Enseigner, mon petit, ça n’est pas drôle ! Je ne parle pas de ceux qui s’en tirent avec des boniments : tu en verras bien assez au cours de ta vie, tu apprendras à les connaître. Des vérités consolantes, qu’ils disent. La vérité, elle délivre d’abord, elle console après. D’ailleurs, on n’a pas le droit d’appeler ça une consolation. Pourquoi pas des condoléances ? La parole de Dieu ! c’est un fer rouge. Et toi qui l’enseignes, tu voudrais la prendre avec des pincettes, de peur de te brûler, tu ne l’empoignerais pas à pleines mains ? Laisse-moi rire. Un prêtre qui descend de la chaire de Vérité, la bouche en machin de poule, un peu échauffé, mais content, il n’a pas prêché, il a ronronné, tout au plus. Remarque que la chose peut arriver à tout le monde, nous sommes de pauvres dormants, c’est le diable, quelquefois, de se réveiller, les apôtres dormaient bien, eux, à Gethsémani ! Mais enfin, il faut se rendre compte. Et tu comprends aussi que tel ou tel qui gesticule et sue comme un déménageur n’est pas toujours plus réveillé que les autres, non. Je prétends simplement que lorsque le Seigneur tire de moi, par hasard, une parole utile aux âmes, le la sens au mal qu’elle me fait.
Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Plon, 1974















