seen from United Kingdom
seen from United Kingdom

seen from Canada

seen from United States
seen from Austria

seen from United Kingdom
seen from Syria

seen from United Kingdom

seen from Syria

seen from United Kingdom
seen from United States
seen from United States
seen from Spain

seen from United Kingdom

seen from United Kingdom
seen from United States
seen from Türkiye
seen from Russia

seen from Türkiye
seen from United States
Hatfield and the North
Photographed and Designed by Laurie Lewis
POST-SCRIPTUM 808
DASHIELL HEDAYAT, Obsolete (1971)
Sous la pochette rose gaufrée illustrée se cache une sorte de croisement musical entre La Machine molle de Burroughs et À rebours d’Huysmans, mâtinée de Manifeste électrique aux paupières de jupe. Inspiré par un auteur de polar américain et un poète perse suicidaire, le nom du signataire s’impose d’emblée une invitation au voyage, alors qu’il s’appelle en fait Daniel Théron.
Peu de temps avant la réalisation d’Obsolète, enregistré au printemps 1971 bien que déjà composé dès 1969, sous le patronyme de Melmoth cette fois (du nom d’un roman gothique irlandais fait d’analepses mises en abyme), Dashiell Hedayat enregistre La Devanture des ivresses, disque dépravé au succès d’estime dans les milieux branchés, curieusement auréolé du grand prix de l’Académie Charles Cros.
Moins sombre, Obsolète fonctionne par associations libres inspirées du cut-up tel que mis au point par William S. Burroughs et Brion Gysin, ce qui en fait également une sorte d’équivalent musical du culte Rose Poussière de l’écrivain Jean-Jacques Schuhl, source d’inspiration des dandys Yves Adrien, Alain Pacadis et Patrick Eudeline. On y retrouve la même obsession pour les paradis artificiels que chez le poète électrique Michel Bulteau (du groupe Mahogany Brain pendant un temps) et le « dernier des immobiles » Matthieu Messagier, des ambiances sonores proches de Soft Machine habillant un flow (presque toujours) parlé, dont le timbre envoute et agit tel un narcoleptique.
Dans cet univers fantasmatique subtilement désuet, Dashiell Hedayat parait littéralement jouir de sa décadence en se perdant volontairement dans les méandres oniriques d’un rêve paranoïaque et drogué, comme en témoignent des images d’entretien captées pour la télévision française et l’émission Discorama de Denise Glaser. « C’est tout de suite un piège, « Qui êtes-vous ? » On n’est pas vraiment quelqu’un. Personne n’a vraiment une identité. Je suis plutôt sur le voyage de la schizophrénie… Alors, tout de suite, « Qui êtes-vous ? » coupe toute conversation possible. On n’est pas seulement ce qu’on fait, Dieu merci ! »
Dans Obsolète, Dashiell Hedayat évoque le speed (« horse power »), le sexe à n’en plus finir (« entre ses seins et ses cuisses, je sombre »), et un drôle de trip (« les chats dans l’escalier »). Soutenu comme tous les autres morceaux par une des meilleures formations alignées par Gong (Daevid Allen, Gilli Smyth, Didier Malherbe, Christian Tritsch, Pip Pyle), Chrysler Rose devient un hit underground (mérité) régulièrement repris dans les anthologies dignes de ce nom consacrées aux années 1970 françaises.
Malheureusement, Dashiell Hedayat n’enregistre plus après ce disque sorti par le label du mécène Chantal Darcy, elle-même financée par le marchand d’art Aimé Maeght et conseillée par le critique visionnaire Daniel Caux, enseigne également éditrice (entre autres) de La Monte Young et Charlemagne Palestine. Après avoir traduit Tarantula de Bob Dylan, il se consacre entièrement à la littérature, d’abord expérimentale, sur les excellents Selva Oscura, Le Bleu, le bleu, Jeux d’intérieur au bord de l’océan et Le Livre des morts-vivants, variations convaincantes des univers de William S. Burroughs et Claude Pélieu ; puis commerciale, sous le pseudonyme (un de plus) de Jack-Alain Léger ; et enfin controversée, sous l’identité de Paul Smaïl, auteur d’Ali le magnifique et Tartuffe fait ramadan.
« Qui êtes-vous ? » lui demande dans une belle intuition la douce et stylée Denise Glaser en 1969… Disons qu’on n’en sait guère plus aujourd’hui qu’à l’époque, sinon que… « Tout est si vague… Je ne sais même plus si pense… J’étais à contempler les anneaux de Saturne… Les os friables de la came… J’étais le singe du travelo... Mon cul comme une plaie ouverte… Mon nez où s’engouffraient les autos comme dans un tunnel… Des étoiles qui tournaient partout… » On est tous défoncés.
( Yves Adrien, par là )