Odette de Champdivers (c.1390 – c.1425)
Ou la femme que l’on envoie auprès d’un roi violent pour protéger la reine!
Odette est un personnage assez obscur de l’Histoire de France malgré une destinée tragique digne des plus grands romans.
Née vers 1390, elle est la fille d’Odin, Seigneur de Champdivers (commune actuelle du Jura) et maître des écuries du roi. La demoiselle est donc noble. Sa famille est bourguignonne et sert des ducs comme Philippe le Hardi (1342-1404) ou encore Jean sans Peur (1371-1419), l’arrière grand-père de l’icône qu’est Marie de Bourgogne (la fondatrice de la lignée des Habsbourg d’Espagne et d’Autriche).
Peu après la mort de Louis I, duc d’Orléans, en 1407, Odette est présenté à Charles VI, roi de France. (1368-1422), sans doute dans l’espoir nourri par ses frères d’avoir un avancement.
Le souci, car il y en a un, c’est que Charles est en train de tomber dans la folie.
Ce n’est pas pour rien que l’un des surnoms du souverain est « le Fol ». Le 05 août 1392, victime de sa première crise de démence, il attaque et tue quatre membres de sa suite. Ce n’est hélas que le début d’une longue série. Il finira même par croire qu’il est fait de verre. Bernard Guenée (1927-2010), historien, a recensé par moins d’une cinquantaine de crises depuis 1392 jusqu’à la mort de Charles.
Le Bal des Ardents, en 1393, dans lequel il manque de mourir brûlé, le traumatise et aggrave son état.
Aujourd’hui, on pense qu’il a pu être schizophrène, atteint de bipolarité ou de bouffée de délire paranoïaque, d’autant plus exacerbé par l’inceste dont il est issu et le fait que des maladies mentales ont affligé des membres de sa famille.
Toujours est-il que le roi devient fou et surtout violent envers son épouse, la reine Isabeau de Bavière. (c.1370-1435). Afin de la protéger, on décide de donner au roi une concubine qui prendra la place d’Isabeau…
C’est donc Odette que l’on envoie à un Charles instable.
Glauque ? Oui.
Et pourtant… Odette prendra sa mission à coeur et sera un ange pour le roi malade.
Selon certains auteurs, elle aurait porté les mêmes habits que la reine et le souverain n’aurait jamais remarqué la différence.
On pense aussi qu’elle aurait inventé les cartes à jouer pour le distraire.
Odette se montre douce, patiente, compatissante, un modèle de vertu et de bienveillance envers Charles et cette pauvre jeune femme, envoyée dans la fosse aux lions, révèle une nature gentille et aimable.
La Cour finit par la surnommer « La Petite Reine » et loue sa beauté ainsi que son grand coeur.
Honoré de Balzac fait référence à Odette et à sa dévotion dans La Dernière Fée :
«Alors Abel était comme le roi Charles VI, que la petite reine Odette de Champdivers le consola en lui et la reine Isabeau a dansé avec le duc d’Orléans dans le palais où son mari était atteint»
A la fin de l’année 1407, Odette met au monde leur enfant, le seul qu’elle aura : Marguerite. (1407-1458).
Odette prend donc soin du roi… mais le roi prend soin d’elle en retour ! En effet, dans ses moments de lucidité, Charles veilles à ce qu’Odette ait des revenus, des rentes, des cadeaux en remerciements de tous les bons soins qu’elle a pour lui.
Ainsi, la jeune femme se voit offrir des manoirs à Créteil et à Bagnolet, Belleville dans le Poitou, ainsi qu’une rente en 1418, pour sa subsistance ainsi que pour celle de leur Marguerite.
D’avril à octobre 1422, le gouvernement français accorde à Marguerite a somme de cinq cents livres par an, sa vie durant, sur le péage de Saint-Jean-de-Losne.
Hélas, le 21 octobre 1422, Charles meurt à l’âge de 53 ans. Ses derniers mots auraient été à l’attention de sa maîtresse, présente à ses côtés : « Odette, Odette... ».
Si Odette assiste aux funérailles de son royal amant, la reine Isabeau en sera absente.
