ALBAN PANO ET LA 'BORDÉLISATION'
Jeudi 21 janvier, fin d'après midi, au centre culturel de Chabeuil, Alban Pano, maire de Chabeuil présente à la population les voeux du Conseil municipal./Dans la salle : du monde. Pano produit un 'seul en scène', comme on dit maintenant. Terne petit discours, sans grand contenu ni information locale, mais plutôt bien charpenté. Avec un mot qui écorche les oneilles * : 'bordélisation', d'une vulgarité pas expliquée et trop vaguement contextualisée. Détails ci-après, pour tenter de comprendre ce que ça cache :
En 2023, c'était Marie-Pierre Mouton qui était venue mamantiser ('ah...cher Alban...') Alban Pano, avec ses programmes et ses budgets d'origine départementale (piste cyclable etc...) En 2024, était venu le tour d'un Nicolas Daragon enjôleur ('ah...Alban, un maire comme on les aime...') venu dire à Chabeuil les mirobolants bienfaits (points d'apport volontaire etc...) de l'Agglo qu'il préside, occupée à magnifiquement ruisseler sur la Commune.
En ces deux occasions, on avait eu somme toute affaire à des meetings LR, ni plus ni moins, qui mettaient en scène un Pano en vedette d'appoint, frêle et jeune féal politique qu'il faut étoffer et béquiller un tant soit peu. Dans la salle, à chaque fois, les poids lourds des Républicains offraient une assise aussi conséquente que spectaculaire au jeune maire de Chabeuil. Mais plus personne de tous ceux-là le 21 janvier, LR, qui a des soucis, est maintenant occupé ailleurs ; il n'y avait plus que Franck Soulignac ('cher Franck...' décidément une manie...), décorativement disposé au premier rang et orné de toutes les casquettes de ses mandats cumulés, avant un départ furtif, dès avant le pot final. Alban Pano était donc bien seul pour présenter ses réalisations de 2024, et pour annoncer ses projets de 2025.
La charpente du discours tout d'abord, binaire et répétitif jusqu'à l'ennui, structuré comme suit : en haut/en bas, là haut (Paris)/ ici (chez nous), le chaos d'ailleurs/ la sécurité d'ici, les politicards (eux)/les élus de terrain (nous). Mais cette trame simpliste 'tenait' efficacement le discours, magnifiant le rôle de l'élu local (LR, forcément LR) face aux gouvernements qui n'y comprennent rien (la loi ZAN, citée encore une fois, comme une plainte sempiternelle) Et ça continuait, encore et encore : insécurité budgétaire organisée par le parlement, voyez-vous, versus la bonne gestion municipale. Déficit national/rigueur budgétaire chabeuilloise. Éloignement parisien/proximité chabeuilloise. Autisme de l'État/écoute locale. Si le discours d'Alban Pano était ainsi solidement construit, il n'en restait pas moins pesant, inélégant, poussif, cousu de câble blanc et très tôt réduit à sa seule charpente, qui, ça arrive dans ces cas-là, finissait par écraser un propos privé de chair municipale, un squelette en somme, sans ses muscles locaux, sans information programmatique concernant les réalisations de la majorité en cours. Ce qu'on apprenait (aménagement de la rue Monchweiler, aménagement de Cuminal, nouvelle caserne des pompiers), on le savait déjà, depuis les voeux de l'année dernière. Non, rien à se mettre sous la dent, ça ne faisait pas des voeux, ça marquait et balisait le terrain politique, celui tout simplement que compte dorénavant occuper le maire de Chabeuil.
Subtil commentaire d'une journaliste présente ce soir-là, bonne connaisseuse des choses de notre Commune, que son oreille exercée avait conduit à cette conclusion : 'on aurait dit le discours de l'association des maires de la Drôme'. Bien résumé : pas le discours du maire de Chabeuil, pas le compte rendu de son action, mais bien celui de cette structure politique chapeautée par Nicolas Daragon (tiens donc...) et où Alban Pano a son rond de serviette. Pano, comme il apparaît de plus en plus : caisse de résonance d'instances politiques qui le dépassent, agglo, maires de la Drôme, daragonie active, LR...
Alors, puisque l'ennui s'était installé, que ça tirait en longueur sur le principe qu'on vient de voir, que la tartine délivrée était d'un genre plutôt fadasse, il devenait très nécessaire d'agrémenter la tambouille rhétorique, pour grandir un étroit propos. Était alors venu le temps fort de la citation, la sacro sainte citation, de la bien ronflante, grandiloco-poétique, le temps de l'envolée, qui marquerait la hauteur de vue de notre jeune maire. Et PAF...cette fois, ça tombe sur Baudelaire, le malheureux, dont on découvre qu'il figure parmi les lectures inspirantes d'Alban Pano, voyez comme c'est fin, comme c'est bien amené : à la sérénité chabeuilloise Alban Pano opposait donc le malaise national, suivant le balancement qu'on vient de voir. Et le malaise, comme chacun sait, c'est le spleen. Et le spleen, c'est...Baudelaire, forcément Baudelaire, Baudelaire et son spleen... de Paris...sonnez hauts bois, résonnez musettes, et en avant pour la citation complète :
quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle,
suivant le vers fameux, que le jeune maire de Chabeuil amenait d'un coup d'un seul au rang de retape politicarde. Bas et lourd...en effet...
