Pis c’est totalement réciproque. Je capote. Il est aussi intense que moi pour ces affaires là. Alors on est deux adultes, comme des ados, déjà à se dire qu’on s’aime, à s’écrire et se parler toute la journée. Pis qu’on va se revoir d’ici la fin de l’année. Parce que bien sûr les amours de vacances c’est magique, c’est full romantique, mais il est à Cardiff et moi à Montréal.
Bref
J’étais occupée sorry. J’ai pas été assidue ici. J’ai ignoré (presque) tout le monde. Je reviendrai trop soon.
J’ai donc un amoureux (le Patron) + Un amant américain ici (Punk) + Un bloke from Wales (le Prince de Galles)
Pretty lush. 🇨🇦 🇺🇸 🏴 So international.
Je prépare un 20e blogue
Parce que whoah j’ai trop de choses à raconter sur notre relation. De la même façon que je le fais avec Punk sur @intellectuallovers
Disclaimer : Il s’agit d’un texte qui, contrairement à la plupart de ce qui est posté par ici, est complètement canon- et ce, sans qu’il ne soit nécessaire d’avoir lu le livre avant. On quitte les personnages principaux du roman, et on s’attache un peu aux personnages principaux de l’univers étendu : nos dialectes révolutionnaires. Et ce cher Haut-Alémanique, qui est p a r t o u t. Le texte commence à être un peu vieux, puisqu’il a presque deux ans, maintenant, et si mon style d’écriture a probablement évolué depuis, j’espère qu’il vous plaira tout de même. De même, le dessin est fait par @mimmixerenard (on ne change pas une équipe qui gagne !) et s’il y a un nombre phénoménal d’incroyables fanarts qu’iel a fait autour de ces deux personnages, j’ai dû me restreindre à un seul- et j’ai choisi l’un de mes favoris. Enjoie !
Pairings : Heinrich Attinger / Haut-Alémanique x Carwyn Gibson / Gallois (Dumbasses Boyfriends)
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C’est un gamin. Il a l’air de l’être. Son visage ne s’est pas encore débarrassé de la rondeur enfantine qu’on voit chez les tout jeunes adultes. Sa peau est lisse, est tout juste rosée. Son sourire est large, est plein de petites dents bien blanches. Il creuse une fossette dans sa joue droite. Son regard est sombre. Il semble être noir. Il est plissé par des petites rides d’amusement, de celle qu’on voit souvent ourler les yeux des gens qui ont coutumes de beaucoup sourire. Il est empli de petites bulles de lumière. Il est noir, mais ce n’est pas un noir qui semble agressif, ni même tranchant. C’est un noir mélancolique et doux, comme une encre qui se déverse sur une feuille blanche. Il a l’air innocent. Son visage d’enfant est couronné de boucles blondes, tout à fait dorées, sous la lumière ocre du repère de Catalan. Il a un air d’innocence frappant. L’un de ces airs qu’on trouve chez ces vieux poètes romantiques allemands. Qui se promènent dans les bois, foulard autour du cou, et qui contemplent les feuilles qui tombent avec la morgue nostalgie mélancolique d’un homme qui pense à la mort. Il n’a pas de foulard autour du cou, lui. Mais son pull est bien trop grand pour lui. Les mailles, mal tricotés, lui avalent les mains, englobent sa silhouette. Il a l’air jeune, il a l’air innocent. Pourtant, Haut-Alémanique sait qu’il est plus âgé que lui. Qu’il est plus important que lui. Mais il l’a, cet air-là. Cet air angélique.
Cet air d’abruti profond.
Et c’est à lui qu’il sourit, l’abruti profond. Il a, autour de lui, pléthore d’autres dialectes qu’il aurait tout aussi bien pu aller déranger. Il aurait pu décocher son sourire d’angelot ignare à Catalan, qui, visiblement, est ravie de voir cette nouvelle recrue parmi eux. Il aurait pu aller tendre sa main toute lisse, toute fragile, toute délicate, à Sicilien, qui se serait fait un plaisir de la broyer sous sa poigne. Il aurait même pu, vraiment, aller se taper la discute avec sa geignarde de sœur, pour ce qui lui en coûtait.
