Voici une table des matières du challenge hebdomadaire "Objectif Weekend" qui vous permettra d'accéder à l'ensemble des textes publiés à ce jour, parce qu’autant le tag permet d’apporter un système de rangement, autant l’affichage de cinq post par page ne rend pas forcément la navigation pratique quand on cherche quelque chose de précis.
N'oubliez pas que chaque texte a également un tag spécial pour les personnages présents, ce qui vous permettra à la fois de retrouver tous les textes avec un personnage précis mais également d'avoir accès à une petite présentation du personnage en question.
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Il ne s’agit ici que d’un simple sommaire avec la liste des textes publiés avec leur lien, rangé par défi. Si jamais vous souhaitez en savoir plus sur les univers abordés dans les différents textes, je vous invite à consulter le [MASTERPOST] qui est bien plus complet (et plus long).
Malgré la pause dans la publication des défis, je me suis dis qu’il serait peut-être utile de partager ce post qui liste l’ensemble des textes publiés dans le cadre du challenge “Objectif Weekend”.
Parce qu’autant le tag permet d’apporter un système de rangement, autant l’affichage de cinq post par page ne rend pas forcément la navigation pratique lorsqu'on cherche quelque chose.
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Il ne s’agit ici que d’un simple sommaire chronologique avec la liste des textes publiés avec leur lien, rangés par défi. Si jamais vous souhaitez en savoir plus sur les univers abordés dans les différents textes, je vous invite à consulter le [MASTERPOST] qui est bien plus complet (et plus long).
Cette semaine, le défi est court et se résume à un seul texte. Une annonce sera à venir demain, restez donc à l’écoute!
Le texte est un petit retour dans un univers déjà visiter dans le tout premier défi avec Lost. Nous retrouvons donc à nouveau Von avec de nouveaux amis.
Assis sur un muret, Von frissonna sous un courant d’air plus frais avant de se saisir en sentant quelque chose glissé sur sa main. Le cœur battant rapidement derrière ses mains collées contre sa poitrine, il tourna le regard pour constater qu’à coté de lui, une feuille rousse s’était posée, sans doute portée par le vent. Finalement rassuré, le jeune garçon enfouie son nez dans son écharpe, tapotant du bout de l’index la feuille qui semblait s’être installé pour de bon entre deux pierres du muret. Alors qu’il se demandait s’il n’était pas un peu tôt pour que l’automne débute, le vent lui apporta quelque chose d’autre qu’une simple feuille. Une mélodie calme et reposante. Au travers des notes, on pouvait presque voir les feuilles danser dans l’air, les arbres roussir et la nature bailler avant l’hiver.
Soudain, une voix s’éleva derrière Von qui sursauta avant d’afficher un large sourire.
— Tiens, il a déjà commencé de jouer.
— Sorg !, s’exclama joyeusement le petit garçon en se levant sur le muret.
Le sorcier ne perdit pas de temps à rendre son sourire à ce petit lapin emmitouflé dans une écharpe. Il le souleva doucement du muret en le tenant par la taille pour lui faire rejoindre la terre ferme avant de lui caresser le sommet de la tête affectueusement. Von ne se fit pas prier et s’empressa de répondre à ce geste en l’étreignant de toutes ses petites forces, ses bras autour de sa taille. Après ces quelques instants de tendresses, le garçon leva le nez vers Sorg, son menton posé contre son ventre.
— Qui a commencé à jouer ? Et pourquoi ?
Depuis que ces pas l’avaient conduit dans cet étrange village où il avait finit par rester, ces deux questions avaient sans doute été les plus fréquentes dans la bouche de Von. Qui et pourquoi. Et, patient comme toujours, Sorg avait à chaque interrogation pris le temps de répondre, guidant cet enfant perdu dans ce monde qui lui était inconnu.
— Le joueur de saisons. Mais pourquoi n’irait-on pas lui demander directement ?
— C’est une personne gentille ?
La main de Von s’était un peu accroché à la longue cape de Sorg. Même s’il se sentait en sécurité avec le sorcier, l’inconnu continuait de l’effrayer. Tout comme cette feuille qui l’avait frôlé, tout comme cette nuit où il s’était perdu. Von voulait en savoir plus sur le village, sur les rêves qui l’habitaient, sur toutes ces personnes différentes et intrigantes… mais il avait si peur d’eux. Compréhensif, Sorg ébouriffa un peu plus les cheveux du garçon avant de se baisser à sa hauteur.
— Ne t’inquiète donc pas autant, Von, le rassura Sorg d’une voix douce. Ràidh est une personne très gentille. Suis-moi.
Comme s’il avait prononcé une incantation magique, la crainte du jeune lapin s’était envolée aussi facilement que les feuilles d’automne sous la brise. La confiance absolue qu’il avait dans le jugement de Sorg était l’unique source de courage et de réconfort de garçon peureux. Sans perdre d’avantage de temps, il commença de le suivre vers la provenance de cette mélodie intrigante.
A le suivre vers une nouvelle histoire, un nouveau voyage onirique.
Et voici le second texte du 15ème défi, lui aussi inspiré par l’éclipse de ce weekend.
On retrouve à nouveau Kei et la bande de yokai qui gravite autour de lui. Vous l’aurez compris, tout comme Willow, ce texte se déroule pendant l’enfance de Kei.
Bonne lecture à vous!
— Et cet idiot de marchand m’a suivit !