Malgré les quinze années passées aux côtés du roi, à prendre soin de lui, à l’accompagner dans sa descente aux Enfers, on ne montre que peu de gratitude envers Odette. Dès Charles décédé, on leur coupe leurs vivres et la mère et la fille sont forcées de partir pour la Bourgogne afin de solliciter l’aide du duc, Philippe le Bon, lequel ne sera guère charitable.
De plus, nous sommes toujours en pleine Guerre de Cent Ans.
En 1415, Charles avait signé le traité de Troyes qui déshérite son fils, le futur Charles VII, au profit du roi anglais Henry V.
Dès lors, le trésor passe aux mains des anglais.
Odette et Marguerite sont réduites à la pauvreté et à vivre sous la protection du duc de Bourgogne.
Malgré ce revers de situation, Odette reste fidèle à la couronne de France : par l’intermédiaire d’Etienne Chariot, un cordelier, elle prévient Charles VII d’un futur massacre de ses partisans, planifié par la Bourgogne et l’Angleterre. Afin de protéger l’amante de son père et sa demi-sœur, Charles VII demande à ce qu’elles soient conduites à Châlons durant la Semaine Sainte. Hélas, Etienne est arrêté, il dénonce l’ancienne maîtresse et mère et fille sont jugées pour espionnage et trahison. Elles quittent la Bourgogne pour le Dauphiné après leur procès.
On perd toute trace d’Odette après le 06 septembre 1424 et il est fort probable qu’elle meurt fin 1424 ou dans l’année 1425, dans le plus grand dénuement, après avoir été l’ange d’un roi fou, celle choisie pour subir à la place de la reine et qui a pourtant adouci les dernières années d’un pauvre malade.
En 1428, Charles VII légitime la fille d’Odette et Marguerite devient donc une Fille Légitimée de France. Elle l’appelle Mademoiselle de Belleville.
Elle épouse la même année Jean III Harpedanne, seigneur de Belleville-en-Poitou et Montaigu, sénéchal de Saintonge, chambellan de son royal adelphe et son contrat de mariage stipule qu’elle doit être dotée de vingt mille moutons d’or (c’est une monnaie). Elle aura un fils : Louis de Belleville, Seigneur de Montaigu, décédé en 1474.
Parmi les descendants d’Odette, on retrouve le poète Charles de Sainte-Maure (1610-1695).
D’autres se marient dans d’illustres familles, comme les Grimaldi ou les Pardaillan de Gondrin (des descendants de Madame de Montespan).
Selon mes recherches, Odette a des descendants jusqu’aux XIXème siècle et en aurait très probablement aujourd’hui.
Une vie romanesque, courte, tragique et pourtant si oubliée qu’aujourd’hui, quand on prononce son nom, certains passionnées de fleurs vous diraient peut-être qu’il est associé à une rose.
La pauvre Odette mérite qu’on se souvienne d’elle.
- Marina Ka-Fai
Si toi aussi tu veux en lire plus sur Odette, tu peux aller regarder ces sources :
-Auguste Vallet De Viriville, « Odette ou Odinette de Champdivers était-elle fille d'un marchand de chevaux ? Notes historiques sur ce personnage. », Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 20, 1859, p. 171-181 (lire en ligne [archive])
-Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours : avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, vol. 37-38, Firmin Didot Frères, Fils et Cie, 1863 (lire en ligne [archive]), p. 474
-Françoise Autrand, Charles VI : la folie du roi, Paris, éditions Fayard, février 1986, 647 p. (ISBN 978-2213017037, présentation en ligne [archive]), [présentation en ligne [archive]].
-Général J.-T. de Mesmay, Dictionnaire historique, biographique et généalogique des anciennes familles de Franche-Comté, S.l., 1958-1863, 3 vol. in-4 mult., tome : 1, B.n.F. : 4° Lm2. 641
-Jacques Tétu, Odette de Champdivers folle d'un roi fou , Mon Petit Éditeur (Groupe Publibook - Petit Futé), Paris, 2011, (ISBN 97827483












