différentes parts. Mais le corps n’a pas de sens sans l’inter-connectivité de toutes les parts. C’est un vocabulaire qui est extrêmement moderne à nos oreilles. Dans les domaines de l’ordinateur, des réseaux sociaux, des organigrammes d’entreprises - les coaches parlent de l’interconnectivité. Le téléphone n’est plus un objet pour rester en contact ou pour contacter mais une extension de son propre monde où tout est connecté, le web, les messages, la métro jusqu’au prix des carburants…
On parle sans hésitation de l’organisation organique d’une entreprise - visualisant un lieu de travail non pas comme un produit humain mais une reproduction presque naturelle avec sa propre vie.
Dans cet ensemble, au coeur de ce corps, il y a des dons individuels. Ces dons pour Paul n’ont pas de sens s’ils ne sont pas en symbiose avec les autres pour former un seul corps complexe et multidimensionnel.
Donc si vous pensez que lire le Nouveau Testament était une activité démodé et réduit à un temps dans le passé - c’est plein d’images d’actualité qui nous engagent aujourd’hui. L’image de l’Eglise comme un corps est aussi valable aujourd’hui qu’hier.
Paul est clair, ses propos ne visent pas à harmoniser les différents dons - il est certain qu’une tel course mène à l’uniformité et éventuellement à l’autoritarisme. Il insiste sur les vraies différences entre les composants du corps. C’est uniquement parce que les uns et les autres sont différents et à cause de leurs différences qu’il est possible de parler d’unité.
Il prend le temps dans cette lettre d’expliquer à ces nouveaux convertis comment ils peuvent s’intégrer dans une Eglise active et activiste dans le monde. L’Eglise pour Paul n’est pas un corps inanimé mais un acteur qui fait une vraie différences dans le monde. Il les supplie de «comprendre» que désormais ils entrent dans une nouvelle façon d’être et d’agir - ce qu’il appel la vie de l’Evangile. Comprendre est un mot clé pour Paul.
Comprendre n’est pas seulement avec l’intellect. Dans comprendre j’entend «prendre»: saisir, mettre le grappin dessous. Tenir avec tout ma force. Le message ne fait pas seulement une différence au niveau de ma pensée, mais engage tout mon être, il me saisit par les revers de ma veste pour me sauver.
Ne pas conformer au monde, mais être transformer - voilà comment Paul le dit avec son langage à lui. Cette transformation devient alors un agent de transformation dans le monde et pour le monde. Et ceci n’est pas un sujet d’orgueil mais la fierté de service.
Dimanche dernier, dans ce temple, nous avons baptisé Simon. Pendant la liturgie de baptême nous avons dit à deux reprises: «Ce sera notre joie et celle de l’Eglise qu’un jour Simon confesse que Jésus Christ est son Sauveur».
Cette même phrase est prononcée à chaque baptême. A ton baptême, au baptême des tes enfants et à celui de tes petits-enfants. Chaque fois nous répétons cette phrase nous lions le baptême à l’histoire du salut.
Quand nous confessons Jésus-Christ comme Sauveur nous nous engageons dans un acte de transformation. Cette phrase fait une différence dans le monde, dans le mien et dans le monde des autres.
Que ça soit au moment de la confirmation des jeunes - quand ils sont là devant nous pour partager avec nous la phrase q’ils avaient préparé, nous sommes transformés dans notre foi. Nous en parlerons plus tard à la sortie du culte ou autour de la table de midi et le «ripple effect» (l’effet papillon) emporte au-delà de notre imagination. Que ça soit dans un partage biblique, lors d’un camp de jeunes, dans un entretient avec le pasteur, dans le silence de ma prière… confesser Jésus-Christ est une acte de transformation.
Confesser Jésus-Christ comme Sauveur, c’est faire appel à quelque chose en-dehors de moi-même, quelque chose de plus que moi-même. Tu dis que tu existes, non pas seulement par qui tu es mais surtout en référence à un autre.
Dire «Jésus-Christ est mon Sauveur» c’est appartenir à un autre. Appartenir - c’est fou! nous avons encore l’idée de tenir, saisir, d’être saisi, mettre le grappin dessous… Comprendre n’est autre qu’appartenir. Cet autre est la force transformatrice de Dieu dans ta vie - une force qui fait une différence. Pour les chrétiens de Rome tout cela était nouveau, inédite, inexpérimenté - bien sûr pour nous - nous le savons depuis longtemps! Mais attention que nous ne grimpons pas sur nos grands chevaux et deviennent «hautains» comme certains de ces romains.
Confesser sa foi est revendiquer non pas un droit, mais se saisir d’un don, un charisme - qui t’a été donné pour t’intégrer dans le corps de Christ.
Paul dit que les dons sont individuels, et que chacun reçoit un don (au moins un)… mais, il y a toujours un «mais"quelque part. Mais dans l’Eglise nous ne savons pas très bien reconnaître les dons des autres. Nous voyons bien plus facilement le problème des autres que leurs dons.
Et dans l’Eglise nous sommes très bien à ne pas se vanter de nos dons, tout en le faisant tout de même.
Le moment de l’acceptation de notre don est le moment de notre exception, le moment où nous nous intégrons le corps par ce que nous avec reçu et de ce que nous offrons. Nous sommes choisis, désignés, destinés dans un seul et même instant. La grâce, le pardon, le salut sont les dons qui nous habilitent à devenir enfants de Dieu et membres de son corps.
Je sais que cela semble prétentieux, présomptueux même - présomptueux parce que nous sommes tellement habitués à penser en termes de fierté, d’arrogance et non pas en temps de service.
Pour paraphraser une prière de St François d’Assise:
Nous sommes pardonnés afin de pardonner
Nous sommes graciés afin de vivre de la grâce
Nous sommes sauvés afin d’être transformés et être agents de transformation
La clé de ce «vivre ensemble» dans un même corps constitué de toutes nos différences, nous dit Paul, est de considérer que les dons ne sont nullement rangés dans une hiérarchie. La liste qui se trouve dans le texte de ce matin n’est pas organisée de plus au moins important:
Accomplir des actions extraordinaires
Traduire ce qu’il est dit
Chaque don a «le don» de transformer celui qui le reçoit, la communauté et de transformer le monde.
Quel est ton don? Quel est ce don que tu as reçu?
Comment ce don peux te transformer?
Comment articuler ce don spécial avec les autres dons?
Prendre le temps de réfléchir et de répondre à ces quelques questions peut nous conduire loin, malheureusement loin des autres - voilà le danger qui nous guette. Revenons à Paul et connectons-nous les uns aux autres pour qu’ensemble nous avançons encore plus loin dans la transformation de notre monde - c’est ça être Eglise au premier siècle et aujourd’hui.
* http://www.lequipe.fr/Athletisme/Actualites/Une-equipe-de-france-record/491206