Suzuno éclata de rire pour ponctué son histoire, suivit rapidement par le jeune Kei qui était allongé sur le parquet donnant sur le jardin du temple. Ayant tiré son futon jusqu’à l’extérieur de sa chambre, les panneau de papier de riz ouvert en grand pour laisser la brise tiède de l’été envahir la pièce, il était installé sous le clair de lune en compagnie du Yokai depuis plusieurs heures maintenant. Au dessus d’eux, la lune s’étalait bien plus que d’ordinaire dans le ciel, donnant presque l’impression qu’on pourrait la toucher. Les oreilles animales au milieu de ses mèches immaculées se couchèrent alors que Kei levait les yeux vers l’astre qui semblait prendre toute la place dans le ciel avec une fascination non dissimulée.
— Dis donc, demi-portion, j’espère au moins que tu m’as écouté, grogna Suzuno en avalant une gorgée d’alcool de riz, adossé à l’un des panneaux.
— Dis, Suzume*… Aïe !
— Ne prend pas les habitudes de ce sale feuillu tu veux, corrigea l’esprit d’un ton courroucé. C’est Su-zu-no.
Le regard du jeune garçon n’avait pourtant pas quitté la lune malgré le coup de semonce de la part de Suzuno. Le silence retomba quelques secondes, comme si Kei réfléchissait à comment terminer la phrase qui avait été interrompue plus tôt. Et puis finalement, sa voix fluette se glissa à nouveau sous l’air tiède de cette nuit d’été.
— Qu’est-ce que je suis d’après toi ?
La coupelle d’alcool au bord des lèvres, le yokai fixa en silence le dos frêle de cet enfant perdu dans la clarté de l’astre lunaire. Ce petit d’homme qui n’en était pas complètement un. Perdu entre deux mondes, voyant les jours passés derrière les barreaux sacrés d’un culte qui lui serait voué. L’oracle. L’incarnation divine. Inari. Les prêtes de ce temple lui attribuait tellement de nom qu’il y avait de quoi se perdre pour quelqu’un d’aussi jeune. Sans doute espérait-il une réponse rassurante de la part de quelqu’un de l’autre coté de cette rivière, ce court d’eau qui séparait le monde des humains et celui des esprits, là où il se tenait, incertain de ce qu’il était.
Il cherchait des réponses. Mais est-ce qu’elles existaient ? Suzuno n’en avait pas la moindre idée. Avalant le contenu de la coupelle en se tournant vers l’intérieur de la pièce, il finit par prendre la parole.
— Surement pas un asticot, trancha-t-il avec sérieux. Ni un crapaud d’ailleurs. Je pense qu’on peut éliminer les batraciens de la liste des choses que tu n’es pas. Il y a aussi…
A mesure qu’il parlait, sa voix se faisait plus ténue aux oreilles de Kei dont l’attention avait été captée par un détail étrange depuis plusieurs minutes déjà. Petit à petit, la lune à l’origine ronde commençait à se faire avaler par une ombre. Ce n’était qu’un petit arc au début mais plus le temps passait et plus la lumière s’amenuisait. L’estomac tordu, Kei la regardait se faire dévorer, impuissant et complètement paralysé. Alors qu’il ne restait plus qu’un quart de sa surface encore visible, le garçon se tourna rapidement vers Suzuno dont il ne distinguait presque plus la voix. Mais alors qu’il pensait que cette atténuation n’était due qu’à son manque d’attention, il remarqua que l’esprit n’était plus dans la pièce derrière lui.
— S-suzuno… ?, appela-t-il, ses mains serrées sur la ceinture de son yukata avant de balbutier. R-reviens Suzuno. La lune… La lune...
Brusquement, la jarre de sake tomba sur le parquet, inondant le bois en le saisissant à tel point qu’il laissa échapper un hoquet de peur. Il avait l’impression d’entendre des murmures mais restait incapable de comprendre le moindre mot. Les doigts serrés sur le tissu, son regard balayait nerveusement la pièce qui était de plus en plus plongée dans la pénombre alors que la lune éclairait encore la nuit de ses dernières lueurs. Puis finalement, l’obscurité s’installa.
Et soudain, une lueur rougeâtre teinta l’air. Hésitant pendant plusieurs secondes, Kei finit par se tourner vers l’extérieur à nouveau, reculant si rapidement ensuite que son pied se prit dans les draps de son futon pour le faire finalement tombé sur le parquet. Au milieu du ciel noir d’encre, la lune était à nouveau là. Rouge. Rouge comme le sang. Alors qu’il s’apprêtait à appeler à nouveau Suzuno, il remarqua un détail qui ne fit que nourrir d’avantage l’état de panique avancé dans lequel il était. D’une main tremblante, il attrapa quelques mèches de cheveux qui lui tombaient devant le visage. Noir. Noir de jais. Plus la moindre trace de la paire d’oreille de renard au milieu de ses mèches, juste les lobes ordinaires. Il avait repris cette apparence normale qu’il revêtait de jour, ce masque d’humanité que le monde des hommes voyait.
Sans savoir pourquoi, une peur indescriptible s’empara de lui et il se remit à appeler Suzuno, dans l’espoir qu’il ne s’agisse qu’une mauvaise farce de sa part. Mais la seule réponse qu’il eu fut un silence écrasant jusqu’à ce que la lueur de quelques bougies se dessine un peu plus loin, l’écho de plusieurs personnes résonnant sur le parquet du temple. Sans doute ses cris avaient-ils alerté les prêtes ou encore Kikuyo, la prêtresse qui s’occupait de lui depuis aussi loin que remonte ses souvenirs.
Il ne prit pas un seul instant pour réfléchir, uniquement guidé par l’instinct et la peur, et sauta dans le jardin pour s’éloigner aussi vite que possible du temple. Ses pieds nus glissèrent plusieurs fois sur l’herbe, le faisant s’étaler de tout son long alors qu’il avait l’impression que cette lune rouge au dessus de lui l’écrasait, riant de son impuissance. Il lui fallut un moment pour réalisé où ses pas étaient entrain de le guider mais dès qu’il reconnu les clapotis de l’étang qui s’étalait aux racines de l’arbre de Yanagi, il redoubla d’effort pour atteindre sa destination.
