Quarante jours *sans*
Petite expérimentation.
Je vais tenter d’éliminer de mon alimentation divers produits qui, s’il ne me font pas de mal maintenant, finiront par m’en faire à terme. Il est évident que je les consomme principalement avec modération ; ou, quand je fais un excès, je le corrige dans les jours qui suivent.
Je ne le fais pas pour des raisons morales, ni religieuses, ni éthiques ; ça m’a pris comme ça, je me suis dit « Tiens, et pourquoi pas tenter de suivre les conseils diététiques de tel livre ou tel autre ». Il faut juste faire la part de choses entre un conseil manifestement frappé au coin du bon sens (buvez plus d’eau, diminuez vos portions, mangez plus de légumes — ce que je répète à longueur de journée, au demeurant) et des recettes et astuces qui fonctionnent peut-être pour des rentiers qui n’ont que ça à faire, mais pas pour un actif qui trouve que deux ou trois séances de sport dans la semaine, c’est déjà bien (« mangez un avocat par jour », « faites du yoga vingt minutes tous les matins », « buvez au moins un litre de thé vert » ; lol non).
L’avantage, c’est que je suis cuisinier.
Je n’ai aucune crainte sur la perspective de devoir/savoir varier mon alimentation, même en lui retirant la viande, le poisson, le beurre, le pain, les pâtes, le café, le sucre raffiné…
L’inconvénient, c’est que je suis cuisinier.
Tous les jours je cuisine de la viande, du poissons, des œufs, et plus machinalement encore, des produits laitiers : souvent j’étuve mes légumes au beurre, je gratine au parmesan, je lie mes sauces à la crème ; et ça, c’est sans même évoquer la pâtisserie dont tout l’édifice moderne se fonde sur des associations élémentaires œufs + sucre ou beurre + farine.
Pourquoi quarante jours ? Ce n’est pas particulièrement engageant : c’est la durée du jeûne de Jésus dans le désert ou encore, le temps durant lequel l’arche de Noé est restée sur les eaux. En réalité je voudrais que la somme totale de mes jours sans soit égale à un mois. Cette démarche est d’ordre personnel et je n’ai en effet pas l’intention de refuser des occasions de goûter des choses. Je sais que pendant les périodes dites, je vais à maintes reprises avoir l’occasion de manger de la viande et du poisson (a fortiori de qualité) ; j’ai des gourmets parmi mes meilleurs amis et je ne vais pas décliner une sortie au restaurant ; ou encore, je vais à Prague dans quelques jours avec la ferme intention de me baigner dans un barrique de soupe aux tripes tout en enfournant toutes leurs spécialités panées.
Donc, quarante jours de durée pour, disons, au moins trente jours cumulés. C’est juste un peu plus que les livres de développement personnel qui commencent par « 21 jours pour… » ; car il semblerait que notre esprit puisse prendre de nouvelles habitudes en seulement trois semaines pour ensuite les pérenniser. Or, je connais assez bien mon esprit et si je lui dis « pas de sucrerie ni d’alcool pendant trois semaines » il va noter quelque part dans le calendrier de mon Surmoi : « 22 janvier – orgie de bières et de chocolat ».
Un mois, c’est trop court pour entrevoir des effets. Au demeurant je n’ai pas de problème de santé ; je mange relativement sainement et mes excès, s’ils sont récurrents du fait de mon métier et mon appétence, sont tout aussi fréquemment équilibrés par une pratique sportive qui, même artificielle (ou comment le sport en salle a remplacé le rugby, c’est un de mes drames récents), est effective.
Pourquoi maintenant ? Parce que maintenant, c’est toujours mieux que plus tard. « C’est now ! », comme le hurlait ponctuellement Mia Frye dans une téléréalité qui aura rendu son goût du franglais presque aussi célèbre que la principale célébrité qui aura réussi à faire carrière (un bellâtre peroxydé dont on attend encore le coming out — Monsieur Pokora, si vous me lisez, c’est : now).
Je résume très largement la « surprenante vérité » largement déroulée dans le livre du Dr Max McKeown, sobrement intitulé #now, the surprising truth about the power of now. On y retrouve notamment la distinction entre les nowistes et les thenistes, entre les gens formidables qui décident d’agir maintenant et les vilains pas beaux qui s’en remettent à plus tard. C’est aussi simple que cela.
Maintenant donc, un 1er janvier, une nouvelle année qui commence un lundi, c’est super simple pour tenir ses comptes à jour. Le plus dur, c’est de se lancer.
Plus on est motivé à faire quelque chose, plus on est disposé à le faire réellement, c’est ce qu’on nous fait croire depuis toujours alors qu’en réalité, c’est en faisant quelque chose que l’on finit par se motiver de la faire mieux, et plus. Je ne dis pas qu’il faut se mentir à soi-même, ou se renier, ou ne pas s’écouter, ce serait un jeu dangereux. Mais clairement, se dire : « je suis tellement motivé pour aller au sport » et abandonner parce qu’il pleut, qu’on a un trou dans sa chaussette ou que le travail est trop prenant (ce qui sont des excuses globalement valables), ce n’est pas agir. C’est se reposer sur une demi-vérité toute simple : si au moins on était motivé pour le faire, la moitié de l’effort est fait.
Ça marche pour un enfant de six ans mais pas pour un adulte de vingt-qu… Vingt-huit… Ok on arrondit à trente.
Nous y sommes donc. Premier janvier. Ça commence aujourd’hui. Un article sur le sujet dans quarante jours ! (Dans l’intervalle, je publierai quand même quelques recettes sur d’autres thèmes moins exclusifs.)













