Ca faisait longtemps, n'est-ce pas ? Mais, enfin, nous revoilà ! Avec un petit quiz pas piqué des hannetons. Attention : il faut avoir lu le Programmation's Remake Show... ;)
Avez vous bien lu la saga du Programmation's Remake Show ? Oui, bien sûr que vous l'avez bien lu. Mais sauriez vous répondre aux questions q
Précédemment : Première Edition - https://la-tour-de-babel.tumblr.com/post/674612069620989952/programmations-remake-show-premi%C3%A8re-edition
Disclaimer : Voici le deuxième épisode de la “série”, qui doit être lue dans l’ordre ! C’est une série qui peut difficilement se lire indépendamment du livre, même si les trois premiers épisodes sont facilement abordable. All funny games, right ? Merci, bien sûr, à @mimmixerenard, pour les deux dessins qui illustrent cette édition en son milieu ! Le film parodié, bien évidemment, ne m’appartient pas.
Pairings : Paul Saulter / Programmation x Alphonse Bertrand / Alphabet
(Beaucoup de mentions, par contre, notamment de Messaging Services, de Dumbasses Boyfriends, et de Franglais. C’est la life :P)
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Vous hésitez un peu, devant l’écran de votre télévision. La télécommande est bien à sa place, dans votre main. Votre pouce est appuyé sur la touche qui vous permettrait d’allumer l’écran. Vous vous demandez, circonspect, si vous allez effectivement retomber sur la même émission que la dernière fois ; après tout, l’heure est la même, et vous avez la sensation que c’est une possibilité.
Finalement, enfin, vous osez. L’écran s’allume. Directement, le jingle vaguement familier se lance ; vous notez distraitement qu’il est un peu mieux accordé que la dernière fois. Ce qui n’est pas accordé, cependant, c’est le timing. Visiblement, le présentateur n’était pas tout à fait prêt, puisque la personne qui lui servait de maquilleur -Binaire- est encore en train de faire son travail.
Il vous remarque pourtant immédiatement, et a l’audace de vous faire le signe d’attendre. Ce que vous faites, vous installant sur votre fauteuil.
« Ah bah ça, » dit Programmation, « t’as vu, le lecteur est revenu. »
« Bien la seule personne qui supporte tes âneries, » grommelle Binaire. « Voilà, c’est fini. Ta belle gueule est bien pouponnée. Je peux me barrer, maintenant ? »
« Dis tout de suite, si je t’emmerde, » geint Programmation.
« Tu m’emmerdes, » répond diligemment Binaire, avant de sortir, avec beaucoup de soulagement, du champ de la caméra.
Le présentateur gaspille de longues secondes à bouder, le regard fixé sur le dos de son employé ; puis, il se rappelle que vous existez, et vous décoche un sourire rayonnant. Une main surgit de devant la caméra, pour déposer, très discrètement, un script sur le bureau.
« Ah, lecteur, quel plaisir de vous revoir ! Bienvenue dans la deuxième édition de mon petit show du soir. J’espère que tu vas t’enjailler, eh ! Nous avons même entrecoupé les séquences de superbes making-of. »
Il pointe un doigt dynamique vers l’œil de la caméra, la joue gauche creusée d’une fossette, le regard pétillant. Vous remarquez que quelqu’un avait réussi à le coiffer, avant le début de l’émission.
« Au programme du jour, sur une suggestion de notre meilleur auditeur, » présente le présentateur, « Charlie et la Chocolaterie ! Et préparez-vous ; nous avons quelques guest stars au menu… ! Et, croyez-moi, vous allez être surpris… »
Sur cette touche de suspens incommensurable, l’écran se fond au noir ; et voilà que se lance la musique grandiose composée par Danny Elfman, complètement sous copyright, et complètement piratée pour les besoins du film. Ce n’était pas de leur faute. Les arts refusaient résolument de se mêler à leur projet.
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Dès les premières images, il devient très clair qu’il y a eu une hausse de budget -ou d’effort- depuis le premier film. Déjà, il n’y a pas qu’un seul plan pour planter la scène ; il y en a plusieurs, dont un plan drone au-dessus du camp de Service Secret Junior, à l’entrée duquel on a judicieusement placé une pancarte « CHOCOLATERIE DE WILLY WONKA ». Le monteur a même fait l’effort incroyable de mettre un filtre sur l’image, pour faire genre qu’il y a eu un travail de la lumière.
Tout cela aurait même pu être une entrée en scène tout à fait décente, si le monteur avait su faire son travail, et avait coupé la prise avant que le fameux drone ne finisse dans un arbre. Qu’importe ; voilà que les personnages nous sont présentés, par le biais d’un sublime traveling, alors qu’ils attendent par groupe de deux devant les grilles de la « chocolaterie ». Les premiers, bien sûr, c’est Charlie et son Grand-père Joe, campés par, sans la moindre surprise, SMS et son père. Le premier, depuis le temps, a l’air absolument résigné, et accepte visiblement le sort qui lui échoit, en tant qu’acteur fétiche de son grand-frère de réalisateur. Le deuxième s’enjaille toujours autant, sourire aux lèvres, et on ne peut qu’admirer l’abnégation du costumier qui a réussi à le vêtir d’un vieux gilet en tricot et d’un béret d’ouvrier.
« Kel obène ke davoir trouvé ce tiké dor, » marmonne SMS, agitant le fameux ticket -une carte de visite recoloriée en doré avec un feutre à paillette- devant lui. « Moi ki sui si fan du mistériE Willy Wonka, ke person à vu depui grav lonten, mé ki sui tro povr pour pouvoir macheté ne seré-ce k’1 tablet. »
« Quelle aubaine, en effet, » approuve Service Secret, qui maîtrise étonnamment bien l’accent cockney – techniquement un hors sujet géographique, mais, vraiment, il faut souligner l’effort. « Cinq tickets d’or, seulement, et il a fallu que tu le trouves tout à fait f o r t u i t e m e n t dans cette barre de chocolat que tu as pu acheter grâce à un billet trouvé encore plus fortuitement par terre ! Ah, comme les choses sont bien faites. »
« En plu, » renchérit SMS, visiblement encouragé par le répondant de son père, « On abite, genr, just à koté. »
« Ah, le h a s a r d, » soupire Service Secret, visiblement ému.
La caméra s’avance un peu plus, présentant à votre vue les premières guest stars. Et, effectivement, Programmation n’avait pas menti en disant que cela risquait de vous surprendre ; parce que, debout devant la caméra, l’air morose -voir carrément meurtrier-, il s’agit du Chancelier Allemand, dans le rôle de Mme. Gloop, et Haut-Alémanique, dans le rôle d’Augustus. Le premier a l’air d’agoniser sur place, le teint blême, les joues tartinées de fond de teint rouge cerise pour figurer les joues bien écarlates de la madone allemande, et contemple le sol avec tout le dépit du monde. Le deuxième est absolument raide, bras croisé, regard fixé droit devant lui, mâchoire et muscles crispés ; et, comble du comble, on avait réussi à le convaincre d’enfiler un pull rayé, et de glisser un oreiller en dessous.
Si Service Secret et SMS avait fait l’effort d’apprendre leur texte, ce n’est pas le cas de ces deux-là. Allemand tient le script dans ses mains, et Haut-Alémanique a manifestement décrété qu’il ne parlerait pas.
« Es-tu heureux de visiter la fameuse chocolaterie de Herr Wonka ? » s’enquit Allemand, ton monocorde, accent visiblement forcé sous la demande expresse du réalisateur.
Haut-Alémanique lui décoche un regard absolument venimeux qui hurle tout simplement « non », mais, péniblement, comme un androïde aux articulations rongées par la rouille, hoche la tête. On peut noter que, de cet angle de caméra, il est évident qu’Allemand garde une distance de sécurité.
« Dans le même temps, avec tout le chocolat que tu as mangé pour ça… » termine le Chancelier, le ton mourant métaphoriquement dans le murmure qui le conclut.
Nouvel hochement de tête mécanique d’Haut-Alémanique. Bien heureusement, la caméra se sépare d’eux ; et c’est avec une surprise toujours aussi palpable que vous constatez que les deux actrices suivantes, respectivement dans les rôles de Violet Beauregard et de sa mère, ne sont nulles autres que Conjugaison et Gàidhlig. On les a toutes deux vêtus du même ensemble de sport, une veste et un jogging d’une hideuse couleur mauve ; et quelqu’un a même réussi l’exploit de lisser les cheveux de Conjugaison en un carré respectable. Les deux abordent un sourire narquois, juste en coin, et font un excellent travail pour copier la posture l’une de l’autre ; il est très clair que le réalisateur a dû leur promettre quelque chose de remarquable pour les convaincre de participer au projet.