Mais le public du centre culturel n'était pas encore au bout de ses peines. En effet au coeur de la démonstration d'Alban Pano survenait bientôt dans sa bouche un vocabulaire d'une grossièreté étonnante, résumé dans un mot qui écorchait par sa vulgarité, dans un discours où il n'avait rien à faire, dont la vocation est bien au contraire le rassemblement serein de tous les citoyens de la ville. Ce mot c'est 'bordélisation'.
En substance : ici à Chabeuil, comme là haut au parlement, une 'bordélisation' de la vie politique serait à l'oeuvre, un chaos politique nous tomberait maintenant sur les mocassins, bordélisation, comme ça, sans explication, ni élucidation.
[Mais, rappel : dans la toute dernière 'chronique majoritaire' publiée cet hiver par le Journal municipal de Chabeuil, on trouvait déjà ce même genre de raisonnement spécieux, qui anticipait donc et préparait le 'bordélisation' du maire de Chabeuil au soir du 21 janvier. Florilège, dans une chronique tendancieuse (dont le ton est tout à fait étranger à ce qu'on est en droit d'attendre d'une chronique locale). Tout au long Alban Pano parle de LFI, dont les partisans locaux sont déguisés par lui en dangereux tchékistes :
-'...qu'on ne s'y méprenne pas, ce qu'il se passe au niveau national est le vrai visage d'un parti politique qui cherche à s'étendre sur le territoire et dont l'influence est parfois perceptible dans les postures d'acteurs locaux.'
-'si les débats ne sont pas les mêmes qu'au niveau national, les méthodes employées en local sont similaires.'
-'ces comportements que nous dénonçons depuis toujours sont une insulte au respect que mérite (sic) nos concitoyens. (et, au passage, où est rendue cette droite locale qui ne sait plus conjuguer le verbe mériter dont elle nous rebat les oreilles depuis si longtemps)
Mais qui sont ces mystérieux 'acteurs locaux' ? Quelles sont leurs méthodes ? Leurs comportements ? En l'absence de réponse, ce genre de propos tient de la dérive paranoïaque, pas plus. Grossièreté dans le discours, dérive dans la chronique. Au total, un double dérapage politique, strictement politique, prémédité
Avant de conclure sa chronique par un très curieux appel à la vigilance : 'les récents actes et les idées revendiquées par LFI ne doivent pas être oubliés. Ils sont une alerte pour chacun d'entre nous et C'EST DANS LES URNES (c'est moi qui souligne) lors des prochaines élections que nous devons leur opposer un refus clair et déterminé. La vigilance s'impose pour l'avenir de la France et celui de Chabeuil'.]
On a bien noté ce 'dans les urnes', indice des véritables intentions d'Alban Pano, électorales. On y revient plus bas.
Revenons maintenant à la 'bordélisation' du 21 janvier.
Explicite dans sa chronique, le sous entendu était devenu lourd dans le discours des voeux, lourd, mais il restait sous entendu. Mais si l'on raccorde les deux propos, il devient alors évident que les affreux responsables de cette dangereuse bordélisation LFiste, les prolongements locaux des 'insoumis' nationaux c'est bien sûr le groupe d'opposition Le Chemin des possibles, issu de l'élection municipale intermédiaire de 2022, dont Cécile Trempil est la seule élue au Conseil Municipal. Pour comprendre tout à fait, on rappelle ici une violente sortie de début de mandat, quand, tout à fait hors de propos, Alban Pano s'était fendu d'une très surprenante diatribe au Conseil Municipal contre la même Cécile Trempil, l'accusant, elle et l'extrême gauche (dans le texte) d'avoir saboté l'entièreté du programme nucléaire français. Il y n'y était pas allé avec le dos de la cuillère, comme on voit.
La principale intéressée était absente aux voeux de la Municipalité, comme l'an dernier, pas là pour se défendre, ni pour s'expliquer, ni pour s'indigner. Il n'empêche que les coups étaient portés.
Mais pas besoin d'être grand clerc : Pano a engagé sa campagne de 2026 sur ce thème : moi ou le chaos, moi ou le bordel, personnalisé par Cécile Trempil et ses alliés LFI. Sans nuance, BIM, la bataille est engagée et ça se réglera 'dans les urnes'. Que cela ait du sens ou pas, que ce soit une réalité ou pas, que ce soit un pur fantasme ou pas : on a le résultat, Pano pose très abusivement une alternative : ce sera lui et les siens ou le bordel de l'extrême gauche. Easy peasy, comme on dit à la maison, fastoche.