A bout de souffle, couvert de boue et d’écorchure, Kei arriva au pied de l’arbre, se cachant derrière le rideau des branches qui pendaient presque jusqu’au sol. Les poings serrés contre le tronc, il commença à appeler Yanagi. Mais comme pour Suzuno, il ne reçu aucune réponse. Alors il continua, encore et encore, jusqu’à se briser la voix, suppliant l’esprit de se montrer alors que ses mots s’étranglaient à moitié dans un pleur.
— Je m’en fiche de n’être ni humain, ni comme vous. Je serais ce qu’on voudra que je sois mais, ne partez pas.
Glissant jusqu’au sol, le front contre l’écorce rugueuse, Kei continua d’appeler, désespérant d’avoir une réponse.
Mais tout à coup, le vent se leva d’un coup et au milieu du bruit des branches qui craquent et des feuilles qui sifflent, un tintement. A peine un murmure mais il l’avait entendu. Il retint son souffle, ses yeux rougis et la vue troublée par les larmes, fixant un point invisible même pour lui dans les branches. Le vent souffla à nouveau et ce son si familier retentis à nouveau, tintinnabulant dans l’air comme une réponse à son appel. Doucement, l’angoisse qui l’empêchait presque de respirer se dissipa comme chasser par la mélodie carillonnant au gré du vent. Au bout de quelques minutes, Kei était allongé dans l’herbe, assommé par ce trop plein d’émotion, et dormait à point fermé contre le tronc du saule.
Installé confortablement quelques branches plus haut, Yanagi l’observait, son bâton de pèlerin dans une main. Allongé en face de l’endormis, Bany avait lui aussi finit par s’écroulé de fatigue après avoir fait tout ce qu’il pouvait en réponse aux appels désespérés Kei qui n’avait pas été capable de le voir, ni même de l’entendre pleurer avec lui. L’esprit du saule lâcha un soupir en levant les yeux vers la lune rouge qui commençait doucement à perdre sa couleur singulière, l’ombre qui l’avait avalé s’éloignant déjà doucement.
— C’est toujours vous qui partez les premiers, idiots d’humains, murmura Yanagi.
Ramenant son bâton contre lui, Yanagi ferma doucement les yeux pour tenter de se reposer lui aussi. Peut-être que ce petit d’homme serait-il différent. Après tout, il avait déjà un pied dans leur monde. Il ne lui faudrait qu’un petit peu d’aide pour lui faire traverser cette rivière entre leurs deux mondes.
Et plus jamais il n’aurait à craindre l’arrivée de la lune rouge et de la solitude qu’elle amène avec elle.
* : Suzume est le surnom que Yanagi donne à Suzuno et qui signifie dans le cas présent “moineau” en référence à l’apparence d’un oiseau que le yokai prend parfois.
Le voici, le voilà, le premier texte du 15ème défi! Ca fait bizarre de se dire qu’il y en a déjà autant, même avec un mois entier de hiatus.
Pour cette semaine, c’est le rouge qui est à l’honneur, on dit merci à Cutie Bloody Moony pour l’inspiration (parce que j’ai noté les idées en regardant l’éclipse de la SuperMoon). Mais rendons également à César ce qui appartient à César, ce texte ci a été fait aussi grâce à une chanson précise: The Red Painted Girl par le groupe GOS. Malheureusement, la chanson est introuvable sur la toile actuellement, faisant partis d’un vieil EP du groupe.
Quoiqu’il en soit, bonne lecture!
Elle était debout, le visage tourné vers le ciel même si ses yeux étaient clos. Autour d’elle, plus un bruit sauf peut-être celui de gouttes tombant dans un rythme lent dans une flaque à ses pieds. Le monde semblait s’être arrêté, retenant son souffle pour ne laisser vivre que le sien. Il n’y avait qu’elle qui vive à présent. Elle et lui. Lui qui n’arrivait pas à la lâcher du regard, la respiration coupée. Subjugué.
Elle se tenait debout, les paupières closes et la peau couverte de rouge.
Lorsqu’ils avaient été envoyés ici, il n’y avait qu’un seul mot d’ordre : nettoyage. Il avait grommelé en constatant qu’on lui avait fichu une femme entre les pattes. Il était stratège, pas magicien. Même s’il se doutait qu’elle n’avait pas finit dans le corps d’attaque par un malentendu ou par piston –ceux là ne faisait pas de vieux os-, il doutait de l’efficacité de la demoiselle sur le terrain. Et puis, c’était quoi ce nom de code. Storm. Sans doute parce qu’elle brassait beaucoup d’air pour pas grand-chose, s’était-il dit avec amertume.
— Ton unique mission sera de t’assurer qu’il ne lui arrive rien, lui avait commandé son supérieur sans lever le nez de ses rapports. S’il doit y en avoir qu’un seul de vous deux qui rentre, le conseil préfère que ce soit elle.
Une mission de merde. Il était pourtant persuadé de ne pas avoir fait le moindre faux pas. Il avait mener à bien tous ces expéditions et ses plans s’étaient toujours trouvé être parfait en tout point. Pertes minimales, efficacité maximale et temps d’exécution battant des records. Et le voilà qui devait jouer les boucliers humains pour un soldat qui était entrain de dormir à point fermé malgré la route chaotique qui les secouait dans tout les sens à l’arrière du véhicule.
Après un rapide coup d’œil à l’extérieur, il se leva dans un équilibre incertain et tendit une main vers l’endormie. Dans un geste vif et précis, celle-ci lui attrapa fermement le poignet avant même qu’il ne la touche, n’ouvrant les yeux que quelques secondes plus tard en le fixant sans un mot. Pas besoin qu’elle parle pour que le message soit clair.
