D353 / Jorge / 45 ans / Prévôtois / Main-d’œuvre sur le chantier
Par cette magnifique matinée ensoleillée, je prends la voiture pour aller explorer Moutier à la recherche du portrait du jour. Arrivé en ville, je croise un homme vêtu de manière étonnante, profitant du soleil. Je gare la voiture et je vais l’aborder.
Jorge est né au Portugal, près de Lisbonne, et y a fait sa scolarité. « A 21 ans, je suis venu en Suisse car je n’avais pas le choix ; mon père est y était depuis 82, ma sœur est venue en 89 et moi et ma maman en 91. Je voulais rester chez moi mais mon père m’avait dit qu’il fallait venir. Depuis, je suis à Moutier et je ne changerais de ville pour rien au monde. Je ne me sens pas bien quand je n’y suis pas ! » Il m’explique encore qu’il se sent plus Suisse que Portugais et qu’il va parfois rendre visite à ses parents. « Mes parents se sont séparés à 70 ans. Ma mère vit à Lisbonne avec ma sœur et mon père à Porto et ils sont heureux ainsi.»
Dès son arrivée, Jorge a travaillé dans des entreprises de maçonnerie régionale en tant que main-d’œuvre. « J’ai commencé chez Zbinden, puis Matériaux Sabag et maintenant je suis chez Hänzi et cela se passe très bien. »
Vous vous voyez où dans les prochaines années ? « Moi, je suis le gaillard qui ne réfléchit pas à demain. Je suis quelqu’un qui se lève le matin et qui est content, le reste, je m’en fous pas mal et j’ai toujours été comme ça ! » Quand je l’interroge sur son rêve, il me répond qu’il n’en a pas, que cela ne fait pas partie de sa vision.
Qu’est-ce qui vous rend heureux ? « Mes deux enfants. Il faut l’avoir vécu pour le comprendre ; c’est la plus belle chose qui me soit arrivé. Je croyais que c’était le mariage mais les enfants c’est encore plus fort. Mon premier est né avec des complications ; on l’a sorti à la ventouse et ensuite il ne respirait plus. Il a dû être dans une couveuse pendant un mois. Pour moi c’était horrible de le voir avec tous ces tuyaux mais cela s’est finalement très bien passé. Sinon, j’ai aussi ma petite bête ! » Et il me montre alors des images de son chien sur son téléphone portable.
Jorge me dit encore qu’il n’a pas vraiment de passion. « Cela arrive souvent que les gens croient que je fais de la moto. Moi je donne ma vie pour mes enfants, vous savez », me dit-il tout sérieusement. Il me montre d’ailleurs tous ses tatouages qui les représentent.
J’apprends encore que sa femme est italienne et qu’il fréquente les Italiens. « J’ai mon look et l’assume, j’aime être différent des autres. Déjà ici, à Moutier, quand on ne parle pas de moi ce n’est pas bon ; ça veut dire que je dois faire quelque chose de nouveau. Vous savez il y’en a pas deux comme moi ici. »
Son message : « Soyez naturel, ne pensez pas aux soucis et vivez au jour le jour. » Une fois l’interview terminée, il m’invite pour boire un petit café. J’ai bien fait de me lever ce matin.














