Du consentement dans les relations amoureuses
Article Original de Shelly posté sur More Than Two de Franklin Veaux
Note : ce billet à aussi été traduit en italien. La version italienne se trouve ici. Vous pouvez aussi lire l’autre billet de Shelly ici (en anglais).
Ceci est un billet de mon amoureuse, Shelly. Elle nous l’a envoyé comme essai il y a quelques semaines et ça nous a tellement estomaqués qu’on lui a demandé si on pouvait le réimprimer. Nous allons développer ces idées dans le livre et éventuellement utiliser des extraits de cet essai. - Franklin
Le consentement est une idée radicale
J’aimerais que cette discussion soit la plus courte de tous les temps. J’aimerais pouvoir dire que nous avons tous l’inaliénable souveraineté de nos corps, de nos esprits et de nos choix, et clore la discussion ici. Je veux dire, les gens bien ne violent pas le consentement d’autrui et je suis quelqu’un de bien, non ?
Eh bien, c’est pas tout à fait aussi simple. S’il y a un truc avec lequel nous sommes collectivement vraiment très à l’aise depuis le début de l’histoire de l’humanité, c’est bien de violer le consentement d’autrui. Enfant, on est souvent maltraité physiquement, émotionnellement, légalement. Autant on nous dit qu’on a toujours le choix, autant on se rend vite compte qu’on a le choix entre être à la rue et un environnement de travail abusif ou une situation domestique abusive. Autant il semblerait qu’on ait atteint une forme de consensus où le viol c’est mal, autant il semblerait qu’on baigne dans une culture où on fait débat autour des différentes circonstances qui rendraient certains viols mérités.
Dans la vie, il y a plein de situations auxquelles on est confronté où il s’agit de fermer les yeux et d’accepter la perte du contrôle qu’on a sur nos vies, nos esprits ou nos corps. Mais s’il y a bien un endroit où on ne devrait jamais avoir à faire ça, c’est dans nos relations amoureuses. Ça à l’air évident comme ça, mais ne nous y méprenons pas : c’est une idée radicale.
Axiome #1
Les personnes qui sont en relation sont plus importantes que la relation.
Le consentement me concerne
Il y a pas mal de flou autour du mot « consentement ». Je propose d’en restreindre un peu la définition parce que si on n’est pas au clair sur ce qu’est le consentement, on ne va jamais réussir à en parler.
Le consentement me concerne : il concerne mon corps, mon esprit et mes choix. Mon consentement est requis afin d’avoir accès aux choses que je possède. Tu n’as pas besoin de mon consentement pour faire des choses parce que je ne possède ni ton corps, ni ton esprit, ni tes choix. Par-contre, tu as besoin de mon consentement dès lors que ton comportement empiète sur mon espace personnel.
Si mon amoureux⋅se sort et couche avec une douzaine d’inconnu⋅e⋅s, il se peut que ça rompe un accord, mais il-elle n’ enfreint pas mon consentement. Si il-elle couche avec moi ensuite sans m’avertir de ce qu’il-elle a fait, il-elle viole mon consentement parce qu’il-elle me prive de ma capacité à faire un choix éclairé.
On ne peut pas comprendre la notion de consentement sans comprendre la notion de limite
Mes limites sont mes contours. Qu’est ce que mon espace personnel ? Est-ce ce que moi seul⋅e détiens et qui requiert obligatoirement une autorisation d’accès ?
C’est assez personnel et nous ne savons souvent pas où se situent nos limites avant qu’elles ne soient franchies. Mais je pense qu’on peut grosso-modo les diviser en trois catégories : Mon corps, mon esprit et mes choix.
Axiome #2
De faible limites personnelles nous sont néfastes.
Mon corps
Nous sommes tous plus ou moins conscients de l’endroit où se situent nos limites physiques. Elles peuvent commencer à fleur de peau ou dès lors qu’on sent le souffle d’autrui. Elles peuvent aussi commencer à l’autre bout de la pièce. C’est l’endroit à partir duquel on se sent touché et physiquement affecté par autrui. Quand on partage un lieux avec d’autres personnes, ce qui arrive souvent dans les espaces communautaires, on peut avoir momentanément besoin d’arrêter de le partager. Ça dépend de l’endroit où se trouvent nos limites à ce moment-là.
Dans le cadre des relations amoureuses, on négocie souvent l’espace physique qu’on partage. Dans le cas où la sensation d’être touché commence au-delà de la peau, on peut avoir besoin de négocier un espace qu’on peut contrôler. Pour certain⋅ne⋅s ça peut être une chambre à soi. Pour d’autres ça peut être aussi simple que d’avoir un peu de temps tranquille sur le canapé. Toute fois, sans espace individuel, ou bien la capacité d’en négocier un quand on en a besoin, la seule solution pour imposer une limite physique est de quitter l’espace partagé.