— On arrive. Il va falloir faire les cinq kilomètres restant à pied, expliqua-t-il, frottant son poignet douloureux dès qu’il pu enfin le récupérer.
Le reste du trajet ne fut pas plus enthousiasmant que le début. Elle se contentait d’avancer, suivant ses indications et les directives. A vrai dire, depuis le début de la mission, elle n’avait prononcé qu’une seule phrase.
— Laisse-moi travailler une fois arrivé.
Il ruminait cette remarque depuis plusieurs heures. La laisser travailler ? Grand bien lui fasse. Il n’avait pas la moindre intention de risquer sa vie pour quelqu’un qui n’avait de toute évidence jamais entendu parler de cette chose archaïque qu’était le travail d’équipe.
Finalement, ils arrivèrent sur les lieux de la mission. Des gradins qui semblaient monté si haut que la perspective donnait l’impression qu’ils formaient une bulle qui se refermait au dessus d’un large espace vide, semblable à ces arènes antiques. Quelque chose n’allait pas. Où était leur cible ? Comment pouvaient-ils nettoyer un endroit déjà vide ? Alors qu’il commençait déjà à réfléchir à la possibilité que l’information de leur attaque est filtrer, formant des hypothèses sur les responsables, Storm s’était redressée et avait avancé le plus simplement du monde vers le centre de l’arène.
A cet instant précis, il lui aurait volontiers attrapé les épaules pour la secouer comme un prunier ou n’importe quel autre arbre fruitier, en lui demandant si elle avait déjà appris la signification du mot « stratégie ». Mais il n’avait pas eu le temps ne serais-ce que de faire un pas derrière elle, qu’un grondement sourd commençait déjà à s’élever tout autour d’eux. En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, les premières marches des gradins s’étaient noircis de silhouettes armés aux visages masqués ou marqués, parfois les deux. Vingt, cinquante, quatre-vingt, cent… Le grondement sourd était à présent une cohue de plus d’une centaine de voix, de claquement de métal et de pieds qui frappaient le sol. Et au milieu de l’arène, Storm n’avait pas bougé d’un cil.
D’un geste lent qui apporta un silence presque religieux sur l’assemblée, elle détacha l’étrange petite lance qu’elle avait à sa ceinture depuis le début de la mission. Chacun de ses mouvements étaient calculé et semblait presque être les éléments d’un rituel, à la façon que peuvent avoir certains maîtres de se mettre en place avant une représentation. Sa main placée au centre du manche, ses doigts se serrèrent d’un coup, actionnant un mécanisme qui déploya une lance presque plus grande qu’elle alors qu’elle se mettait en place, les yeux fermés.
Il était là, le dos contre le mur de l’enceinte de ce qui était vraisemblablement sa futur tombe, aussi silencieux que le reste à la regarder tenir cette lance dont le ruban volait légèrement sous une brise qui passait par là. L’œil du cyclone. Ce moment de calme où chacun sait qu’il est temps de faire une prière avant d’attendre que la mort vienne vous cueillir. Et pourtant, sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, il avait l’impression que la tempête qui arrivait n’était pas celle qu’il croyait. Et la mort était une jeune femme silencieuse armée d’une lance.
Tout se déclencha si rapidement que même en étant témoin de ce massacre, il aurait été incapable de le décrire. Le silence avait était rompu par un bruit de métal, sans doute une arme en touchant une autre, déclenchant cet assaut que tout le monde attendait, ensevelissant dans un brouhaha assourdissant la voix du stratège qui voyait l’échec de sa mission comme la fin d’un plan prévisible. Et pourtant.
Fendant l’air d’un mouvement circulaire qui donna l’impression de balayer l’espace d’une onde de choc, la première ligne s’était écroulée. Peut-être cinq ou six silhouettes avaient perdu leur tête en l’espace d’une fraction de seconde. Premier mouvement. Le pied du soldat frappa le sol avant qu’un second arc sanglant ne fasse s’écrouler une nouvelle poignée d’adversaire. Second mouvement.
Incapable de détacher ses yeux, le stratège arrêta de compter les corps s’écroulant après quelques temps. La seule chose qu’il arrivait à voir, c’était elle, couverte de sang, exécutant cette danse macabre, ces mouvements aussi brutaux que fluide au milieu de cette masse grouillante et désorganisée. Parmi les cris et les gargouillements, on pouvait parfois l’entendre. Le tintement de la lance, le bruit percutant de son pied s’ancrant dans le sol. Comme un requiem au rythme étrange et angoissant qui résonnait dans ce colisée aux allures de tombeau.
Finalement, la dernière silhouette heurta le sol, ne laissant que l’écho de la respiration rapide de Storm et le bruit régulier du sang qui gouttait dans une marre à ses pieds. D’une simple pression, la lance se rétracta. Un nouveau silence régnait à présent, bien différent de celui à leur arrivée.
La tempête s’était enfin calmée.
Et couverte de rouge, elle se tenait debout au milieu des corps, le visage tourné vers le ciel.
Et voici le second texte de la semaine qui cloture le 14ème défi.
On passe à un monde qui tends d’avantage vers l’heroic-fantasy, une fois n’est pas coutume. Je dois avouer que ce n’est pas un genre que je visite énormément, parce que j’estime ne pas avoir vraiment la qualité d’écriture pour lui faire honneur.
Mais j’espère que vous prendrez malgré tout plaisir à lire ce petit texte!