Mais non. C’est lui qu’il est venu voir. Avec son sourire de con et sa main de fillette. C’est lui qu’il était venu déranger, alors qu’il lisait sur sa caisse, dans son coin, sans rien demander à personne. C’est à lui qu’il avait eu la brillante idée de venir baragouiner ses mots dans sa langue, à lui tout seul, gamin à la tronche d’ange qu’il était. Dans sa langue à lui, oui. Parce que lui était une langue. Haut-Alémanique, non.
« Helo, dwi’n Cymraeg ! Braf cwrdd â chi ! »
Un baragouinage, vraiment. Une suite de syllabe qui ne veut strictement rien dire. Haut-Alémanique prend quelques secondes pour le toiser, tout simplement, du regard. Observant, tour à tour, la main tendue, le sourire, le regard doux sous les boucles blondes. Puis, lentement, prenant grand soin de conserver un regard aussi méprisant qu’impassible, il tourne la tête. Comme prévu, Traducteur Automatique s’est matérialisé, à l’instant même où l’autre abruti avait décidé de lui vomir ses consonnes au visage. Et il a l’immense amabilité de lui brandir, juste sous le nez, un panneau comportant la traduction- à savoir : « Bonjour, je suis Gallois ! Ravi de faire ta connaissance ! »
Mais quel con.
Lorsqu’il reporte, de nouveau, son attention sur le dénommé Gallois, il s’est déjà écoulé plusieurs secondes. Plusieurs secondes de silence complet, pendant lesquelles il sent très bien les regards de tout ces pseudo-révolutionnaires qui se pensent tous malheureux et misérables, alors qu’ils ont, à eux seuls, bien plus de reconnaissance qu’Haut-Alémanique n’en aurait jamais.
Il admet qu’il veut bien reconnaître à la langue intrusive une certaine forme d’abnégation. La main tendue ne vacille même pas ; et son sourire reste vaillant, malgré la tornade qui s’annonce chaque seconde plus violente.
Il voit, du coin de l’œil, Catalan qui a l’air de le supplier du regard. Sois gentil, lui hurle-t-elle mentalement. C’est notre nouvelle recrue. C’est un soutien précieux.
Sa mâchoire se crispe. Le regard de Gallois ne le quitte pas une seconde. Il devine qu’il doit commencer à avoir des crampes. Alors, il prend le temps de se relever. De déposer le livre qu’il lisait sur le bois de cette caisse qui lui sert de trône. De le toiser, encore une seconde ou deux. Il est bien plus grand que la langue. Gallois semble minuscule, à flotter dans son grand pull. Un gosse, en tout point.
« Tu n’as rien à faire ici. Dégage. »
Le sourire ne tombe toujours pas. Agaçante constatation. Maigre consolation, la main s’abaisse enfin. Elle se plante sur la hanche de son vis-à-vis, qui dresse, fièrement, le menton. Haut-Alémanique éprouve, juste un instant, le besoin fugace de lui arracher ce fichu sourire, et de le lui faire bouffer. Lui qui est tellement plus que lui. Et qui, pourtant, ne semble rien avoir d’exceptionnel.
La vue de la gueule souriante l’horripile. Il sent qu’il ne peut la supporter une seconde de plus. Alors, il se détourne, et, sans un mot de plus, il sort de la pièce. Il sent le regard déçu de Catalan qui le suit. Celui, hilare, de Sicilien, qui, comme toujours, se paye sa tête. Il brûle de leur hurler dessus. De les attaquer, peut-être. Qu’ils cessent de le contempler comme une bête nuisible.
« Je crois que je l’aime bien, » fait, soudainement, Gallois, juste au moment où il claque la porte derrière lui.
Mais quel abruti… !
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« Mais tu es complètement con, bordel ! Complètement con ! Tu crois quoi ? tu crois que ton fichu statut de langue te donne le droit de faire les pires conneries possibles et de t’en sortir sans la moindre anicroche ? Merde ! Tu aurais pu tout faire foirer ! Certains d’entre nous ne sont pas juste ici pour se divertir, ou pour se donner bonne conscience ! Certains d’entre nous essaye de prouver leur importance ! De prouver qu’ils ont une place au milieu, peut-être même au-dessus, de tous ces abrutis bouffis ! Alors, pour l’amour d’Elle, cesses de te conduire comme le dernier des abrutis, et agis comme la putain de langue centenaire que tu es supposé être ! »
Il se tait. Il est à bout de souffle. Son coup d’éclat lui a fait monter le rouge aux joues ; il se sent qui halète. Il se sent ridicule, également, maintenant que le sac est vidé et que les griefs sont crachés. Il remonte, fébrilement, les manches de sa chemise, comme pour se donner contenance. Il sent l’une de ses mèches de cheveux qui pend, mollement, sur son front, qui s’est couvert de gouttelette de sueur. Il a presque honte, en fait. Il sait que sa voix avait fini dans un aiguë peu glorieux. Qu’il avait été, sans doute, incompréhensible tout du long de sa diatribe, avec son fichu accent dont même Traducteur Automatique semblait incapable de le débarrasser.