« Il faut que tu remportes la mystérieuse récompense promise par Mr. Wonka, Violet, » entame Gàidhlig, qui a en plus appris son texte- vraiment, la dette du réalisateur doit être particulièrement salée. « Tu sais, cette récompense qu’il a promis de donner à l’enfant qui ressortira gagnant de cette journée de visite dans cette mystérieuse chocolaterie dans laquelle personne n’est entrée depuis des années. Ah, oui, parce que tu es une enfant, Violet. Je ne crois pas que les autres l’ait spécifié. »
Il y a quelques réponses étouffées des autres acteurs, parmi lesquelles on distingue un « je t’emmerde » d’Haut-Alémanique, un « on sen branl pa 1 peu » de SMS, et un « ce n’est pas dans le script !! » du réalisateur. Qu’importe ; voilà déjà la caméra qui continue son avancée, vers les deux acteurs suivants. Ces deux acteurs, c’est Alphabet Anglais, dans une petite robe de satin blanche, les cheveux coiffés en bouclettes enfantines, dans le rôle de Veruca Salt ; et c’est Sa Royauté Anglais, qui n’a pas l’air enthousiasmé du tout, dans son costume deux pièces, mais qui a visiblement accepté de participer pour faire plaisir à Service Secret.
« Daddy, je veux que la porte s’ouvre plus vite, parce que je suis une sale gamine pourrie gâtée qui n’a trouvé le ticket d’or que parce que tu es riche et que tu as dépensé beaucoup d’argent pour que je l’ai, » s’exclame une Alphabet Anglais pleine d’un étrange enthousiasme, parvenant même à répliquer une voix haut perchée qui est, à n’en point douter, l’exemple même de la voix horripilante.
« Ne m’appelle pas comme ça, » murmure Anglais en retour, avant de confirmer que ce n’était pas dans le script en ajoutant : « Français va mal le prendre. »
Bien heureusement, la caméra ne laisse pas le temps à Alphabet Anglais de répondre à ça ; elle passe, enfin, à la dernière paire d’acteur. Et quelle n’est pas votre surprise de constater que l’un d’entre eux n’est nul autre que le réalisateur lui-même, qui n’avait même pas eu besoin de changer sa garde-robe pour jouer le rôle de Mike Teavee !
« J’aime pas le chocolat, » s’exclame Programmation, juste un poil trop fort, faisant brièvement saturer le micro. « J’ai seulement trouvé le ticket parce que je suis un sale petit con qui a piraté le système grâce au mystérieux pouvoir de l’informatique et des probabilités. Pas vrai, p a p a ? »
Son « père », c’est évidemment Service Secret Junior, qui n’a même pas besoin de se forcer pour avoir l’air épuisé par l’adorable petit Mike. Le voilà déjà qui soupire, tirant vaguement sur les vêtements informes qu’on l’avait forcé à porter.
« Langage, » réprimande-t-il, sans grande conviction.
Enfin, le traveling est terminé ; et c’est le moment que choisi le monteur pour couper abruptement la scène, et insérant un plan de la grille de la « chocolaterie », fort justement en train de s’ouvrir. Voilà qu’apparait finalement le clou de cette scène d’introduction : Willy Wonka en personne. Il y a manifestement eu un soin tout particulier apporté à son costume ; on retrouve le haut de forme, le costume grenat, la canne, les gants, et même les lunettes. Mr. Wonka aborde un très large sourire, creusant des fossettes d’enfant ; un sourire d’ange, avec les boucles blondes qu’on voit tomber, de part et d’autre de son chapeau. C’est bien évidemment Gallois ; et, soudainement, la présence d’Haut-Alémanique semble bien plus crédible.
« Bienvenue dans ma chocolaterie ! » gazouille Gallois, qui n’avait pas tout à fait l’air aussi frappé que le vrai Mr. Wonka, mais qui rattrapait ça en étant nettement plus joyeux. « Préparez-vous, très chers invités ; nous allons commencer notre visite ! »
Fondu au noir. C’est la fin de cette scène remarquable.
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Première Interlude : Parenthèse sur les costumes et les décors.
Sur votre écran se présente maintenant non pas un, mais bien deux réalisateurs. Tous deux assis sur leurs petites chaises, au beau milieu du camp de Service Secret Junior : le petit cadre explicatif qui apparait en bas de l’image vous conforte dans l’idée qu’il s’agit bien de Programmation et d’Alphabet.
« Ouais, on est deux ! » entame Programmation. « Forcé, vu que je joue directement dans le film. Faut bien quelqu’un pour tenir la caméra quand je ne peux pas. »
« Techniquement, ça ne fait pas de moi le réalisateur, » murmure, très judicieusement, Alphabet.
« Mais si ! » coupe Programmation, d’un ton sans appel- il est évident qu’il a choisi de faire les choses ainsi simplement pour avoir leurs deux noms sur la boîte du DVD. « Bref. C’est la parenthèse costume et décor. Ils sont vachement cool, eh ? »
« C’est parce qu’on a demandé à MMS de bien vouloir nous aider, » explique Alphabet. « Et il a bénévolement accepté. »
Brève coupure de la caméra, pour passer, brièvement, sur un plan du fameux MMS. Posé sur sa chaise, sirotant paisiblement une petite tasse de thé, jetant un regard circonspect à la pancarte qui le présentait comme « Costumier ».
« C’est faux, » précise-t-il placidement. « J’ai accepté en échange d’une semaine… de congé. Alphabet va s’occuper de mes soldats… à ma place. »
Vous comprenez bien mieux l’expression misérable d’Alphabet, lorsque la caméra revient sur les deux réalisateurs. Vous compatissez très fort.
« Bref, » rattrape Programmation, « Tout ça pour dire que ça nous a demandé quelques petits sacrifices… »
« Petits, » répète, tout bas, Alphabet.
« Mais le résultat a de la gueule, non ? »
Pas de réponse. Juste un long silence. Il n’a absolument pas l’air déphasé, alors qu’il se saisit d’un vrai clap en noir et blanc, où on avait inscrit, en très gros, un énorme « Scène 2 ! ». Et puis, avec un clin d’œil, il le referme.
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Le décor, une nouvelle fois, se démarque par son originalité. On est manifestement en plein cœur de Foreign Forest ; mieux encore, on se trouve très proche de la fameuse clairière, si on en croit les murmures spectraux qu’on peut entendre en arrière-plan. Et c’est surtout un choix particulièrement audacieux ; parce qu’il est très clair qu’on a essayé de reproduire la prairie en chocolat au cœur de la chocolaterie, et qu’on a, pour cela, pris le parti-pris de p e i n d r e les arbres en rouge et en blanc, comme d’énormes cannes à sucre. Cerise sur le gâteau, il est évident qu’on n’avait pas eu Son autorisation pour faire une chose pareille. En effet, la caméra est déjà allumée, alors que tous les acteurs s’empressent de prendre leur place.
C’est-à-dire, Tout le monde regroupé au bord d’un ruisseau, sauf Haut-Alémanique, qui y barbote avec l’expression la plus vide et fermée qu’il soit possible de concevoir, ne faisant même pas l’effort de faire semblant de s’y noyer.
« Oh non, mon fils est tombé dans l’eau, » murmure Allemand, tout bas, qui semble osciller entre la juste terreur d’accidentellement réveiller la Mère de Toute les Langues, et l’adrénaline incrédule qui vient avec la réalisation qu’il est en train d’enfreindre drastiquement les règles.
« Comme c’est dommage, » chuchote Gallois, qui se retient manifestement d’éclater de rire, à la vision qu’offre Haut-Alémanique- on peut deviner qu’il se mord l’intérieur des joues, en plus des larmes d’hilarité qui lui sont montées aux yeux. « Mais regardez, il y a un gros tuyau hors champ qui va bientôt l’aspirer. Avec le chocolat dont cette rivière est évidemment faite. »
Un long silence, plein d’attente et d’une certaine nervosité. Puis, perdant visiblement patience, Conjugaison vocifère :
« Ta réplique, crétin. »
Haut-Alémanique se contente de lui répondre par un doigt d’honneur, déjà occupé par sa tâche présente – celle qui consiste à sortir du champ de la caméra, et, par conséquent, du film en lui-même. Voilà qui explique probablement son empressement renouvelé.
« Il se fait aspirer, » affirme Anglais, une fois qu’il est suffisamment éloigné.
« Il va rester coincé, » renchérit Service Secret, absolument goguenard.
« Moins fort, » supplie Service Secret Junior.
« Regardez, voilà les Oompas-Loompas ! » marmonne Gàidhlig, pointant le bord opposé du petit ruisseau. « Vous savez, les minuscules petits ouvriers employés par Mr. Wonka. Ceux qu’il a kidnappé de leur pays natal pour les exploiter en les payant en cacao. »
« Mais non, ce n’est pas de l’exploitation, » s’indigne Gallois, essuyant discrètement l’une de ses larmes de rire. « Voyez, ils sont heureux, ils vont chanter. »
La caméra se focalise enfin sur les fameux Oompas-Loompas ; et, ces Oompas-Loompas, ce sont E et tkt, qui, tout bas, entreprirent de chuchoter la fameuse chanson du film, se fendant d’une chorégraphie chaotique. Dans le coin gauche de l’écran, SMS se prend la tête dans la main.
« Uneuh bonne sauce au chocolaaat, » concluent-elles, dans un dernier murmure, avant de reculer dans les buissons pour disparaître.
« Bravo ! » s’enthousiasme Gallois, et on sent qu’il le pense vraiment. « Quel talent ! »
Malheureusement, c’est là l’exclamation de trop ; les arbres grossièrement peints se mettent à luire, d’un azur de plus en plus agressif. Les particules en suspension s’agitent. Elle se réveille.