Sur la terrasse à l’étage de l’auberge, une serveuse essuyait les tables d’un geste machinal en soupirant plus qu’elle ne respirait. Soudain, un peu plus loin au dessus d’une clairière de la forêt qui s’étendait à coté du village, un amoncellement de nuage noir chargé en pluie et en électricité s’était soudain formé sans la moindre raison. Sa main en visière, l’employée regarda le rideau d’eau s’abattre lourdement dans un grondement lointain avant de reprendre sa tache sans sourciller d’avantage.
— Ces mages…, marmonna-t-elle en attrapant quelques écuelles vides et sales qui étaient restées sur une table avant de rentrer.
Un peu plus tard, dégoulinant de la tête aux pieds, Jaylen poussa la porte de la taverne avant de s’ébrouer, son sac tombant dans un bruit lourd sur le sol alors qu’il faisait volte-face. Derrière lui se tenait une autre personne qui ressemblait à un rat mouillé, les lunettes recouvertes de buée depuis qu’il avait un pas à l’intérieur de l’établissement. Le dernier arrivant se raidit légèrement quand son compagnon se tourna brusquement vers lui avant de pointer un doigt accusateur dans sa direction, l’index frôlant le bout de son nez.
— Pour l’amour du ciel, Meric ! C’est la QUATRIEME fois cette semaine !, rugit Jaylen avant de ramener ses cheveux trempés en arrière pour ne plus les avoir collé au visage. COMMENT est-ce que tu peux ENCORE te tromper de parchemin de sort ?!
En guise de réponse, le jeune mage se contenta d’un rire timide, gouttant de toute sa personne sur le parquet usé de la taverne qui avait sans le moindre doute vu bien pire. Après avoir un émit un râle bestiale d’exaspération, le voleur à la chevelure aussi rougeoyante que dégoulinante repris son avancé dans l’auberge en levant les bras au ciel avant de les laisser retomber mollement, maugréant dans la barbe qu’il n’avait pas. Serrant son grimoire contre lui, Meric s’empressa de lui emboité le pas, faisant son possible pour ne pas laisser traîner sa cape alourdie par l’eau n’importe où.
Quelques minutes plus tard, ils étaient dans un coin de la salle, installés à une table aussi proche de l’âtre qu’il était possible de l’être. Mordant avec un certain agacement dans son morceau de viande, Jaylen fixait le mage qui observait ses légumes d’un air penaud, son regard croisant parfois celui de son voisin d’en face avant de replonger rapidement sur ses navets.
Qu’est-ce qu’il avait bien pu faire dans sa vie précédente pour mériter un sort pareil ? Quelle idée l’avait prit d’essayer de vider les poches de ce nigaud alors qu’il n’était que des enfants trainant dans cette ville pompeuse remplis d’érudits aux poches rebondies. De tout les mages qu’il aurait pu voler du haut de ces sept ans à l’époque, il avait fallut qu’il tombe sur le plus pauvre et le plus maladroit d’entre eux. Parce que c’était bien ainsi que leur route s’étaient croisés, les mains de Jaylen ayant trainées dans une poche qui ne lui appartenait pas. Quand il y repensait –et les dieux savaient à quel point ça arrivait souvent-, il se disait qu’il aurait du voir venir ce retournement de situation. Après tout, quel idiot s’excuse de n’avoir rien à se faire voler ? Et bien, de toute évidence, Meric.
Mais qui aurait cru qu’en plus d’être un benêt, il pouvait être aussi maladroit. Soyons honnête. Meric était sans doute le meilleur mage que Jaylen connaisse pour son âge. Il avait terminé ses classes bien avant ses pairs et avait maitrisé une quantité de sort qui dépassait la moyenne. Mais voilà, son sens de l’organisation et sa propension à la panique en situation réelle aboutissait à des situations désastreuses, souvent bien plus qu’une trompe d’eau les trempant jusqu’à l’os. Jaylen faisait son possible pour oublier l’accident du volcan et, par les dieux, c’était un combat quotidien.
Tout d’un coup, le voleur fut tiré de ses pensées en entendant l’autre renifler. Les sourcils jusqu’ici froncés de Jaylen se détendirent avant qu’il ne pose son couvert. Parfois, il se demandait qui était le plus bête d’entre eux.
— … C’est que de l’eau ceci dit. Ca reste moins pire que la dernière fois, alors pas la peine de pleurer non plus. J’ai l’impression d’être un monstre quand tu commences à pleurer Meric.
— Hein ? Mais je ne pleure pas, répondit simplement le petit mage en ajustant ses lunettes. Je crois juste que... en fait, je pense que j’ai pris froid.
Jaylen du résister de toute ses forces à l’envie de l’étrangler et se mit à lui crier que ça n’avait rien d’étonnant étant donné qu’il s’obstinait à garder sa cape gorgée d’eau sur les épaules. Non, définitivement, ce n’était pas lui l’idiot mais l’autre, avec son sourire béat alors qu’il se réchauffait devant le feu crépitant, sa cape accrochée formant déjà une large flaque sur le sol. Il ne pouvait pas le laisser tout seul sans risque qu’il ne s’attire les pires ennuis.
— J’ai pas le choix j’imagine, murmura Jaylen pour lui-même en calant sa joue au creux de sa main, accoudé à la table.
— Tu as dis quelque chose, Jay ?
— … Ton lacet a pris feu.
Mâchant tranquillement sa viande en regardant Meric tapoter le lacet autour de son cou qui avait commencé de roussir, Jaylen esquissa un bref sourire avant de froncer les sourcils à nouveau en attrapant le petit mage par l’oreille pour le faire revenir sur le banc. Il était définitivement coincé avec lui à présent. Avec ce garçon dont le génie n’avait d’égale que sa maladresse.