Face à lui, Gallois est muet. Ses yeux sont écarquillés. Il ne bouge pas, il est figé. Et, pendant quelques instants, Haut-Alémanique a la certitude qu’il a, enfin, réussi à le blesser, à le toucher, à l’atteindre. Après toutes ces semaines, tout ces mois, passés à lui cracher à la gueule à la moindre occasion. Pourquoi ? Il n’en était même pas sûr. Parce qu’il avait l’air désespérément stupide ? Parce qu’il était ridiculement bienveillant ? Ou, tout simplement, parce qu’il cherchait, maladroitement, à se prouver qu’un dialecte aussi insignifiant que lui pouvait avoir suffisamment d’importance pour avoir un impact, quel qu’il soit, sur une langue. Et que, les jours passant, et le sourire persistant, il avait fini par nourrir l’amère constatation que ce n’était pas le cas. Qu’il avait fini par sentir grandir en lui une véritable rancœur envers Gallois.
Mais non. Une nouvelle fois, c’est un échec. Le sourire est plus doux, plus timide, mais le sourire est toujours là. Il doit le savoir, pourtant. Gallois. Que l’erreur qu’il avait commise n’est pas si grave. En vérité, ce n’est rien du tout. C’est juste l’accumulation de toute la frustration de Haut-Alémanique qui lui a explosé en pleine figure.
Et pourtant, il sourit. Comme s’il était vraiment en faute, et comme si Haut-Alémanique n’avait rien dit d’autre que la plus pure des vérités.
« Tu as raison, » fait-il, le timbre insupportablement doux. « Je suis désolé. »
C’est au tour du dialecte de ne plus trouver les mots. D’en rester coi, encore haletant, mains sur les hanches, et cheveux en pagaille. Personne ne dit rien, de toute façon. Tout les regards sont fixés sur eux, et il se sent comme une bête acculée. Il aurait certainement montré les crocs, tenté de se défendre, s’il ne venait pas, à l’instant, d’éclater.
« Mais, tu sais, » reprend Gallois, si plein de compassion et d’empathie qu’Haut-Alémanique sent qu’il ne va apprécier ce qui va suivre, « Tu ne pourras établir ton importance que si toi, tu y crois. Et j’ai l’impression que ce n’est pas le cas. »
C’est tellement vrai, tellement profondément vrai, que les mots qu’il aurait pu vouloir prononcer se font ravaler tout net. Il les sent qui s’absorbent dans sa propre gorge, qui se coincent, qui s’effritent et se retiennent, comme s’il s’étouffait, au passage, avec. Il s’efforce de rester impassible. C’est difficile. C’est affreusement difficile.
Et puis, Gallois se hausse sur la pointe de ses pieds, et pose sa main droite sur l’épaule d’Haut-Alémanique. Il n’a pas l’air d’avoir conscience qu’il est le premier membre du groupe à le toucher.
Qu’il est le premier membre du groupe à le regarder, comme ça. Avec ses grands yeux noirs dans lesquels il lui semble se noyer. Comme s’il était son égal. Lui, qui est une langue. Et ce, peu importe ce que pouvait lui dire le dialecte.
« Alors, je sais que ce n’est sans doute pas grand-chose, venant de moi, et que tu pourrais même trouver ça ridicule. Ou, je ne sais pas, méprisant, peut-être. Ou condescendant. Mais je pense que tu es important, Haut-Alémanique. Et que, peu importe ce que peuvent en dire tous ces vieux abrutis bouffis, comme tu dis, tu es déjà une langue. »
Haut-Alémanique ne répond toujours rien. De toute façon, il n’en aurait pas eu le temps. Il y a déjà Breton qui interrompe, tout net, la conversation. Il ne sait pas pourquoi. Sûrement qu’elle a quelque chose à dire à son frère. C’est comme s’il était plongé dans un épais brouillard. Les mots tournent en boucle. Il se dit que c’est rare, que les mots ne fassent pas mal. Que c’est rare, que les mots le fassent se sentir… presque plus léger.
