Jean Chrysostome
Qu’y a t il de plus injuste que les grands propriétaires ? Comment traient ils leurs fermiers et les pauvres gens de la campagne ? Des barbares leur seraient moins rudes qu'ils ne leur sont.Ils imposent des travaux insupportables, et des charges excessives à des misérables qui meurent de faim, et qui passent toute leur vie dans un accablement qui ne cesse point.Ils les tourmentent tous les jours par de nouvelles exactions.Ils les obligent à des ouvrages pénibles qui sont au-delà de leurs forces.Ils les traitent comme des bêtes, et plus cruellement que des bêtes.Ils utilisent leur corps comme s'ils étaient de pierre et non pas de chair.Ils ne leur permettent pas de respirer.Que la terre ait produit ou n'ait rien produit, tout leur est égal.Ils ne remettent rien de leurs vexations ordinaires, et ils ne font pas la moindre grâce.Aussi voit-on rien de plus malheureux, et qui fasse plus de pitié que ces pauvres gens ? Après avoir souffert également de la rigueur de l'hiver et de l'été ; après avoir supporté tous les froids et toutes les pluies de l'année et s'être épuisés par leurs veilles continuelles ; non-seulement ils se trouvent les mains vides, mais ils ne voient encore accablés de dettes.Outre les maux qu'ils souffrent, et la faim qu'ils endurent, ils craignent encore la violence des exacteurs, la tyrannie des collecteurs, les emprisonnements et mille autres maux dont on les accable.Qui pourrait dire tout ce qu'on invente pour profiter d'eux et les tromper ? Ils se tuent pour remplir de vin les celliers des autres, et ils n'en rapportent rien chez eux.Tout ce que la vigne qu'ils ont cultivée peut produire, passe a d'autres mains, et si on leur donne un peu d'argent, on les croit bien récompensés de leur peine.Ils ont affaire à des avares et a des usuriers qui les traitent d'une manière que les lois des païens n'auraient pas permise et pour laquelle on ne peut avoir trop d'horreur.Ils leur donnent de l'argent a prêt, non pas selon l'ordinaire à un pour cent, mais ils exigent chaque année la moitié de toute la somme.Et ils traitent avec cette dureté des gens qui ont une femme et des enfants, et qui passent toute leur vie à remplir les granges et les celliers de ceux même qui les tyrannisent de cette sorte.
Jean Chrysostome , Homélies Saint Matthieu Veme siècle.