Ah, quelle plaie d’avoir un meilleur ami pareil franchement…
Ce n’est pas la première fois que vous croisez les personnages de cet univers qui aurait désormais son propre tag même si je ne vais pas mettre beaucoup de chose dessus en ligne. Vous avez donc approcher au moins l’un des acteurs du texte à suivre dans le texte Shaman.
Je finirais peut-être pas en parler d’avantage un jour si des personnes sont intéressés. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture!
Assis derrière la table de fast-food, Masa et Ty semblait tout les deux bien moins à l’aise que Skyler.
De la part de Ty, cela n’avait rien de réellement étonnant. Dès qu’on avait le malheur de le sortir de son hangar, l’arrachant à son clavier et au monde virtuel, le roux passait plus de temps à essayer de se fondre littéralement dans le décor pour se faire oublier qu’autre chose. Masa lui, c’était plus de l’ennui. Les yeux rivés vers le plafond, il se disait qu’il avait bien mieux à faire que d’être ici, à manger des frites froides et farineuses. Il n’y avait clairement que le troisième larron, Skyler, qui était ravi d’être là, s’extasiant devant le vernis parfait de l’une des trois demoiselles qui leur tenait compagnie quand il ne complimentait pas la coiffure de son amie.
Au final, tout le problème résidait dans le fait que la sortie de cette banquette était non seulement définitivement trop étroite mais également bloquée par le grand bavard qui était l’instigateur de ce guet-apens.
— Tu nous présentes tes deux amis Sky, gloussa finalement l’une des adolescentes de son coté de table avant de prendre une gorgée de soda à la paille de son gobelet.
Alors que Ty semblait sur le point de fusionner avec le cuir de la banquette et que Masa envisageait l’idée de marcher sur la table pour partir, Sky ramena ses cheveux blonds avec une pince à cheveux clinquante avant de s’accrocher au bras de son voisin qui voyait ses chances de fuites réduites à néant.
— Le grand timide au bout, c’est mon grand frère, Ty !, commença-t-il joyeusement. Il ne faut pas se fier à son coté nerveux, c’est un petit génie de l’informatique ! C’est lui qui s’occupe de tout le coté technique des chansons que je mets en ligne. Et il est aussi célèbre dans le milieu l’air de rien!
Son téléphone entre les mains, Ty se crispa un peu en sentant les regards se poser sur lui. Il n’avait même pas besoin de lever les yeux pour savoir qu’elles le fixaient. Comme une radio détraquée, un son grésillant commença à résonner dans ses oreilles. D’un geste rapide, il tira le casque autour de son cou sur sa tête en lançant sa musique si fort que même une fois sur ses oreilles, les écouteurs laissaient filtrer le son.
— Et le meilleur pour la fin, reprit rapidement Skyler pour reporter l’attention sur quelqu’un d’autre que son frère. Je vous présente Masa! Livreur de pizza le jour et shaman la nuit !
— C’est plutôt l’inverse en fait, bailla Masa en se grattant l’intérieur de l’oreille avec le petit doigt avant de s’accouder à la table, faisant rempart entre le reste de la table et Ty sans en donner l’impression.
Masa voyait déjà les yeux des trois greluches s’illuminer à cette annonce et il lança un regard noir à Skyler qui se contenta de lui tirer la langue.
Cette adorable frimousse angélique dissimulait un horrible manipulateur à qui il était littéralement impossible de refuser quoique se soit. La plus grande preuve était sans doute la présence de Ty dans ce fast-food. Même lui ne pouvait rien refuser à son cadet. Dans son coin de banquette, Ty s’était installé avec la musique hurlante et semblait bien plus calme, les yeux rivés sur l’écran de son téléphone sur lequel ses doigts pianotaient rapidement.
— Masaaaaa, commença Skyler de ce ton si reconnaissable, le ton qui va demander un service bien plus gros que son égo –ce qui était quelque chose d’exceptionnel-. Tu nous fais une petite séance de lecture des lignes de la main. S’il te plaiiiit.
Le voilà qui papillonnait des yeux en frottant presque sa joue contre son bras. Les yeux du shaman roulèrent dans leur orbite, et il soupira. Voilà pourquoi il l’avait traîné ici en lui promettant de lui offrir le repas. Ce gosse avait sans doute une idée derrière la tête dont il connaîtrait les détails plus tard… trop tard surtout. Au moins, pour une fois, il était là suffisamment tôt pour limiter au maximum la casse.
— Pourquoi pas, ouais, soupira-t-il alors que deux des trois filles piaillaient d’impatience.
La troisième restait sur son coin de banquette, plus calme depuis le début de ce rassemblement un peu étrange. Alors que Masa sortait des banalités à mourir d’ennuis qui semblaient combler les demoiselles de bonheur, Sky concentra son attention sur la demoiselle silencieuse.
Toute cette sortie n’avait été en réalité organisée uniquement pour que Masa porte son attention sur elle. Trois de ses doigts de la main gauche était recouverts de bandage jusqu’à l’ongle tout comme une partie de sa main jusqu’à la naissance du poignet. Le blondinet avait remarqué un premier pansement une semaine plus tôt, puis rapidement un deuxième était venu le rejoindre, puis les choses avaient continué à progresser lentement jusqu’à la situation actuelle. C’était bien assez mystérieux pour que Sky est envie de savoir le fin mots de cette histoire et, s’il y avait quelque chose de surnaturel dans cette histoire, il ne faisait pas le moindre doute que ce genre Masa serait capable de s’en rendre compte.
Finalement, le tour de la jeune fille arriva. Masa prit la main qu’elle tendait timidement pour commencer à observer sa paume. Il resta sans dire le moindre mot pendant plusieurs secondes, laissant le bourdonnement de l’activité de la salle planer autour d’eux souligné par la musique étouffée du casque de Ty.