« Courez ! » beugle Programmation.
La scène se termine quelques secondes plus tard ; juste le temps de vous laissez apercevoir une splendide débandade au beau milieu des racines et des buissons, parsemée de petit piaillement, de cris d’angoisses pour les plus sensés, et de rires à gorge déployée pour les frappadingues ; puis, le caméraman, qui est bien évidemment Alphabet, se souvient qu’il doit certainement cesser de filmer, et l’écran vire abruptement au noir, sur une dernière vision d’un Haut-Alémanique détrempé qui jette au loin l’oreiller qui constitue son déguisement.
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Deuxième Interlude : Recruter les Acteurs, Première Partie
C’est le retour des chaises. Il y en a trois présentées à l’écran ; celles d’Allemand, de Programmation, et d’Haut-Alémanique. Il n’y en a qu’un seul qui est ravi d’être là, et ce n’est pas très difficile de savoir duquel il s’agit.
« Ouais, comme vous vous en doutez, certains acteurs ont été plus durs à récupérer que d’autres, » commence Programmation, tout sourire, avant d’avoir l’incommensurable audace de passer un bras autour d’un Allemand absolument pas réceptif. « Dans ces cas-là, en tant qu’excellent réalisateur, il faut savoir jouer ses cartes. »
« Je n’appelle pas cela « jouer ses cartes », » grince Allemand, et, pour une fois, Haut-Alémanique a l’air parfaitement d’accord avec lui. « Vous avez simplement refusé de me laisser tranquille tant que je n’avais pas accepté. »
« Ça a pris une semaine, » se rengorge Programmation, « Mais ça valait grave le coup. »
(Ce qui avait duré une semaine, c’était, tout bonnement, du harcèlement. Programmation avait été assis à côté d’Allemand pendant une réunion ; et l’idée merveilleuse de le faire jouer dans son film lui était venu.)
(Il ne l’avait pas lâché avant qu’il n’accepte.)
(Parlant constamment, trottinant derrière lui, gesticulant, aussi insupportable qu’il pouvait l’être.)
(Il l’avait eu à l’usure, somme toute, parce qu’après six jours, Allemand, la tête prête à exploser, aurait fait n’importe quoi pour que ça s’arrête.)
« Bon, après, il nous fallait un deuxième germanique, » continue Programmation, « Et puisqu’on commençait à envisager Gallois dans le rôle de Willy Wonka, on s’est dit, eh ! Mais il pourrait convaincre ce type, là, avec sa tronche d’Hannibal. »
Il tente bien de passer un autre bras autour du cou d’Haut-Alémanique. Mais celui-ci le lui saisit avant qu’il ne puisse mener le projet à bien ; et, compte tenu du bruit qu’émet le poignet de Programmation, on peut se douter qu’il y a quelque chose de cassé. Le réalisateur ne s’en démonte pas le moins du monde, déjà entouré d’étincelles bleutées.
« Gallois a évidemment accepté, parce que c’est un type bien, » reprend Programmation, qui a la bonne idée de ne plus s’approcher d’Haut-Alémanique. « Et il nous a assuré qu’il nous ramènerait Haut-Alémanique. Ce qu’il a fait ! Personne ne sait trop comment, d’ailleurs, mais ça en valait grave le coup. »
Il y a un moment de silence, pendant lequel il est clair que le réalisateur espère un petit instant story time de la part d’Haut-Alémanique. C’est bien la preuve qu’il ne le connait pas du tout, parce que le dialecte ne cesse de darder un regard meurtrier à la caméra, bras croisé, résolument silencieux.
(Bien sûr, il n’allait quand même pas admettre que Gallois avait juste eu à demander, avec ce regard juste assez large, juste assez suppliant, et ce sourire plein d’espoir, pour qu’il accepte.)
(Et puis quoi encore.)
Programmation finit néanmoins par se résigner. Il pousse un soupir dramatique ; puis, d’un claquement sonore, il signale le passage à la scène trois.
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Lorsque la caméra se rallume, vous vous retrouvez face avec ce qui est très certainement l’intérieur de l’un des Bunkers de Service Secret Junior ; plus précisément, celui où il devait expérimenter sur quelques petites choses chimiques, si vous en croyiez l’étalage de machines futuristes et alambiquées qui couvre la scène. C’est une claire retranscription de la salle d’Invention de Willy Wonka ; de fait, certaines des machines se sont vues repeintes, au grand chagrin du propriétaire, qui traîne tristement ses savates derrière le reste du groupe. Vous apercevez même, très brièvement, Service Secret qui le gratifie d’une œillade compatissante, et qui lui glisse un compliment face à la qualité de ses installations.
L’attention est néanmoins très vite attirée par Gallois, qui, avec un maniérisme ressemblant à s’y méprendre à ceux que Depp avait eu l’occasion d’avoir dans le film, se tourne vers eux, et s’exclame très bruyamment :
« Voici ma dernière invention ! Elle n’est pas du tout au point, donc, surtout, n’y touchez pas, hein. »
« Oui, mais personnellement, j’adore les chewing-gums, » réplique Conjugaison, dont la joue droite est encore barrée d’une large égratignure certainement due à une branche mal placée dans Foreign Forest. « Genre, j’ai gagné des concours de mâché de chewing-gum. File ta merde. »
« Ce n’est pas très conseillé, jeune fille, » intervint courageusement Service Secret, qui ne recule même pas lorsqu’elle lui décoche, en retour, un regard furibond.
Conjugaison l’ignore ostensiblement ; elle se saisit de ce qui semble effectivement être un chewing-gum, évitant sans problème Gallois qui essaye de prétendre la retenir. Puis, elle se pince le nez, pour ne pas avoir à sentir le goût, et l’enfourne résolument dans sa bouche. Mâchant ostensiblement. Avec les bruits de mastications les plus vulgaires qu’elle est capable de conjurer.
Elle le fait exprès, de toute évidence, et ça enchante le réalisateur, qu’on voit trépigner dans un coin de l’écran.
« C’est vraiment dégueulasse, votre truc, » signale-t-elle, tout à fait honnêtement.
« Oui, eh bien, on ne fabrique pas des confiseries, ici, » grommelle Service Secret Junior en retour.
« Mais si, justement ! » coupe Gallois, qui est le seul à avoir l’air de se souvenir de son script. « Recrachez, mademoiselle, votre nez devient violet. »
Le nez de Conjugaison ne devient, bien sûr, pas du tout violet ; mais c’est là qu’intervient toute l’astuce du montage. Dorénavant, il y a deux types de plan. Le plan « réaction », zoomant sur l’un ou l’autre des visages des autres personnages observant la scène ; et le plan « boom, t’es une prune », qui se focalise sur Conjugaison elle-même, et que le monteur a ingénieusement recouvert d’un filtre violet pour suggérer le changement de couleur. La chose est rendue encore plus convaincante par un petit gadget de l’invention complice des deux Services Secrets présents ; il s’agit d’une combinaison airbag, déguisée depuis le début en jogging mauve, qu’on fait gonfler à distance à l’aide d’une petite télécommande. Si bien que Conjugaison, devant vos yeux ébahis, à bel et bien l’air de gonfler comme la prune qu’elle est supposée devenir ; et ce, même s’il est clair que ça ne l’enchante guère.
« Sa fonktion grav bi1, » s’émerveille SMS, qui a pris soin de rester très loin de la femme qui avait explosé le visage de MMS contre les murs de ses cachots.
« Oh la la, regardez, elle est devenue un fruit géant ! » s’époumone Programmation, qui croit visiblement bon d’accompagner sa performance de grands gestes de bras.
« C’est sympa, ça, pour les concours agricoles, » remarque Alphabet Anglais, parce qu’il aurait été dommage de supprimer la seule bonne réplique de Veruca.
« Bon, bah, vous n’avez plus qu’à aller la presser, » déclare Gallois, en direction d’E et Tkt, chantant en arrière-plan depuis le début de la transformation. « Pour faire sortir le jus. »
« Le premier qui me touche, » signale Conjugaison, « Je lui arrache les tripes à mains nues. »
« Un enfant de moins, » soupire Anglais, fatigué par toutes ces bêtises. « A croire que c’est calculé. »
« Mais non, qu’allez-vous dire là ! » répond immédiatement Gallois, décochant à la ronde un sourire de parfaite innocence. « Continuons la visite ! Sans la prune, évidemment. »
« La prune, elle t’emmerd- »
C’est à ce moment parfaitement bien choisi que la scène s’achève sur un nouveau fondu au noir particulièrement bien réalisé. On ne peut pas même entendre la fin de cette tirade, sans le moindre doute pleine d’une poignante vérité.
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Troisième Interludes : Recruter les Acteurs, Deuxième Partie
Sur les chaises, cette fois, on a assis deux personnes. Il s’agit de Conjugaison et Gàidhlig, qui s’adressent, quelques secondes avant de réaliser qu’elles sont filmées, un regard empli de défiance l’une envers l’autre. Puis, elles roulent des yeux, de concert.