Qu’importe. Breton traîne son petit frère derrière elle. Et celui-ci, pour changer, lui décoche son éblouissant sourire de gosse. Le salut joyeusement de la main, comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde.
Haut-Alémanique s’est raidit, dès les premières syllabes de cette étrange imprécation. Il sent, sur ses épaules, les deux mains fines qui viennent de s’y poser, et qui, manifestement, avait eu pour but de le prendre par surprise. Ça avait été réussi. Il avait sursauté. Reste à savoir s’il s’agissait d’un effet de ce contact impromptu, où s’il s’agissait d’une conséquence directe au borborygme que venait de vomir Gallois.
Une fois absolument certain qu’il a finit de lui cracher toutes ses consonnes à la tronche, il tourne la tête. Croise le regard étrangement malicieux de la langue, dont l’inévitable sourire est, très manifestement, tout à fait fier de lui.
Gallois aurait été toute autre personne, qu’Haut-Alémanique aurait certainement réagit avec la sécheresse sévère qui s’imposait. Peut-être même qu’il se serait autorisé de briser un nez, au passage.
Mais il s’agit de Gallois. Et il ne l’apprécie pas, bien sûr. Il reste une langue. Il reste un être insupportable et plein d’un entrain tout à fait désagréable. Cependant, il doit bien admettre que leur relation s’était quelque peu calmée, ces derniers temps. Et, étrangement, il se sent presque prêt à tenter de faire un effort.
« Est-ce que tu viens de me maudire… ? » articule-t-il, d’un ton qu’il prend grand soin de garder calme, impassible.
Il n’aurait pas cru ça possible. Mais le sourire de Gallois s’étire encore, tant et si bien qu’il est tout bonnement certain qu’il allait jaillir hors de son visage pour prendre sa brillante et complète indépendance. Il a l’outrecuidance de lui administrer une tape sur l’épaule gauche.
« Pas du tout ! » s’exclame-t-il, et c’est qu’il a l’air fier de lui, le couillon. « C’est tout simplement le nom d’une des villes du Pays de Galle ! »
Haut-Alémanique plisse les yeux. Il sait qu’il doit avoir l’air vaguement suspicieux. Et il a beau repasser les quelques syllabes qu’il arrive vaguement à reconstruire dans son esprit, il est incapable de voir en quoi cette incantation maléfique peut s’apparenter, de près ou de loin, à un nom de ville.
Et voilà Gallois qui lui passe un bras autour du cou, et qui s’attribue, d’autorité, une place sur sa caisse. C’est ridicule. Haut-Alémanique le fait savoir en poussant le plus long et le plus profond des soupirs possibles.
« En fait, tu vois, c’est absolument brillant, parce que le nom du village, c’est sa situation géographique, » continue Gallois, comme si Haut-Alémanique en avait quelque chose à taper. « Ça veut dire, « l'église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près du tourbillon rapide et l'église de saint Tysilio près de la grotte rouge, go go go ! » Tu vois ? Même plus besoin de carte pour s’y retrouver. »
Le regard de complet jugement que lui jette Haut-Alémanique, étonnamment, le faire rire. Il prend conscience que c’est la première fois qu’il fait ça. Rire Gallois. Et il rit comme il sourit. Comme un gosse. Comme quelqu’un qui n’a jamais eu mal de sa vie. Il sait pourtant que c’est faux. Il voit la mélancolie et l’émeraude, derrière le soleil.
Mais il rit. Il est fier de son nom de ville à dormir debout. Il est fier de l’avoir hurlé aux oreilles du dialecte. Il est fier d’être là, sur cette caisse, parce que c’est, sans le moindre doute, une place de privilégié.
Quel abruti.
Pourtant, Haut-Alémanique se sent presque sourire.