— Je ne vois rien, désolé, finit-il par dire en lui lâchant la main avant de se lever en tapotant l’épaule de Ty pour attirer son attention. Bouge, je te ramène dans ta grotte.
— Hein ? Mais noooon, restez, se plaignit Sky en vain. Et je rentre comment moi ?
— Attends-moi ici, je peux prendre qu’une personne sur ma moto.
Sky afficha une moue boudeuse en laissant passer les deux autres, Ty lui adressant un regard interrogateur en quête de réponse mais ne reçu qu’un haussement d’épaule du plus jeune qui ne comprenait pas plus que lui la réaction de Masa. Les bras croisés et maintenant assis seul sur sa banquette, Sky regarda les deux autres quitter le restaurant avec une mine renfrognée avant de tourner à nouveau son attention sur les demoiselles, leur adressant un sourire radieux presque commercial.
Une dizaine de minute plus tard, Skyler attendait à l’extérieur, assis sur un muret pendant qu’il buvant son milkshake fraise à la paille, répondant chaleureusement à toutes les personnes qui semblaient éprouver le besoin irrémédiable de lui adresser la parole dès qu’il passait près de lui. Skyler était habitué à ce genre de chose, tout comme il l’était d’être interpellé par des « mademoiselle ». La rançon de la beauté et du succès comme il disait souvent. Finalement, dans un vrombissement, Masa gara sa vieille vespa à sa hauteur, coupant le moteur avant de retirer son casque.
— Et moi qui te pensait infaillible Masa, je suis très déçu je dois t’avouer, se plaignit-il en descendant du mur avec son gobelet en plastique. Tu as de la chance que cette fille soit adorable et ne t’ait pas…
— Skyler, tu la connais bien cette fille ?
— Hein ? Plus ou moins, oui. On va en cours ensemble.
— C’est mauvais…
— Oh, ne t’inquiète pas. Les pannes, ca arrive tu sais, plaisanta Skyler. Tu ne peux pas tout voir après tout, c’est rassurant quelque part.
— Non, tu ne comprends pas Skyler…
Le blond arrêta immédiatement de sourire en voyant la mine sombre du shaman. Presque inconsciemment, ses doigts se serrèrent sur le plastique recouvert d’une fine pellicule humide et froide. Une partie de lui avait refusé d’envisager cette possibilité quand le brun avait annoncé ne rien voir. Cette idée si parfaite de la panne de vision était si belle qu’il avait voulu y croire plus que tout.
Skyler remua un bref instant les lèvres, sa voix se refusant à les passer alors qu’il levait à nouveau les yeux vers Masa qui n’avait pas bougé d’un pouce. Il n’arrivait pas à lui demander, il n’arrivait à formuler ces simples moi. Il ne voulait pas que Masa lui explique ce qu’il avait voulu dire. Et pourtant…
— Si je n’ai rien vu, c’est parce qu’il n’y avait rien à voir. Cette fille n’a pas d’avenir proche alors tu…
— Alors on a qu’à la sauver !, s’exclama Skyler en fendant l’air de son bras comme pour couper la phrase de Masa tant par les mots que par les gestes. On va la sauver…
Masa lui tendit le casque, soutenant ce regard suppliant sans plier même si le cœur n’y était pas.
— Sky… C’est déjà trop tard. Elle n’était déjà presque plus là tout à l’heure.
Le blond finit par baisser la tête, attrapant le casque un peu sèchement avant de le mettre sur sa tête, cachant son visage derrière la visière pour finir par grimper derrière l’autre. Accrochant ses mains à ses vêtements alors que ses bras passaient autour de la taille de Masa, Skyler finit par poser le casque contre le dos de celui-ci. Sans un mot, le conducteur remit le moteur en route, le pot d’échappement toussa deux trois paquets de fumée grise avant de ronronner plus sereinement. Le vent les englobait dans une bulle étriquée, sifflant au point de couvrir le moteur des voitures aux oreilles de Skyler.
Après une dizaine de minute, la voix du shaman se glisse dans un courant d’air jusque dans le casque.
— Je ne peux pas la sauver maintenant mais je te promets de m’occuper d’elle après.
Les doigts se serrèrent, tordant le tissu et pinçant la peau de Masa qui ne fit pas le moindre commentaire. C’était une maigre consolation mais c’était tout ce qu’il avait à offrir. Parfois, le cours des choses n’a pas à être changer, aussi injuste soit-il. Sans doute que le benjamin du groupe finirait par comprendre que tout le monde n’a pas nécessairement besoin d’être sauver.
Mais le savoir a toujours été une arme à double tranchant.
Le second texte du 13ème défi qui a vu le jour grâce à l’aide de luckprayer à qui j’avais demandé un prompt, un mot, quelque chose pour me lancer. C’est donc avec le prompt “tasse de thé” que tout à commencer!
J’ai donc pu enfin faire intervenir un nouveau personnage (deux en fait mais soit). A l’origine, c’était sensé être un garçon mais visiblement, ça ne lui plaisait pas comme ça. Je me retrouve donc avec une demoiselle de plus bien malgré moi. Je n’ai pas l’habitude d’avoir autant de fille sous ma plume, aha.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire ce texte que j’en ai eu à l’écrire.
La clochette du petit salon de thé tinta doucement dans la pièce, attirant l’attention de quelques curieux qui levèrent les yeux de leur livre ou de leur tasse. Derrière le comptoir, Dove soupira en commençant déjà de préparer la commande qui n’avait pas encore été passé alors que sa collègue, fit rapidement le tour du comptoir pour rejoindre la nouvelle arrivante. Un large sourire sur le visage, Hope commença de signer à l’adresse de la jeune femme qui n’avait pas encore retiré son casque de ses oreilles. Après avoir fait claquer la bulle de son chewing-gum, elle fit le glisser autour de son cou en laissant une musique bien trop forte avant de signer en retour à l’adresse de la jeune fille tout en parlant à voix haute.