« Sommes-nous vraiment obliger de répondre à cette question idiote ? » s’enquit Gàidhlig. « On l’a déjà tourné, ton film. »
Manifestement, le caméraman doit être en train d’hocher la tête, puisque Conjugaison lève les yeux au ciel, et poursuit la conversation.
« Nous avons rejoint le projet par pur intérêt personnel, » explique-elle. « Quoi d’autre, franchement. »
« Certainement pas pour la qualité du script, » acquiesce Gàidhlig. « Ni même pour faire taire mon cousin. Il n’y a qu’Haut-Alémanique pour céder à ces idioties. »
« Alphabet a promis de gérer mes tâches pendant une semaine, » conclue Conjugaison, avec un hochement de tête vigoureux. « J’ai accepté, et il a intérêt à remplir sa part du marché. »
« Il m’a promis la même chose, » ajoute pensivement Gàidhlig. « Et il a intérêt à faire ça bien. »
Coupure. Les deux chaises, maintenant, sont occupés par les deux réalisateurs. Alphabet est visiblement déprimé, les épaules basses et voûtées. Programmation aborde une grimace éloquente.
« Mec, sérieux, » fait-il. « MMS, Conjugaison et Gàidhlig ? Tu vas crever ta race. »
« Je sais, » geint Alphabet.
Il y a quelques secondes d’un silence lourd de sens ; puis, comme le sauveur héroïque qu’il est, Programmation bombe le torse, prend une grande inspiration pour bien signifier à quel point ce qu’il allait dire lui coûte, et propose galamment :
« Tu voudras que je t’aide, Alphachou ? »
« Oh par pitié, oui. »
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Manifestement, on n’a pas trouvé le moyen de remplir le plateau d’écureuil. Heureusement, le réalisateur est plein de bonnes idées, puisqu’il y a mis, à la place, une floppée de soldat sms, déguisés en écureuils. L’avantage, c’est que ça a un petit côté mignon, genre carnaval de classe primaire. Le désavantage, c’est que c’est un chaos complet, et que les autres acteurs doivent pratiquement hurler pour se faire entendre.
« Oui, alors, donc, vous voyez, » braille Gallois, et, apparemment, quand il hurle, sa voix part dans les aigus, « J’utilise des écureuils pour séparer les noisettes de leurs coquilles, parce qu’ils font ça vraiment très bien. Et puis, c’est tout mignon. »
« C’est vrai que c’est tout mignon ! » s’exclame Alphabet Anglais, grimaçante, les mains sur ses oreilles pour s’épargner le vacarme- un vacarme, en fait, que tout le monde semble ressentir à un niveau viscéral, si ce n’est SMS, désabusé, qui contemple la scène avec l’air d’un vétéran qui en a vu bien plus. « J’en veux un, D- euh, toi, figure parentale. »
« Non, » s’égosille Anglais, qui manque de tomber plus tôt que prévu dans le trou, en se faisant bousculer par un soldat qui passe en courant. « Tu as déjà beaucoup trop d’animaux. »
« Alors c’est moi qui vais en prendre un, » affirme Alphabet Anglais, avant d’ajouter, soudainement bien moins sûre d’elle, « Est-ce que ça veut dire que je dois m’approcher d’eux ? »
« Oui, » acquiesce SMS, « Mé tan fé pa, la plupar du tem, il morde pa. »
« Peste, une armée de petits Programmations, » murmure Service Secret, qui se souvient de toute évidence très bien de cette fois où Programmation l’avait effectivement mordu, alors qu’il essayait de changer sa couche.
« Grave pas cool, Papa, » s’indigne le concerné.
A côté d’eux, Alphabet Anglais esquisse quelques pas peu rassurés, le teint juste suffisamment trop pâle. On peut voir Anglais, juste derrière elle, qui a l’air de se tenir prêt à l’extirper des griffes des soldats sms si les choses tournaient mal. Il n’a pas le temps de faire grand-chose, toutefois ; déjà, la nuée de soldats écureuils entoure Alphabet Anglais, et l’entraîne résolument vers le trou, au milieu de la pièce, qui figure le vide-ordure, mais qui est en fait juste un petit trou avec un matelas au fond.
« Ailé pouri ! » affirme une petite soldate, qui est grimpée sur le dos d’Alphabet Anglais pour lui tapoter le crâne. « Jeté là dan le trou ! »
« Oué ! #PourrieGâtée ! » renchérit #, accroché à la jambe gauche de la pauvre actrice.
Les autres acteurs, le regard compatissant, l’observent se faire jeter dans le fameux trou ; puis, lentement, ils se tournent un à un vers Anglais, dans l’attente qu’il joue à son tour son rôle. Le roi pousse un soupir dramatique, rajustant dignement les pans de sa veste, comme un homme prêt à s’avancer vers sa potence. Il n’y a que Gallois qui n’a pas du tout, mais alors, pas du tout l’air compatissant. Si on ne le connait pas, on pourrait croire qu’il est même ravi.
« Ravi de vous avoir connu, » fait, très justement, Sa Royauté Anglais. « Service Secret, je ne te dis pas merci. »
L’intéressé se contente de le saluer de la main, sourire vaguement contrit aux lèvres. Enfin, Anglais s’approche à son tour des soldats ; et, deux pauvres petites secondes plus tard, il est à son tour jeté dans le trou, juste sur Alphabet Anglais qui n’avait pas eu le temps de sortir, en une série de piaillement de surprise et de douleur. Grimace des acteurs, sourire en coin de Gallois.
« Deux de moins ! » s’exclame-t-il, d’une drôle de petite voix douce. « Continuons la visite, il n’y a plus rien à voir. »
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Quatrième Interlude : Interview des Acteurs
« Alors, » commence Sa Royauté Anglais, assis sur sa chaise, avec, sur le visage, le reste d’un œil au beurre noir dû à sa rencontre impromptue avec Alphabet Anglais. « Je ne sais trop que dire, vraiment. »
Il n’est pas le seul à l’écran. A côté, il y a Service Secret, qui se mordille la lèvre inférieure comme s’il se retenait de lui rire au nez. Ils sont tous deux de retour dans leurs vêtements habituels. Si ce n’est pour ce fameux béret, toujours vissé sur le crâne du plus jeune.
« C’était un projet très intéressant, » tente-t-il, plein de bonne volonté et de compliment. « Oui, vraiment, un projet débordant de passion, comme toujours, avec Programmation. »
« Je ne dis pas le contraire, » concède Anglais. « Et, vraiment, il y a eu quelques moments mémorables, durant le tournage… »
« La fuite dans Foreign Forest, par exemple, » propose Service Secret, le regard hanté d’une drôle de petite lueur.
« Non, ça c’était terrifiant, » corrige immédiatement Anglais. « J’ai cru que mon cœur allait imploser. Et Allemand ! Le pauvre, quand il est tombé… ! Je le croyais déjà mort. »
« Imploser, quel intéressant choix de mot, » gazouille Service Secret. « Cela ne te rappelle rien ? »
Sa Royauté Anglais se contente de lui adresser un regard perplexe. Visiblement, non, ça ne lui rappelle rien. Et puis, Service Secret a l’air étrangement sérieux, pendant quelques secondes. Quelques secondes, seulement, parce qu’après un grésillement de l’écran, les choses sont redevenues parfaitement normal.
« Enfin, je ne pense pas que j’aurais accepté de participer, si tu ne m’avais pas plaidé la cause de la chose, » reprend Anglais, comme si de rien n’était. « Dire que tu as gaspillé ton joker pour ça. »
« Son joker ? » s’enquiert le réalisateur, derrière la caméra.
« Oui, » précise joyeusement Service Secret. « Une faveur pour une faveur. Techniquement, c’était à mon tour de te demander quelque chose. N’importe quoi. »
« Et tu choisis ça, » termine Anglais, avec un haussement de sourcil. « Choix intéressant. »
« Je crois que ce n’est pas là la chose la plus intéressante, » réplique Service Secret, sans préciser plus en avant ce qu’il entendait par là. « Enfin, voilà quelques souvenirs que je chérirais avec plaisir ! »
Il penche légèrement la tête sur le côté, observant, très brièvement, le contenu du verre qu’il tient en main. Son sourire s’étire, creuse une fossette. Son regard se plante droit dans la caméra. Une fois n’est pas coutume, il semble clair qu’il voit au-delà.
« De beaux souvenirs, oui. N’est-ce pas, Programmation ? »
C’est la fin abrupte de la courte interview. Juste un nouveau grésillement, et le claquement du clap noir et blanc ; il est temps de passer à la scène cinq.
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C’est l’avant dernière scène. Vous le savez, parce que, juste avant que celle-ci ne commence, durant le fondu au noir, vous entendez le réalisateur le chuchoter, juste à côté de la caméra. Lorsque celle-ci s’allume enfin, vous vous trouvez dans une grande salle blanche ; et tous les acteurs restants ont chaussés les fameuses lunettes bien rondes, avec un enthousiasme plus ou moins marqué. C’est-à-dire, avec force de sourires goguenards pour Gallois et Programmation, une moue circonspecte pour Service Secret, et une grimace de franc déplaisir pour SMS et Service Secret Junior. Sur le côté, on peut apercevoir un grand écran de télévision, extrait directement du salon de Programmation ; on y passe des extraits du JT de 20h. Vous constatez que Service Secret a l’air à la fois fasciné et vaguement horrifié par le fait que l’écran soit en couleur.
