Anguille, c'est pas la mort.
Je suis allongé dans un fossé entouré de pins le genre d’endroit où même le soleil hésite à s’attarder et pourtant il insiste aujourd’hui il éclaire tout, même ce qui devrait rester flou
je regarde les nuages, ils ont l’air occupés eux au moins vont quelque part
y’a un type au-dessus de moi couronne d’épines, cliché parfait il me fixe comme on regarde un vieux meuble qu’on n’a jamais eu le courage de jeter
il n’est pas triste juste… un peu déçu comme s’il s’attendait à mieux comme si j’avais raté un truc important sans qu’on m’ait expliqué les règles
il cherche quelque chose dans mes yeux une étincelle, un bug, un signe de vie mais y a rien à signaler juste moi et c’est déjà trop
il me fait un geste j’comprends pas, mec ! j’comprends plus grand-chose en général
peut-être qu’il attend quelque chose mais je suis à court de pièces détachées
me demande pas ce que je pense ça fait longtemps que ça tourne à vide prends c’que tu veux mec ! y a pas grand-chose à voler
j’suis juste un reflet raté dans la vitrine de la vie un éclat de lumière mal placé qui donne envie de plisser les yeux
je me suis réveillé à moitié le plafond me parlait ou c’était encore lui le type avec les épines
il a dit “c’est que le début”
super
alors on court, enfin, j’essaie dans ma tête surtout
la pluie arrive elle a toujours le dernier mot elle remplit le fossé, lentement comme une blague trop longue
ça monte ça insiste ça finit par gagner
j’m’enfonce boue, racines, choses mortes ça sent la fin, mec ou peut-être juste le début de la pourriture
j’ai envie de vomir mais même ça demande un effort
Il fronce les sourcils comme si j’avais dit quelque chose d’inconvenant désolé d’exister de travers, mec ! T’as mieux à proposer ?
le soleil me brûle maintenant ironique je pensais qu’il était de mon côté
cours, qu’il disait, cours
j’prends ce que je peux de moi-même c’est pas grand-chose mais c’est tout ce qu’il reste
les gens se racontent des histoires pour que ça tienne debout moi j’ai arrêté ça tombe quand même
mon prénom ? je crois que je l’ai perdu quelque part peut-être dans ce fossé ou dans une conversation inutile
j’pourrais te le redemander ?
je vois des lettres au plafond ou je crois mais il fait noir
alors je vois quoi au juste
pas mon prénom ça c’est sûr
juste ce regard encore toujours
prends ce que tu veux y’a pas de garantie, tu sais !
j’écris parce que la vérité est moche, parfois. elle laisse des traces sur les mains sur les yeux
alors j’écris autre chose un mensonge un peu plus propre, parfois. Ou un peu plus sale, que la réalité soit supportable. Ecrire un cauchemar pour espérer ne revenir que dans un mauvais rêve.
et quand ça suffit pas je dessine je triche encore un peu
je fabrique une version tolérable du désastre
ça m’occupe ça me sauve à moitié
et pendant quelques heures je quitte ce monde celui qui gratte trop
puis le réveil arrive sans prévenir
et il me rappelle que même les échappatoires ont une fin.