— Ouais, ouais, moi aussi je suis contente de te voir Hope, se contenta-t-elle de dire tout en le signant avant de tapoter la tête de la jeune femme qui laissa filer un léger rire. Ma place est libre ?
— Evidement, intervint Dove en posant deux mugs d’eau tiède qui se tentait d’ambre sur un plateau. Tu sais très bien que personne ne peut s’y asseoir à par toi, Maav.
— Ton sourire illumine mes journées Dove, railla la jeune femme en coupant le bruit de sa musique.
Subissant en réponse un regard plus que lassé de ce genre de remarque, Maav fit mine d’être terrifiée et avança tranquillement vers une paire de fauteuil à l’écart. Elle se laissa alors tomber en travers de l’un des deux fauteuils vides, les jambes croisées sur l’un des accoudoirs, regardant Hope grimper l’escalier en colimaçon fait de fer forgé qui menait à la mezzanine où se trouvait les étagères remplies de livre. Calée dans le coin du dossier en cuir, Maav gratifia Dove d’un chaleureux remerciement qui sonnait faux, rajoutant la remarque qu’elle ne l’oublierait pas pour le pourboire, ce qui n’eu pour effet que de faire lever les yeux au ciel à la serveuse qui retourna derrière son comptoir après avoir déposé deux tasses de thés fumantes sur la petite table. Le coude sur l’accoudoir, la joue posée contre sa main, Maav tourna son regard vers le fauteuil à coté d’elle.
— Je sais qu’elle m’adore au fond d’elle. Elle se rappelle de notre commande à chaque fois après tout.
Sur le fauteuil à coté d’elle se tenait une silhouette que personne d’autre que Maav ne semblait voir, assise de façon bien plus conventionnelle. Son regard se posa sur la seconde tasse qui diffusait un parfum de thé noir et de cardamome avant de revenir sur la jeune fille.
— Il est vrai, finit-il par répondre. Peut-être devrais-tu songer à ne pas sans cesse la contrarier.
— Impossible, Stevy. Emmerder le monde, c’est presque ma raison d’être.
— Il me semble t’avoir déjà signifié que je n’apprécie pas vraiment ce surnom… Mon nom est Stevenson, pas Stevy, grommela-t-il en s’enfonçant un peu plus dans le dossier en cuir.
Maav émit un petit ricanement moqueur qui fit bien comprendre que ca n’était qu’une bonne raison de plus pour elle de continuer à l’appeler comme ça.
D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Maav avait toujours été capable de voir et d’interagir avec des choses et des gens dont le commun des mortels ne soupçonnait même pas l’existence. Des esprits, des fantômes, des âmes. Peu importait le nom que l’on pouvait leur donner, ils étaient partis intégrante de son paysage et elle avait finit par faire avec. Bien évidement, ils n’étaient pas tous aussi amicaux que Stevenson, ce jeune homme avide de littérature qui avait élu domicile dans ce salon de thé pour les amateurs de livres, qu’elle soupçonnait d’avoir péri ensevelis sous une pile de livre. Certains étaient tristes, d’autres mauvais. Mais la majorité de ces déphasés, comme elle les appelait, se contentait de vivre leur petit « vie » sans s’occuper des humains qui vivaient la leur de la même façon. Et pour les autres, et bien, Maav avait finit par apprendre à se prévenir contre eux.
Hope finit par revenir avec un livre dans les bras pour le lui tendre ce qui chassa l’air boudeur du visage du déphasé qui semblait avoir totalement oublié le sobriquet dont la jeune femme l’affublait. Maav attrapa l’épais ouvrage dont la seule couverture devait faire le tiers du poids de celui-ci. D’une écriture fine et calligraphiée, le titre avait était tracé en lettre d’or sur le cuir qui avait traversé les ans sans perdre une once de sa sublime.
Signant un rapide merci en même temps qu’elle le marmonnait son regard fixé sur la couverture, Maav finit par adressé un regard en coin à son compagnon de lecture qui s’était déplacé pour se tenir juste au dessus d’elle, trépignant presque d’impatience.
— La divine comédie ? Sérieusement, Stevy ? Tu crois pas que tu en bouffes assez du Purgatoire ?
Chaque vendredi, Maav profita d’avoir son après-midi de libre pour venir au salon de thé et lui permettre de lire un livre qu’il aurait choisit. Stevenson se contentait de sortir un livre des étagères pour le mettre de coté le matin, laissant le soin à l’une des employées de la boutique de l’apporter à Maav lorsqu’elle arrivait. Même s’il pouvait lire seul, il appréciait la compagnie de la jeune fille et partageait à sa façon ses gouts littéraires avec elle. Et chaque lundi, ils faisaient l’inverse. C’était un petit rituel qu’ils avaient depuis plusieurs mois maintenant et qui semblait convenir à tout le monde, ou presque.
— « L’esquif de mon génie à présent tend la voile et s’apprête à courir sur des ondes plus belles, laissant derrière lui cette mer trop cruelle. », lu Stevenson, sa voix se glissant presque dans un courant d’air.
— Et bin, ca promet ton truc, commenta Maav en s’installant plus confortablement dans le fauteuil, le livre coincé contre ses jambes à présent en tailleur.
Appuyé sur le dossier au dessus d’elle, Stevenson esquissa un sourire à sa remarque. Il avait appris à la connaitre au-delà de ses jeans volontairement déchirés et de sa musique forte. Il avait appris à déchiffrer son langage corporel bien plus rapidement que ces mots. Il reprit donc la lecture, profitant d’un instant de tranquillité avec une amie autour d’une tasse de thé parfumé.