« Et donc, » commence Gallois, s’approchant à pas guilleret de l’écran, « Grâce à cette invention tout à fait réaliste, je suis parvenu à téléporter des tablettes de chocolat dans la télévision, de manière à ce qu’on puisse la récupérer et la manger. »
Se disant, il tend la main ; et, après une coupure parfaitement visible et pas tout à fait bien gérée, ses doigts, qui, jusqu’à lors, se heurtaient tristement à l’écran, se referment sur la fameuse tablette de chocolat- un carton avec le logo Wonka écrit dessus. Les autres acteurs applaudissent plus ou moins chaleureusement ; puis, Programmation se racle la gorge, parce qu’il sait très bien que c’est à son tour de briller.
« Ouais, mais c’est complètement pourave d’utiliser ça pour des chocolats. Moi, je dis qu’on devrait grave faire ça avec, genre, des gens. Comme moi par exemple. »
« Ça me semble très déconseillé, » remarque judicieusement Service Secret Junior.
« Oué, grav, » renchérit SMS.
Trop tard, bien sûr. Déjà, Programmation s’empresse de décamper hors champ. On l’entend brailler quelque chose ressemblant vaguement à « vers l’infini et l’au-delà ! », et, dans un éclair aveuglant sans le moindre doute obtenu en braquant une lampe dans les yeux des autres acteurs, il disparait.
« Il est parti, » précise SMS, pour les trois clampins qui n’aurait pas suivi.
« Pourquoi j’ai la sensation que ce serait quelque chose que Programmation ferait vraiment ? » murmure Service Secret.
« Parce que c’est le cas, » répond tout bas Service Secret Junior. « Il a essayé de construire la machine pour de vrai. On a dû la saboter. »
Les deux hommes secouent lentement la tête, entre résignation et amusement. Gallois jette un regard aux trois acteurs restant avec lui, puis dans la direction où est parti Programmation. Puis, son visage s’illumine tout entier, à tel point qu’il doit couvrir le bas de son visage de sa main gauche pour cacher un sourire un rien hors-sujet.
« Oh, mais c’est toute la famille, en fait, » roucoule-t-il.
« Le script, » geint Programmation. « Le script. »
« Mais ça par exemple ! » s’exclame Service Secret. « Regardez, c’est lui, dans la télévision ! »
« Mais oui, tiens donc, » réplique aussitôt Service Secret Junior. « Comme je suis rassuré de le voir en un seul morceau ! »
« A, mé cé con, ilé devenu tou peti m1tenan, » remarque SMS. « C pa ce ke japel 1 seul morsso. »
« Vite, que quelqu’un le saisisse ! » s’enthousiasme Gallois.
Les quatre acteurs entourent prestement la télévision ; et c’est finalement Service Secret Junior qui tend la main, et qui se retrouve, après une nouvelle coupure qui réussit l’exploit d’être encore plus visible que la précédente, avec une minuscule figurine de son frère cadet dans la main.
« Mon pauvre fils, » soupire-t-il. « Comment lui redonner une taille normale ? »
« Je lèm bi1 en modèl rédui, perso, » ricane SMS. « Il fé mo1 2 brui. »
« Bon, eh bien, ne reste plus qu’à envoyer ce charmant jeune homme directement dans l’étireuse à guimauve ! » rappelle Gallois, avec une grimace éloquente – il est clair qu’il e peut s’empêcher de réfléchir à l’horrible réalité d’une telle déclaration. « Vous allez voir, il sera comme neuf. »
« Je peine à cacher ma joie, » souffle Service Secret Junior, en guise de remerciement, avant d’enfin sortir du film, petite figurine en main.
« Sa fé lontem kon a pa entendu lé Oompas-Loompas chanté, je sui désu, » conclut SMS, juste à l’instant où l’écran se fond, peu à peu, dans son noir habituel.
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Cinquième Interlude : De réalisateur à acteur.
« Ouais ! » s’exclame Programmation, à l’instant même où s’allume la caméra, « C’était un vrai défi de réaliser et de jouer en même temps ! Surtout que je ne suis qu’un pauvre réalisateur amateur, hein. »
« Ah ça, on ne l’aurait jamais deviné, » marmonne Alphabet, sirotant une sorte de milkshake rose bonbon avec juste ce qu’il faut d’hésitation.
« Heureusement, » continue Programmation, qui fait tout pour faire genre qu’il ne l’a pas entendu, « J’avais avec moi une excellente équipe technique, composée de… Eh bien, juste Alphachou, parce que Binaire nous a laissé en plan au beau milieu du tournage, mais c’est cool quand même. »
« Cool, cool, » grommelle Alphabet, « Ça se voit que ce n’est pas toi qui devais gérer les prises sons et la caméra. Tout seul. On a carrément dû redoubler certaines scènes. »
« C’est la marque des vrais professionnels, » ment Programmation. « Enfin, tout ça pour dire que, malgré les deux casquettes que j’ai pu enfiler, je me suis personnellement bien fendu le bide, et j’estime avoir gérer ma race. »
Ce disant, il se tourne ostensiblement vers Alphabet, les yeux bien larges, papillonnant exagérément des cils. Le pauvre citoyen français le dévisage quelques secondes, parfaitement désabusé, avant de lever les yeux au ciel, et de concéder :
« C’est vrai que ce n’était pas trop mal. »
C’est apparemment un compliment suffisant pour Programmation, puisqu’il saisit brièvement la tête d’Alphabet pour lui écraser un baiser sonore sur la joue droite. Puis, il se souvient qu’il est toujours en tournage, et se penche précipitamment pour ramasser le clap qu’il avait fait tomber par terre. Le rattrapage aurait pu être parfait, s’il n’avait pas oublié de le faire claquer dans le champ de la caméra. Il oublie, pourtant, et vous n’avez qu’un claquement invisible pour signaler le passage à la dernière scène.
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Vous retrouvez les décors de la toute première scène, à savoir, l’extérieur du camp de Service Secret Junior. Il est pourtant évident que, cette fois-ci, les habitants n’avaient pu mettre leur travail en pause plus longtemps. En arrière-plan circulent une nuée de codes aux crânes rasés, lunettes de soleil et veste de costard, qui vaquent professionnellement à leurs occupations. Tout cela donne l’impression que Willy Wonka, depuis le début, est en fait à la tête d’une mafia chocolatière qui a pour but d’assassiner méthodiquement des enfants pas sages. Ce n’est pas si loin de l’idée du film d’origine, donc, eh bien, le réalisateur avait visiblement décidé de laisser passer.
Il ne reste plus que trois acteurs, qui marchent ensemble le long des allées. Gallois, qui a franchement l’air déçu que ça se finisse si vite, SMS, qui lui, a l’air ravi, et Service Secret, qui est trop occupé à contempler les environs avec fierté pour faire attention à ce qui se passe.
« Il ne reste plus que toi, Charlie ! » s’exclame Gallois, levant victorieusement les bras au ciel. « Tu es donc l’heureux gagnant ! »
« Chouete alor, » répond SMS, et on peut tout de même noter une certaine amélioration d’acting depuis le premier film- déjà, il ne lisait plus son texte du tout. « E keske je gagn ? »
« La chocolaterie toute entière ! » clame Gallois, balayant l’ensemble du décor d’un large mouvement de bras. « Parce que je suis vieux et j’ai besoin d’un successeur qui soit sympathique, tu comprends ? »
« Non, mé cé cool kan mèm, » concède SMS, qui, au fond, aurait vachement aimé avoir un camp comme celui de son grand-frère. « Sa veu dirk e je sui plu povr m1tenan ! »
« Le h a s a r d, » soupire Service Secret, ému.
Il est évident que le réalisateur est en train d’essayer de leur dire de faire quelque chose pour finir la scène. En effet, on voit son ombre qui s’agite, à l’aide de grands mouvements de bras compliqués et alambiqués. Les trois acteurs le fixent un instant d’un air perplexe- quelques secondes qui ont du inspirer le monteur, puisque celui-ci y a incrusté des rires enregistrés d’une sitcom des années soixante. Personne ne sut jamais ce voulu dire le malheureux réalisateur ; puisque c’est sur cette image de confusion poilante que s’achève le film, sur un retour de la musique joyeusement piratée de Danny Elfman.
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Vous contemplez le très long générique qui défile sur votre écran. La liste des acteurs, les remerciements larmoyants, et même une petite parenthèse d’excuse envers Elle, juste après les photos prises durant le tournage- une d’Haut-Alémanique, pieds dans le ruisseau, jusqu’aux mollets, qui foudroie le caméraman du regard ; une de Conjugaison, qu’Alphabet essayait courageusement de dégonfler, malgré les claires vociférations qu’elle jetait en sa direction ; une d’Anglais, ratatiné dans son trou avec son Alphabet, refusant tout deux de ressortir au milieu des troupes sms que personne ne parvenait à calmer ; et, enfin, une d’Allemand, de Service Secret Junior, et de SMS, tous les trois avachis dans un coin du plateau, ayant l’air aussi éreintés l’un que l’autre, avec un Gallois souriant qui s’était manifestement incrusté dans la photographie.
