- Après tout, c'est que des poils.
Elle m'a regardé comme si j'étais folle, et puis elle s'est remise à pleurer. Mais plus elle pleurait, plus je me sentais en colère, parce que j'étais sûre d'avoir raison.
Je me suis mise à crier:
- On s'en fout, des cheveux ! On s'en fout ! Regarde !
Et là, je ne sais pas encore aujourd'hui ce qui m'a pris. (...) J'ai saisi la paire de ciseaux. J'ai glissé mes doigts dedans, et commencé à tailler dans mes cheveux. (...)
Ma mère a ouvert de grand yeux horrifiés. Aussitôt, elle s'est arrêté de pleurer. Elle s'est élancée vers moi, les mains en avant, pour m'arrêter.
- Tania ! Tania ! Mais tu es folle! Tes cheveux, tes cheveux !
Plus elle s'affolait, plus ça me chatouillait dans la tête et dans le ventre, comme une transe. (...) J'ai jeté mon dévolu sur la crème dépilatoire. (...) Je m'en suis étalé une couche sur les sourcils, sous les hurlements horrifiés de ma mère qui pensais que j'avais totalement perdu la raison. Alors que pas du tout ! Je n'avais même jamais été sûre de moi. Ce que je faisais, c'était un truc de ouf, on est d'accord: mais c'était juste. (...)
- Maman, écoute-moi ! Les poils, ça repousse ! ÇA REPOUSSE !
Et là, le miracle s'est produit.
Ma mère a subitement cessé de larmoyo-brailler, comme si on avait désactivé cette option dans sa tête. Elle m'a regardée, croyant peut-être que j'avais eu une révélation mystique et que je détenais la vérité suprême. Mais elle n'a rien dit. (...)
C'est à cet instant précis que mes sourcils ont disparu. Et que je suis devenu une alien, moi aussi