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« Eh, Haut-Alémanique ! »
« … Oui, Gallois… ? »
« Quel est le sport le plus silencieux ? »
« … Je ne sais pas, Gallois. »
« Le parachuuuuut ! »
« … »
« Eheh ! »
« Par pitié, ferme ta gueule. »
« Attah, attah ! Que crie un donut sur la plage ? »
« Misère. »
« Je vais me beignet !! »
« Abruti. »
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« Hochalemannisch. »
Des nouveaux borborygmes. C’est une chose complètement habituelle à entendre. Lorsque la nuit commence à tomber, que la réunion s’est étirée, et que Gallois a envie de jouer les imbéciles. C’en est un différent, cette fois, pourtant. Ce n’est pas une exclamation. C’est un murmure. Ce n’est pas une tentative de le surprendre en lui bondissant sur le dos. C’est, simplement, Gallois qui s’est assis à côté de lui, et qui a sorti ça, tout bas, comme s’il avait peur qu’on l’entende.
Et, surtout, ce n’est pas… ce n’est pas Gallois. La langue employée. Ce sont des consonnances différentes. Des consonnances mal articulées, un peu mangées, déformées, par une bouche qui n’avait pas l’habitude de les prononcer. Des consonnances qu’Haut-Alémanique reconnait très bien. Elles sont germaniques.
Et elles le prennent tant par surprise qu’il tourne, immédiatement, la tête vers Gallois, sans même prendre la peine de chercher à se donner un air impassible. Leurs regards se croisent, immédiatement. Gallois a sa petite fossette. Son petit sourire. Son doux regard. Ses boucles blondes. Son pull trop grand. Haut-Alémanique prend conscience que ça faisait bien longtemps qu’il ne l’avait plus trouvé agaçant.
« Was… ? »
Gallois lève immédiatement son index vers ses lèvres, vers son sourire mutin. Le message est très clair- il faut se taire. Ou, tout du moins, se montrer plus discret. Un autre petit signe lui permet très vite de comprendre pourquoi ; Gallois pointe, silencieusement, le doigt vers Traducteur Automatique, qui oscille entre Breton, Catalan, et Sicilien.
Et puis, enfin, il reprend, très lentement, tâtonnant, balbutiant presque les mots qu’il s’efforce de prononcer.
« Wir sollten nicht… auffallen. Hochalemannish. »
Et ça le frappe. Enfin. Gallois est, littéralement… en train de le parler. Lui. Un simple dialecte. Il est une langue, une vraie, une véritable langue… et il articule, comme si cela lui apportait tout le putain de bonheur du monde… des mots qui lui appartenaient, à lui. Et il prononçait son nom. Son vrai nom. Celui qui n’était pas déformé par la traduction. Lui que si peu de locuteurs semblaient adopter. Lui qui semblait n’avoir que si peu d’importance.
Et il en est si fier, Gallois. Et ses yeux en sont si lumineux, si scintillants. Et son sourire en est si large.
Un véritable gamin.
Haut-Alémanique cligne des yeux. Il prend conscience qu’à son insu, rebelles elles-aussi, quelques larmes y ont pointé. C’est ridicule, sans doute. Parce que ces larmes sont là, mais il le sent aussi. Ce sourire qui est venu se poser sur ses lèvres, à lui.
Et c’est la première fois que Gallois parvient à lui en soutirer un. De sourire. Il ne sait pas si c’était le but. Il voit, simplement, l’encre du regard de la langue qui fond. Un lac chocolat. Douceur, mélancolie, anciens voiles émeraudes, et joie pure.
Il ne proteste pas quand il se sent, sans préavis, attiré dans une étreinte qu’il n’aurait sans doute, en temps normal, jamais autorisée.
« Hochalemannisch, » répète Gallois, tout bas, comme un mantra, comme une putain de prière, une fichue révélation, un secret qu’il ne devrait pas partager. « Lieber Hochalemannisch. »
Il n’y a pas besoin de traduction. Il n’y a que les syllabes que la langue s’approprie, comme si elles étaient siennes. Des mots, un nom. Le sien.
C’était ridicule.
Et Gallois est un abruti, un abruti profond.
Pour la première fois, Haut-Alémanique se prend à penser que ce n’est sans doute pas si grave.
Untitled Project: Robert Smithson Library & Book Club
[Edmunds, F. H. & R. W. Gallois, British Regional Geology: The Wealden District, 1965]
Oil paint on carved wood, 2017
Escapade à Trelew, petite ville au sud de Puerto Madryn qui me rappelle un peu les Etats-Unis avec ses trucks (même si je ne suis jamais allée en Amérique du nord). Pour l’anecdote, son nom vient du gallois “tre”, qui signifie village, et de Lew, diminutif de Lewis, fondateur de la ville. Bon, OK, la ville est plus british que US...