Capables de Dieu
Prédication par Andrew Rossiter pour la Pentecôte 2026, à Bergerac le 24 mai 2026. Actes 2.1-11, Jean 20.19-22 Célébration du baptême de Bebeto et Anaïs.
Parfois c’est comme si nous entendons une nouvelle langue. Nous savons qu’elle est nouvelle parce que nous l’entendons comme pour la première fois et pourtant, elle résonne d'une familiarité troublante. Nous l’entendons résonner au plus profond de nous-mêmes. Elle parle à nos aspirations et à nos désirs les plus intimes. Nous sommes remplis d’un sentiment de vie, de paix et d’espérance. C’est notre langue «maternelle». C’est la langue qui rend tangible la présence de Dieu dans nos vies. C'est le miracle et le don de la Pentecôte.
Nous avons tous entendu cette langue. Elle parle quand nous tombons amoureux. Nous la découvrons dans le timbre de la voix de l’autre qui ne cherche pas à seulement transmettre des informations, mais qui exprime sa présence. Elle nous parle de notre union avec tout. Quand nous l’entendons, les oiseaux cessent de faire du bruit, ils chantent une chanson que nous connaissons. Le vent ne se contente plus de souffler dans les arbres, mais il murmure des histoires de notre avenir.
Nous l’entendons quand nous découvrons notre vocation, le pourquoi de notre vie. Une voix de Dieu qui nous dit: «C’est ici ta place». Elle nous parle quand nous sommes surpris que la parole de pardon et de réconciliation est sortie de ma bouche. J’étais convaincu d’être incapable de penser et dire cela. Elle parle dans le oui de mon baptême.
Nous l’entendons aussi dans les moments les plus difficiles de notre vie. Souvent, c’est une voix douce et secrète, presque inaudible, au milieu de nos chagrins et nos pertes qui dit: «Je suis là. Ce ne sera pas plus facile, mais tout ira bien. Tu n’es pas abandonné». Dans ce murmure, nous trouvons la force de nous relever et d’affronter ce qui nous attend. C’est une voix qui nous encourage de faire preuve de compassion et de prendre soin de l’autre. Une parole de vérité qui nous indique une direction nouvelle, une parole qui incarne la paix d’une relation apaisée.
Ces moments, et mille autres bien plus personnels, sont les instants de Pentecôte. La réalisation que Dieu n’est pas seulement là, avec nous, mais en nous pour nous transformer. C’est comme ça que je comprends «Baptisé dans l’Esprit», comme disait Jésus (Actes 1.5).
Bebeto, Anaïs, ton baptême ne va pas nécessairement produire un effet immédiat, où tout sera plus facile. Tu ne trouveras pas automatiquement que la prière, la foi et être un chrétien est sans obstacle. Mais tu trouveras que les opportunités vont s’ouvrir devant toi. Tu auras de temps en temps les occasions de parler simplement et directement de ce que tu as au plus profond de toi. Et c’est tout à fait possible que la langue nouvelle que tu entends te donnera le courage et le désir de témoigner.
Ce matin je ne cherche pas à expliquer l’inexplicable, de comment ces manifestations se sont produits ce jour-là. Souvent nous voulons savoir qu’est-ce qui se passait vraiment. Est-ce qu’il y avait réellement des langues de feu sur leurs têtes? Est-ce qu’ils avaient entendu le bruit, ressenti le vent? Comme si, nous aussi, nous devons parler en langues ou être réchauffés par l’Esprit. Comme si pour être un vrai disciple de Jésus nous devons pouvoir cocher les cases de la Pentecôte: Feu - fait, vent - fait, langues - fait.
Il y a un danger dans cette façon de comprendre les choses. Le danger est de nous comparer avec ces hommes et femmes et de nous trouver bien moins engagés, moins croyants, ou moins ardents dans notre amour pour Dieu. Le danger c'est de laisser les mots nous définir et nous identifier au lieu qu'ils nous guident et nous ouvrent. Dans cette perspective, la Pentecôte devient tout simplement un événement ponctuel de l’histoire. Une fois pour toutes, il y a si longtemps. Un événement qui n’est plus accessible pour nous. Le même danger nous guette dans notre baptême. Martin Luther nous met en garde de ne jamais dire «J’ai été baptisé», mais de toujours dire «Je suis baptisé».
La Pentecôte se réalise en tout temps, en tout lieu et pour toute personne. L’émerveillement de ce jour n’est pas réservé à ce jour. Ce ne sont pas les manifestations extérieures de la présence de l’Esprit: le bruit, le vent et le feu qui les ont émerveillées. Leur émerveillement leur a poussé à poser la question: «Comment se fait-il que nous entendons dans notre propre langue maternelle?»
Je crois que ces images fantastiques, irréelles même, sont peut-être plus réelles que nous ne le pensons. Ce n’est pas les quelques gouttes d’eau que Bebeto et Anaïs ont reçu sur leur tête qui vont faire d’eux les enfants de Dieu, mais cette eau nous indique une autre réalité. Les manifestations de la Pentecôte, tout comme l’eau de baptême, sont autant de portes qui nous ouvre à un monde invisible. Un monde qui ne connaît pas de limites ou de frontières, où nous sommes invités à vivre une vie nouvelle.
Le feu, le vent, le bruit, et l’eau de notre baptême, nous rendent «capables de Dieu», comme disait Augustin au quatrième siècle. La Pentecôte nous rend «capables de Dieu». Cela ne dépend pas de nous, mais du Saint-Esprit. Le Saint-Esprit nous rend chacun et chacune «capable de Dieu». Cette expérience est unique et personnelle, intime et puissante pour toute personne.
Pour savoir comment l’Esprit nous rend «capables de Dieu», il suffit d’entendre la voix de notre propre langue maternelle. C’est là, où tu entends les récits de la présence de Dieu. Ces histoires d’amour, d’espoir et de joie. C’est là, où tu entends la voix te dire des histoires de patience, de douceur, de courage et de paix. Des histoires de pardon et de réconciliation. Des histoires de créativité et d’émerveillement, de guérison, de vie et de résurrection.
Ces histoires ne peuvent être entendues que dans notre langue maternelle, car c’est la langue de Dieu. Chacune d’elles décrit les actes de la puissance de Dieu dans nos vies. Ce sont les récits vécus de notre Pentecôte, de cette transformation qui nous rendent «capables de Dieu».
L’expression, «Capable de Dieu» (Capax Dei) est attribué à Augustin (354-430).