Bref, on a affaire à une 'bordélisation' par construction, un positionnement politique par désignation et agression ; le jeune maire de Chabeuil lâche ses coups, et très vulgairement encore, on vient de le voir tout au long. Franchement, un des seuls intérêts d'Alban Pano, c'était jusqu'à présent ce fameux 'apaisement' à quoi il nous disait travailler avec ardeur, apaisement des moeurs municipales chabeuilloises. Et le voilà maintenant qui se met à flinguer ses opposants, violemment, sans nuance, par des discours caricaturaux et des écrits allusifs et sans fondements. Dangereux dérapage, directement attentatoire à la cohésion de notre petite ville pour, tout simplement, marquer le terrain de sa future campagne. Ce qui n'a vraiment rien à faire dans un discours de voeux à la population, ni dans une 'libre expression' municipale
Et Cécile Trempil ne s'y est d'ailleurs pas trompée, qui s'est sentie directement visée. Dans un post daté du 26 janvier publié sur la page de son association de soutien, l'Écho Citoyen, elle se raidit : 'cela traduit une tentative de manipulation du maire, d’assimiler l’Écho citoyen à une extrême-gauche, dangereuse, le couteau entre les dents, prête à entrer dans Chabeuil avec des chars…(le jour du Corso, bien sûr !)'.
Bilan de la séquence : Pano et Trempil organisent leur mano a mano de 2026, les coups pleuvent déjà, à coup d'invectives, d'étiquetages et d'amalgames. Mal partie la nouvelle séquence d'apaisement de la politique chabeuilloise, telle que nous la vantait le maire de Chabeuil...
Pour conclure, deux points, où l'on trouve de vraies traces cette fameuse 'bordélisation' qui alarme tant le jeune maire de Chabeuil :
- le rond point d'entrée de Chabeuil a été laissé 15 jours à la libre expression de la chienlit des gilets jaunes agricoles de la Coordination Rurale, qui ont cochonné la fusée qui décore ce carrefour, qui y ont répandu à leur aise leurs mots d'ordre, en pleine campagne pour les élections aux chambres d'agriculture. Gazon défoncé, stickers sur les panneaux de signalisation, calicots jaunâtres dégoulinants sur la fusée, etc...sont restés en place près de deux semaines, sans intervention de personne, sans protestation publique, faîtes comme chez vous, exploitant la mansuétude et le laxisme d'Alban Pano et de son adjoint à l'environnement et à...l'agriculture. Sérieusement la fameuse bordélisation, elle était plutôt ces derniers jours à chercher du côté de l'extrême droite agricole (bien réelle) que du côté de l'extrême gauche écolo (fantasmée). Et cette coupable mansuétude a porté ses fruits, puisque la Cordination Rurale progresse partout dans ces élections, et dans la Drôme aussi. Pour ce coup, à Chabeuil, la 'bordélisation' de l'extrême droite agricole a payé.
Et aussi ceci, passé inaperçu : le 8 décembre 2024, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs (troupe 'proxi' de la FNSEA) ont muré les sièges du RN et du PS à Valence, en même temps que la permanence de la députée de la 3e circonscription de la Drôme, Marie Pochon, qui a porté plainte. Eh bien, les maires de la Drôme ont ils protesté ? Eux d'ordinaire si prompts derrière leur président (l'inévitable Nicolas Daragon, patron de l'Association des Maires de la Drôme) à se plaindre des violences faites aux élus de leurs territoires, non, nada, pas un commentaire, pas une protestation, pas une trace de soutien à ces élus de la République. Et notre Pano, membre du bureau de l'AMD, délégué LR de la 3e circonscription, ex-candidat à la députation dans cette même circonscription et donc à ces divers titres directement concerné par le saccage de la permanence de Marie Pochon ? Il n'a pas moufté dans cette autre affaire de...'bordélisation'. Très sérieuse, celle-là aussi.
...et à la fin, après l'ennuyeux et politicien discours, on faisait péter une Marseillaise des plus tonitruantes, seule capable de mettre debout une salle qui s'endormait. Puis on servait le vin de l'adjoint à l'environnement, à l'agriculture et à l'alimentation (en pinard) de la Commune, sans doute une expérimentation des circuits courts et une manifestation de soutien à un agriculteur-vigneron local particulièrement méritant.
Oui, c'est bien oneilles, comme dans Ubu roi. Le potentat quand il décoconne et zéxagère, petit ou grand, amusant ou pas, chabeuillois ou pas, a toujours un petit air ubuesque, qui heurte les oneilles...