Tout ça est très émouvant ; et c’est manifestement l’avis du présentateur de l’émission, qui essuie quelques discrètes larmichettes, juste avant de commencer sa conclusion.
« Quelle aventure ce fut, mes amis ! » s’extasie-t-il, coude sur son bureau, veste mal enfilée, et cheveux enfin décoiffés. « Un tonnerre d’applaudissement pour tout nos merveilleux acteurs, notre costumier, notre équipe technique ! »
Il y a bien un petit applaudissement tout mou, hors-champ. C’est Binaire, qui ne le fait bien plus par sarcasme que par conviction. Vous savez que c’est iel, parce que vous entendez son commentaire. Un très discret commentaire.
« Ouais, et il serait temps que tu arrêtes tes conneries. »
Programmation l’ignore superbement. Il décoche, en votre direction, un sourire qui laisse voir toutes ses belles dents blanches, qu’il double d’un clin d’œil débordant de charisme.
« C’est tout pour cette deuxième édition du Programmation’s Remake Show ! J’espère, lecteur, que le voyage fut à la hauteur de vos attentes ! Nous nous retrouverons bientôt, peut-être, pour une nouvelle édition… en attendant, la bise, hein ! Mais genre, bise distanciée socialement. »
Sur ces très bons mots, le décor s’assombrit, tout s’y trouve noyé, si ce n’est la silhouette esseulée du présentateur. C’est la fin de l’émission. Cela, vous en êtes sûrs, parce que vous voyez surgir, sur votre écran, le mot suivant :
Disclaimer : Il s’agit là de la toute première édition d’une série de sept. Les personnages m’appartiennent, contrairement aux films parodiés. Cette première édition n’est pas représentative du ton générale de la série : pour l’instant, nous sommes surtout très proche d’une bonne grosse crack fic. C’est un AU qui se place après les évènements du livre, et je dois admettre que c’est l’un de mes projets favoris. Je ne vous le présenterais pas plus, et vais vous laisser le découvrir... J’espère que vous y trouverez votre bonheur !
Pairings : Messaging Services, Probet, mentions de Franglais
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PREMIERE EDITION
Vous êtes tranquillement installé sur le fauteuil de votre salon, télécommande à la main, le regard morne rivé sur l’écran de votre télévision. Vous vous ennuyez. Vous ne prêtez aucune attention à ce qu’il s’y passe ; votre esprit est ailleurs, sans doute. Bien mal vous en prend. Parce que, sans prévenir, voilà que la pub Coco Pops qui envahissait les pixels de votre écran disparait, comme si celui-ci venait de s’éteindre. Il ne s’éteint pas, pourtant ; il grésille quelques secondes, avant de virer d’une étrange couleur bleutée d’un autre monde.
Vous clignez des yeux.
Et puis, Programmation apparaît à l’écran, tout sourire, dans un décor clairement volé au Late Show de Steven Colbert. Il rassemble une série de papier, et vous êtes estomaqué de constater qu’il est vêtu d’un costume cravate parfaitement formel- si ce n’était que la cravate n’avait pas été mise correctement, et que c’était clairement une cravate volée à Alphabet.
« Bonjour à vous, lecteur ! » s’exclame joyeusement ce présentateur télé insolite. « Ceci est le premier épisode d’une émission qui, peut-être, pourrait devenir récurrente- le Programmation’s Remake Show ! »
La déclaration s’accompagne d’un jingle pas forcément très bien accordé, et d’un logo coloré qui s’éclata sur votre écran comme un crachat de peinture. Vous constatez que le présentateur se dandine déjà sur sa chaise, visiblement incapable de rester si longtemps immobile et droit quelque part.
« Dans cette émission, » continue Programmation, jetant une des feuilles de son script derrière lui, « Nous allons, sous vos yeux ébahis, rejouer, avec notre troupe d’acteurs parfaitement volontaires et parfaitement non payés, quelques scénarios de vos films préférés ! A notre sauce, bien sûr, hein, mais bon écoutez nous voulions juste partager nos passions, alors faites avec. Voilà. »
C’est maintenant le script tout entier qu’il envoie valser par-dessus son épaule, une pluie de feuille virevoltant devant la caméra. Quelqu’un grommela hors-champ ; vous supposez qu’il s’agit de Binaire, bien évidemment de corvée nettoyage.
« N’attendons plus, chers lecteurs ! » gazouilla Programmation, qui ne résista pas plus longtemps à l’envie de mettre ses pieds sur son bureau. « On commence tout de suite avec la Reine des Neiges. Kiffez votre race ! »
Un clin d’œil vers l’écran ; et, en une parodie des films Paramount des années cinquante, son visage s’emprisonna brièvement au milieu d’un écran noir percé du rond qui permettait de le voir, sous le son d’une petite musique joyeuse. Alors, seulement, le film commença.
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Ce fut d’abord le son d’un toussotement gêné, alors que l’écran n’est pas encore sorti du noir de sa transition. Et puis, on entendit, sans le moindre sens musical, un chœur de voix nasillardes s’élever, pour chanter l’introduction du film. Le décor apparut. C’était une peinture brouillonne d’une montagne enneigée, devant laquelle quelqu’un jetait des plumes d’oreillers dans l’espoir que ça ressemble à des flocons de neige. On vit entrer, dans le champ de la caméra, une pancarte, manifestement tenue par quelqu’un qui rampait en dessous, abordant fièrement le titre du film (écrit en tout petit, en haut, à gauche), et abordant humblement le nom du réalisateur (en très gros, bien au centre de la pancarte).
Et puis, pendant que deux petits soldats -habillés tout en vert, mais n’ayant pas été retouchés par l’équipe des effets spéciaux par manque de budget- faisaient glisser la peinture de montagne enneigé au loin, on put voir se construire, avec beaucoup d’ingéniosité, le décor minimaliste de ce qui devait visiblement faire penser à la cour d’un château.
Enfin, on y poussa, sans la moindre somation, un SMS déguisé en petit garçon, la tête couverte d’une perruque rousse, et Service Secret Junior, placide, sous sa perruque platine. Les deux frères se jetèrent un regard lourd de sens, alors que le réalisateur, derrière la caméra, leur adressait de grands pouces approbateurs. Puis, SMS se racla la gorge, le regard rivé sur le prompteur qui faisait défiler le texte.
« Oh, bah, te voilà, Elsa, ma sœur ainé doté 2 pouvoir magik 2 glasse. »
« Oui, en effet, » récita platement Service Secret Junior, dans un soupir fatigué. « Que puis-je faire pour toi, Anna, ma petite sœur cadette qui elle n’est pas doté de pouvoir ? »
« E bi1, je voudré 1 bonome 2 neig, » déclara SMS, plein d’une inégalable conviction. « Genr, m1tenan. »
A cet instant, on put admirer tout l’extension du budget alloué aux effets spéciaux. Service Secret Junior agita vaguement la main gauche, pour que celle-ci s’illumine du bleu de sa magie linguistique. Un malheureux figurant, qui, à n’en point douter, était Alphabet, se dressa alors devant la caméra, déguisé en bonhomme de neige, entouré de flocons incrustés grâce à Windows Movie Maker. SMS, en traînant des pieds, entreprit d’avoir l’air de s’amuser sous ces inexistants flocons, qui ne cessaient de tomber, de plus en plus drus.
« Ne bouge pas trop, Anna, je pourrais accidentellement de blesser à cause de cette magie que je ne contrôle pas tout à fait, » prévint Service Secret Junior, qui ne se rendit compte qu’à cet instant qu’il était supposé faire plus de lumière magique, et qui agita un peu plus frénétiquement les mains.
« Jenten pa, » affirma SMS, qui entendait très bien, et qui en avait eu sa claque de faire semblant de jouer sous la neige.
« Je perds le contrôle, » signala Service Secret Junior. « Oh, non. »
La manifestation de la perte de contrôle des pouvoirs d’ « Elsa » fut, en fait, une boule de fausse neige que quelqu’un jeta droit dans la tête de SMS, envoyant valser avec elle la perruque rousse de la pauvre langue.
« Mé Smilé, vise mieu ! » couina le tyran, juste à temps pour qu’on l’entende malgré le dramatique fondu au noir.
Une fois n’est pas coutume, la transition semblait presque professionnelle ; le fondu au noir laissa peu à peu place à un nouveau décor, qui semblait être la porte d’une chambre. Visiblement, on essayait de faire croire que c’était une chambre de château, mais c’était surtout une chambre d’hôtel délabrée. Devant la caméra, il y avait maintenant trois personnes : SMS, dans son costume d’enfant scandinave, Signes, dans une longue robe royale, et Service Secret, qui avait visiblement eu la bonne grâce de jouer le jeu et d’abandonner brièvement son style habituel pour se retrouver en tenue princière.
SMS sembla prendre conscience que la scène avait commencé, lorsque le réalisateur souffla « Action ! » derrière sa caméra ; il leva la main, et frappa mollement à la porte.
