Douceur Radicale _ Lora Mathis
Ce post est un post que je voulais faire depuis un moment, et qui sera probablement suivi de beaucoup d’autre. J’ai ressassé l’idée de la douceur radicale en tant qu’arme. Ce que je voulais dire quand j’ai défini ce terme. Ce que sont mes motivations. J’ai lu beaucoup de critiques à propos de la douceur radicale et elles m’ont aidé à pousser plus loin ma propre pensée. Quand j’ai partagé pour la première fois, sur internet, mon travail sur cette idée, j’étais encore une gosse et pourtant les gens l’ont traité comme un mouvement développé, avec des intentions claires et concises. Ce que la Douceur Radicale est pour moi
Mon but principal était d’accepter ma propre vulnérabilité et de dire qu’il n’y a pas de problème avec la douceur. Il s’agissait de trier mes sentiments vis à vis de la maladie mentale et de trouver de la force dans mes effondrements émotionnels réguliers. Cette citation d’Audre Lorde me vient à l’esprit : « Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de la préservation, ce qui constitue en soi un acte de guerre politique. »
Ce travail a abordé les termes de la féminité parce que dans mon cas, ma féminité et ma maladie mentale se recoupent. Les abus que j’ai vécu sont fortement lié à mon genre. Je ne dis pas que la douceur est un concept réservé aux femmes cis. (Je ne m’identifie d’ailleurs pas comme femme cis). Il ne s’agit pas non plus de dire qu’il est réservé aux fem (ndt : personnes à l’expression de genre féminine et revendiquée, quelque soit leur genre). Il s’agit juste de dire que je construit mon travail de façon à ce qu’il soit pertinent vis à vis de mes propres expériences. La douceur est un concept qui dépasse les genres. Par dessus tout, mon intention était d’affirmer la force qui se trouve dans le fait de guérir et d’accepter la diversité de ses émotions.
La façon dont la Douceur Radicale est abordée dans une sphère plus large
Quand elle est décrite, la douceur radicale a été enveloppée de rose et souvent associée avec l’enfance des jeunes filles, ainsi qu’avec le féminisme blanc et cis. J’ai lu des articles qui comparent le concept au film Virgin Suicides et qui le rapprochent du travail d’autres jeunes artistes blanches qui ne traitent pas des même thèmes.
Ça m’ennuie beaucoup quand je vois l’idée de la douceur radicale associée avec l’enfance des jeunes filles. Ça semble être une connexion trop facile à faire. « Ho, regardez, voilà encore une jeune personne blanche et féminine qui poste son travail sur internet! C’est rose! On a qu’à pas critiquer son travail du tout, ni y porter le moindre intérêt poussé! Ça va si bien avec le reste de l’esthétique tumblr! »
Ça dilue l’idée qui se trouve derrière en se focalisant plutôt sur l’esthétique pour en faire quelque chose de facile à avaler.
Les privilèges dans la douceur radicale
Je parle en tant que fem blanche, non-hétéro, au genre non-conforme (ndt : dont le genre ne se conforme pas à un modèle genré traditionnel et/ou au genre qui lui a été assigné à la naissance), et qui vient d’un milieu plutôt aisé : je suis privilégiée au possible. En conséquence, mon travail va refléter ces privilèges, peu importe à quel point je m’efforce du contraire. La possibilité d’être douce et vulnérable est un privilège que j’ai. En tant que femme blanche avec un passing cis (ndt : le fait de ne pas « avoir l’air trans » et/ou de cadrer dans un genre socialement accepté), la vie va être plus facile pour moi que pour d’autre.
J’ai fait un effort délibéré pour rendre le zine « douceur radicale » (un zine composé de travaux qui se concentre sur la vulnérabilité et la guérison) divers dans ses approches et pour ne pas simplement atténuer un peu les voix des artistes blanches et cis. Mais il y a beaucoup de travail à faire concernant la douceur radicale et la race. Ceci étant dit, il ne m’appartient pas de faire ce travail. D’autres m’ont contactés pour me dire qu’ils s’emparaient de ces concepts et je pense que c’est très important. Ce travail ne s’arrête pas à moi. Ma façon spécifique de penser, avec les privilèges qu’elle implique, ne parle pas à tout le monde.
Alors… Quoi, à présent ?
Comme je l’ai dit, je me nourris des critiques que j’ai lu. À propos de l’impossibilité de genrer les émotions (ce qui fait référence à une de mes photos qui dit : « encourager uniquement les traits de caractère masculins est néfaste »); du fait qu’utiliser le mot « radical » est négatif; du fait que l’agressivité n’est pas récompensée, parce que même quand une femme va être agressive, elle va être critiquée car toutes les réactions féminines sont critiquées. Je pense à toutes ces choses et je travaille à trouver de meilleurs moyens d’articuler ma pensée. Le langage est important. Être claire et avoir des retours sur son travail est important. J’y travaille.
La douceur comme passivité
J’ai souvent été critiquée dans ma vie personnelle pour « encourager la douceur » et pourtant être méchante envers quelqu’un. Mais être douce n’est pas la même chose qu’être docile. Cela ne veut pas dire ne pas avoir d’opinion. Je suis plus tendre avec moi-même que je ne l’ai jamais été, mais j’apprend aussi à faire face à ma propre colère et agressivité. Je ne dirai jamais aux autres de ne pas être violent.e. Je comprends que c’est une réaction valides face à l’oppression.
Je suis intime et douce avec moi-même et celleux qui me sont proche, mais je ne serai pas aimable avec les personnes abusives. Je ne fais pas supporter la merde de quelqu’un parce qu’il ou elle pense qu’être douxce, c’est être gentil.le en permanence. Je ne me laisserai pas marcher dessus. Je ne serai pas non-violente ou silencieuse. Ça, ce n’est pas de la douceur pour moi. La douceur est puissante. Elle concerne la guérison. Elle concerne la force intérieure. Et la force veut dire être capable de s’affirmer, de se défendre. Il ne s’agit pas de passivité forcée. Source : http://loramathis.com/post/140474165618/on-radical-softness