« Je voudré 1 bonome 2 neig, » bougonna-t-il, et si on pouvait saluer quelque chose, c’était qu’il avait au moins fait l’effort d’essayer de chanter. « Pk g pa le droi 2 voir Service Secret J- euh, Elsa ? »
« Parce que, fils, » répondit Service Secret, qui avait l’air d’être le seul à s’enjailler, « les trolls qui vivent dans les montagnes nous ont signalé que ses pouvoirs pouvaient être dangereux, et, puisque nous sommes d’affreux parents qui préférons enfermer notre enfant différent plutôt qu’accepter cette différence avec la fierté qu’il se doit, nous avons décidé de laisser ta sœur vivre seule dans la solitude et la culpabilité en craignant ce qu’elle est. »
« Mé, cé orible, » s’indigna SMS, appuyée par Signes qui hocha vigoureusement la tête.
« Absolument ! » approuva Service Secret. « Mais c’est dans le scénario. »
« J’aimerais bien qu’on le suive, d’ailleurs, ce scénario, » rappela le réalisateur, qui ne pouvait pas se permettre d’être agacé parce que, eh bien, on ne s’agaçait pas contre son père et sa belle-mère.
« Oué ba ilé nul ton scénario, » ronchonna SMS, dans cette moustache qu’un enfant ne devrait certainement pas avoir. « Mé du kou, papa, si je peu pa parlé à Elsa, je sui tout seul aussi ! »
« Mince, c’est vrai, » fit Service Secret, esquissant une superbe moue faussement pensive, qui avait le mérite d’être la seule expression convaincante depuis le début du film.
« Keskon fé, du kou ? » s’enquit SMS, plein d’espoir, redressant sa perruque rousse d’un geste agacé.
« Toi, je ne sais pas, fils, » conclut Service Secret, prenant la main de Signes dans la sienne, « Mais nous, nous allons monter dans un bateau qui va, hélas, couler en mer, parce que nous sommes des parents dans un film Disney et que c’est une honte que nous soyons encore en vie. »
« Mé, » commença SMS.
« Au revoir ! » salua Service Secret, se laissant entraîner hors du champ de la caméra par Signes. « Je vais mourir, encore ! »
« Pourquoi t’as ajouté le « encore » ? » geignit le réalisateur.
Il n’eut pas de réponse ; quelqu’un joua trois notes dramatiques sur un piano, et la scène changea, une nouvelle fois. On quitta la chambre délabrée de l’hôtel, pour se retrouver dans le hall délabré de ce même hôtel. On pouvait souligner une audace remarquable de ce film amateur, qui, pour cette nouvelle scène, avait eu le courage de laisser fourmiller l’écran de figurants. On notait, par exemple, Sa Royauté Anglais, dans le rôle du prêtre qui s’apprêtait à couronner Elsa, Président Français, visiblement convaincu par le précédent monarque d’accepter le rôle du duc de Weselton, et Gallois dans le rôle d’un habitant enthousiaste. Service Secret Junior entra en scène, le pas tranquille, qui, à défaut d’être convaincu, avait le mérite de ne pas être trop mou. Quelqu’un avait jugé bon de le faire changer de costume ; le problème, c’était qu’il n’avait pas l’habitude de marcher avec une cape, et manquait à plusieurs reprises de se prendre les pieds dedans.
« C’est le jour de mon couronnement, » signala-t-il, « Puisque je viens d’avoir dix-huit ans, et que mes parents sont morts en mer. J’espère que personne ne découvrira ce secret que j’ai enfermé dans un placard métaphorique. »
« Oh la la, » marmonna Président Français, qui était en fait en train de faire un effort et de lire son texte. « Il y a quelque chose d’étrange avec cette famille royale. J’ai bien l’intention de découvrir ce que c’est. »
« Perso, » interrompit SMS, qu’on venait de pousser sur scène parce qu’il avait oublié qu’il jouait dedans, « Je men fich du couronemen, je ve just trouvé l’amour. »
« Et moi, » termina Binaire, dans le rôle de Hans, qu’on avait étrangement décidé d’affubler d’une veste cerise, « Je suis une sale race et je veux juste le pouvoir. Je vais donc aller séduire cette dinde naïve, juste ici. »
SMS lui adressa un regard positivement venimeux, parce que, fiction ou pas, il n’appréciait pas être traité de « dinde naïve » par qui que ce soit. Et puis, surtout, ce n’était pas dans le script, si on en croyait le sourire suffisant qu’aborda Binaire.
« Vou zèt charman, Monsieur, » grinça le tyran, comme si ces mots lui était physiquement douloureux.
« Je sais, » se rengorgea Binaire, parce qu’après tout, c’était vrai. « Veux-tu m’épouser ? »
« Grav, » fit SMS, du bout des lèvres.
« Je ne suis pas d’accord, » intervint Service Secret Junior, faisant l’effort de se donner un air autoritaire. « On n’épouse pas un homme qu’on a rencontré le jour même. »
« C’est bien vrai, » approuva, tout bas, Sa Royauté Anglais.
« Tu peux dire ça, chaton, quand tu n’épouses même pas un homme que tu as rencontré il y a deux mille ans, » souffla, tout bas, Président Français.
« Mé je lèm ! » coupa SMS, qui avait au moins la bonne volonté de respecter le script de son frère. « Done ta m1, Service Secret Junior, fo ke je retir ton gan. »
« Ah, en effet, c’est vrai, » concéda Service Secret Junior, tendant la main gauche pour que SMS puisse continuer à faire efficacement avancer l’intrigue.
Le gant fut ainsi retiré, et jeté en arrière dans le public- plus précisément, au visage du pauvre Gallois qui n’avait rien demandé, et qui adressa, en arrière-plan, un regard malheureux vers Haut-Alémanique, présent sur le plateau par on ne savait trop quelle opération du Saint-Esprit. De toute façon, l’attention du spectateur ne se portait pas sur eux, puisque Service Secret Junior prenait grand soin d’illuminer la scène du bleu de sa magie.
« Oh non, je perds le contrôle, » expliqua-t-il, pour le spectateur inattentif.
« Sorcellerie ! » beugla Président Français, étrangement enthousiaste dans son rôle.
La scène atteint le summum de sa tension ; Service Secret Junior, en héros tragique, roula des yeux, soupira, et sortit de la scène en trottinant pour figurer la fuite éperdue de la reine Elsa, alors que l’un des spectateurs (probablement Gallois) se fendait d’une exclamation de surprise parfaitement convaincante.
L’écran se noya dans l’incrustation des flocons de mauvaises qualités ; une transition qui, à défaut d’être belle, était efficace, puisqu’elle permit de faire disparaître la scène actuelle, pour laisser apparaître la scène suivante. Et on sentait, à l’expression qu’abordait Service Secret Junior, escaladant une colline sans le moindre enthousiasme, que c’était une scène particulièrement redoutée par l’acteur improvisé.
Pendant quelques secondes, il n’y eut que le silence, le chant d’un oiseau particulièrement joyeux, et les plumes d’oreillers que quelqu’un faisait tomber du haut de la colline. Regard caméra de Service Secret Junior ; il n’y avait pas besoin d’être un génie pour comprendre qu’il suppliait le réalisateur de ne pas le forcer à chanter.
Mais le réalisateur était impitoyable. Service Secret Junior soupira profondément.
« Bon, eh bien, puisque mon secret est découvert et qu’on m’a fait comprendre que c’était là un secret dangereux, je vais maintenant vivre toute seule dans les montagnes. C’est cool, en fait. »
« La chanson ! » s’indigna le réalisateur. « Chante la chanson ! »
« Libérée, délivrée, » se résigna Service Secret Junior, qui, de fait, ne chantait pas tout à fait faux, mais n’avait certainement pas la voix pour une chanson pareille. « C’est décidé je m’en vais. »
Pendant cette émouvante prestation, on put apercevoir plusieurs soldats SMS courir autour de l’acteur principal, pour placer un fatras de tableau, de toile et de décor en carton représentant les murs d’un château de glace ; et, franchement, ce n’était pas si laid que ça à regarder, de loin, en plissant des yeux et en étant bigleux. On avait presque l’impression de voir Elsa le construire, ce fameux château, quand on avait une excellente imagination.
« Perdu dans l’hiver ! » conclut Service Secret Junior, levant mollement les bras, et, non, décidément, cette note, il ne l’avait pas du tout. « Le froid est pour moi le prix de la liberté. »
« Magnifique, » applaudit le réalisateur, ému aux larmes.
Il n’eut, pour seule réponse, qu’un regard particulièrement dubitatif de son frère aîné. Et puis, la caméra se détacha de la scène face à elle, pour descendre, en une tentative de travelling, la colline qu’elle avait montée ; mais c’était surtout évident que quelqu’un avait cru que ce serait une bonne idée de la faire rouler sur une chaise de bureau, et on ne put que noter les cahots anarchiques provoqués par la descente tumultueuse. Elle ne s’arrêta que de justesse devant une petite maison, généreusement prêtée par Espéranto pour les besoins du tournage, sur le devant de laquelle on avait accroché une pancarte annonçant qu’il s’agissait là d’une boutique montagnarde.
Devant, il y avait, en effet, un stand croulant de babioles évoquant vaguement la randonnée ; et, derrière, on y avait assis un pauvre Alphabet, misérable, dans son pullover et son bonnet brodé par Smiley. Il était toujours moins misérable que SMS, qui se traînait vers lui comme une âme en peine, avec sa perruque rousse.
« Ah, ça par exemple, je ne m’attendais pas à voir quelqu’un par un temps pareil, » tenta Alphabet, allant jusqu’à ponctuer l’enthousiasme de ses paroles d’un petit salut de la main. « Tant de neige, en plein été ! »
Bien sûr, il n’y avait pas de neige du tout ; on était au début du printemps, et le budget de fausse neige et de plumes d’oreiller avait déjà été bousillé par les scènes précédentes. Clairement, le réalisateur en appelait à l’imagination de son spectateur. Une imagination qui devait faire défaut à SMS puisqu’il jeta autour de lui un regard hanté par la plus grande des incrédulités.
« Uh, oué, » répondit « Anna », par soucis de respecter le script. « C pour sa ke je sui là, je doi alé dan lé montagne récupéré ma seur magik ki fé négé. »
« Eh bien, c’est pas banal votre histoire, » remarqua fort justement Alphabet.
Ce fut à ce moment parfaitement bien choisi qu’on choisit de pousser un nouveau personnage sur scène. C’était MMS, qu’on n’avait pas réussi à déguiser tout à fait, mais qui avait visiblement accepté un compromis, et avait troqué son képi pour le bonnet de Kristoff. Cela mis à part, il gardait son long manteau noir.
« Ah… » souffla-t-il, et il était clair qu’il aurait déjà été blasé s’il n’avait pas eu le privilège de jouer le love interest de SMS. « Par le plus grand des hasards… Moi, Kristoff, qui connait parfaitement la montagne susnommée… vais entrer dans cette boutique pour acheter des carottes. »
« Ça tombe bien, j’ai des carottes, » proposa Alphabet.
« C’est trop cher, » répondit MMS, avant d’ajouter, par plaisir de pouvoir insulter Alphabet en toute impunité, « Vous êtes un charlatan. »
Il y eut quelques secondes de silence. Regard caméra d’Alphabet, qui, les yeux larges et le visage soudainement déconfit, cherchait manifestement à plaider sa cause auprès du réalisateur.
« Ne me dit pas que c’est la scène où je dois menacer physiquement Kristoff et le jeter dehors ? »
MMS se fendit d’un très fin sourire. Personne ne sut ce que répondit le réalisateur ; toujours est-il qu’Alphabet, la mine défaite, contourna sa table pour rejoindre MMS. Il dut se mettre sur la pointe des pieds, pour que, finalement, le grand blond daigne baisser la tête pour lui permettre de saisir son col, et pour qu’il puisse subtilement l’entraîner hors du champ de la caméra.
« Et que je ne te vois plus, gredin, » balbutia-t-il.
« Kel otorité, » gazouilla SMS.
« Ça c’est mon homme, » fit la voix du réalisateur.
« Ce n’est pas dans le script ! » s’égosilla Alphabet.
Fondu au noir particulièrement lourd de sens, qui permit, avec une efficacité sans pareil, de graver ces sages paroles dans l’esprit du spectateur. Nous retrouvâmes ainsi SMS et MMS, marchant au milieu de la « montagne », accompagné d’un figurant qu’on avait obligé à enfiler un costume de renne. Ce figurant, évidemment, c’était Smiley.
« Je regrette d’avoir accepté… de vous servir de guide… pour quelques carottes, » commença MMS, qui n’avait pas l’air de regretter du tout.
« Mé non, » répondit très justement SMS. « E pui, nou some sûremen bi1tô arivé ! »
« Bonjour, » marmonna Alphabet, qui avait retrouvé son costume de bonhomme de neige, et qui était contraint de revenir une nouvelle fois devant la caméra. « Je m’appelle Olaf, et j’aime… les gros câlins. »
« F, » murmura Smiley.
« O, 1 bonome 2 neig ki parle, constata SMS.
« Chouette, alors, » soupira MMS. « Il ne manquait… plus que cela. »
« On a plus le temps ! » intervint le réalisateur. « Il va falloir rusher la fin ! »
« Et couper ça au montage, » fit remarquer Alphabet.
« Ouais, grave, » approuva le réalisateur, qui n’avait visiblement pas écouté ce merveilleux conseil.
Cette fois-ci, on n’essaya même pas de donner un semblant de cachet à la transition par le biais d’un fondu au noir ; non. Le plan précédent était sur MMS, SMS, Smiley et Alphabet, et puis, tout à coup, on se retrouvait dans le « palais » de Service Secret Junior.
Service Secret Junior qui avait un minimum de conscience professionnel, et qui était déjà occupé à avoir l’air tourmenté. Ce n’était certainement pas une émotion très difficile à jouer, compte tenu du désespoir certain qu’il éprouvait à voir la chose s’éterniser.
« Que faire, » clama-t-il, et on sentait qu’il palliait au manque total de direction d’acteur en se raccrochant aux seules pièces de théâtre qu’il avait pu voir- une représentation d’Hamlet dans un collège de Perpignan. « Ma sœur, Anna, est venu troubler ma quiétude en m’annonçant que j’ai accidentellement plongé le royaume entier dans un hiver éternel ! Et moi, malheureuse, qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fait ! Las ! J’ai gelé le cœur de ma sœur, avant de la jeter hors de mon palais. Ah ! Pourra-t-elle seulement être sauvée ! »
« Wow, » murmura le réalisateur.
« J’ai trouvé la Reine ! » déclara Binaire, qui entrait, flamboyant.e dans sa veste cerise, arbalète à la main. « Ne la tuez pas, il me la faut vivante pour le reste de mon plan machiavélique ! »
« Ciel ! » répondit Service Secret Junior. « Je suis capturée ! »
Et de fait, c’était vrai ; voilà qu’une foule de soldat SMS surgissaient, comme des fourmis, pour se saisir de l’acteur, et l’entraîner hors de scène. Une scène qui avait, par ailleurs, eu de drôles d’accents de poignantes tragédies ; saluons donc la conviction des acteurs, et surtout, de la production qui n’avait pas eu besoin d’être trop présente, et donc, qui n’avait pas pu être moche.
On sentait, de toute façon, qu’on approchait au dénouement du film ; puisque la scène qui suivit, toujours aussi abrupte et mal introduite, nous permit de retrouver SMS, dont la perruque était devenu blanche, qui, avec tout le manque de volonté possible, se laissa tomber dans les bras d’un.e Binaire tout aussi peu impliqué.e dans la situation.
« G le keur gelé, » signala SMS, bougonnant.
« C’est très malheureux, » concéda Binaire.
« Lé trol on di ke seul 1 bésé damour véritabl peu me sové, » continua SMS.
Binaire leva les yeux au ciel ; puis, iel se pencha, et saisit le menton de SMS entre ses doigts pour lever son visage vers lui. Les deux se foudroyèrent sombrement du regard. La tension s’étira.
« T’as pas intérêt à embrasser mon bébé frère, » menaça le réalisateur.
« Oui, » approuva la voix doucereuse de MMS, hors champ, lui aussi.
« De toute façon, je ne t’aime pas, » laissa finalement échapper Binaire, qui, tout à son animosité, en avait oublié son texte.
SMS soupira de soulagement, cet e qui n’était clairement pas la réaction qu’il aurait légitimement dû avoir s’il avait voulu jouer correctement son rôle. Qu’importait ; la scène était fini, après avoir été si rondement et brillamment menée. Le décor s’effaça une dernière fois ; et, puisqu’il n’y avait clairement pas le budget pour fabriquer tout un blizzard et une fin épique pleine de magie, d’épée, de statue de glace et de fonte de tout un fjord, et bien, le réalisateur prit visiblement le choix audacieux de ne pas faire de climax du tout, et de terminer sur un simple panneau « Tout est bien qui fini bien ! :D » écrit en blanc sur fond noir.
Après quoi, le générique défila, incluant le nom de toutes les malheureuses victimes impliquées dans cette chose ; tout cela, sur une reprise pour le moins intrigante de « Libérée, Délivrée » par Sa Royauté Anglais, que personne ne saurait sans doute jamais vraiment expliquer.
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Vous clignez des yeux, pas vraiment certain de ce que vous venez de voir. Sur l’écran de votre télévision, le sourire béat de Programmation est de retour ; à l’exception près qu’il avait enlevé cravate et veste, parce que, franchement, ça bridait ses mouvements.
« Et c’est la fin de notre premier épisode ! » se rengorgea l’imbécile, fier comme un paon. « N’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne, à nous suivre sur les réseaux, vous avez le topo. Nous attendons vos suggestions en commentaire, tout comme vos contributions- après tout, l’auteur n’est pas le seul à avoir accès à nous autres, eh ? »
Il se dresse sur sa chaise, frappant le bureau du plat de ses deux mains, avant de pointer un doigt énergique vers l’œil de la caméra qui le filmait. Un dernier clin d’œil.
« C’était le Programmation’s Remake Show ! A très bientôt, lecteur ! »
Et on va mettre ça là, parce que ça fait bien : FIN