Mon esprit
Il s’agit de notre expérience mentale et émotionnelle du monde, de nos souvenirs, de notre réalité et de nos valeurs. Du simple fait d’être au monde, nous laissons des gens entrer dans notre espace mental personnel. Les limites de notre esprit sont peut être plus difficile à déceler que nos limites physiques. Nous sommes des créatures sociales et même les interactions les plus bénignes font appel à nos limites mentales et émotionnelles. Les limites de notre esprit sont celles qui sont les plus faciles à franchir pour autrui mais ce sont aussi celles sur lesquelles nous avons le plus de contrôle.
« La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe mais peut lui faire croire qu’elle mérite qu’on lui crache dessus. »
C’est un peu facile de dire « ne donne pas aux gens le pouvoir de te faire du mal ». Ça ne tient pas compte de notre besoin de connexion et d’acceptation. Ça ne tient pas compte non plus de notre besoin de retours sur notre perception du monde. Je crois que même la personne la plus équilibrée au monde verrait ses limites mentales ou sa capacité à être intime se détériorer si elle était continuellement rejetée. Je crois aussi que le seul moyen de maintenir de bonnes limites mentales, de circonvenir au rejet social et d’évaluer quand se désengager d’une relation, c’est d’avoir une bonne connaissance de soi, une bonne confiance en soi et d’avoir du soin et de la compassion pour soi-même. En somme, il s’agit d’adopter un comportement qui favorise l’estime de soi.
Axiome #3
Des limites mentales solides requièrent de l’estime de soi.
Quand on s’implique dans des relations intimes, on laisse les gens entrer dans notre esprit. On ouvre les limites de notre esprit. On laisse une poignée d’élus nous affecter profondément. C’est beau, c’est formidable et, à mon avis, c’est une des choses qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Mais ton esprit t’appartient à toi, et rien qu’à toi. Tes partenaires intimes, ta famille, ton patron et la dame au supermarché ne font que te l’emprunter. Et si cette intimité t’es dommageable, tu as le droit de t’en rétracter. Toujours.
Mettre des limites mentales c’est différent de mettre des limites physiques. Quand je met une limite physique, j’exerce un contrôle sur ce que tu fais de ton corps étant donné qu’il est dans mon espace. Ne me touche pas là, ne t’approche pas de moi, sors de chez moi. Mais lorsqu’il s’agit de limites émotionnelles, on doit faire attention à ne pas rendre les autres responsable de notre état mental. Quand on dit à quelqu’un : « ne dis pas, ne fais pas ce truc qui m’énerve », on ne me met pas une limite, on essaye de gérer des gens qu’on a laissé aller au-delà de nos limites. Cette gestion, et la haute probabilité qu’on a d’être responsable du bien-être psychologique d’autrui, induit rapidement de la coercition dans la relation. Et la coercition érode le consentement. Doit-on faire des demandes aux autres afin de maximiser notre santé émotionnelle ? Oui ! Doit-on essayer d’honorer ces demandes sainement si on peu le faire ? Oui ! Est-ce que les autres sont responsable de mon bien-être et de ce que je ressens ? Non.
Mes choix
A chaque fois qu’on est confronté à un choix, on convoque nos propres valeurs et notre expérience afin d’analyser les informations dont on dispose. La façon qu’on a d’aborder ce processus et les conclusions auxquelles on arrive constitue une grande partie de qui fait ce que nous sommes.
Je suis une collection d’expériences, de souvenirs, de préférences et de sentiments. J’ai une façon unique de comprendre la réalité parmi des milliards. Mais je suis aussi la somme de mes choix. Mes choix sont l’endroit où j’arrête de rêver et où je commence à œuvrer, où j’arrête de faire des plans et où je commence à construire. À mon avis, les choix sont l’endroit où l’être humain peut être vraiment beau et parfois vraiment affreux.
Le choix est sans doute la limite personnelle la plus difficile à défendre. Il semblerait qu’il y ait une croyance prédominante qui veut que si nous étions assez puissants pour faire nos propres choix, on deviendrait des monstres et que dès lors, il vaut mieux qu’on confie nos décisions à une autorité externe. Notre société est bien imprégnée de cette idée et ça semble façonner la manière qu’on a de bâtir nos relations. Sans entrer dans un débat quant à savoir si les gens sont fondamentalement bons ou mauvais (ou encore une 3eme option), je voudrais que tu regardes bien ton-ta partenaire et que tu te demandes si tu respectes sa capacité à choisir, même si ça te fait mal, même si ce n’est pas ce que tu choisirais.
Axiome #4
On ne peut pas consentir si on n’a pas le choix.
Quand on entame une relation romantique, on fait un choix. Avec le temps, on construit une vie. Ça peut impliquer des engagements et des responsabilités légales et financières. En prenant ces engagements, on doit raisonnablement faire ce qu’on peut pour s’y tenir. Mais il y a une différence entre la construction d’une vie et l’intimité. Le consentement concerne l’intimité. À chaque instant, on doit avoir la sensation d’avoir le choix quant à l’intimité à laquelle on participe.
Le consentement n’existe que dans l’instant
On ne peut pas consentir à l’avance. On peut faire état de ses intentions. On peut prendre des engagements qui n’impliquent pas nos limites personnelles. Mais le consentement ne vaut que pour ici et maintenant. Imaginons que je dise à ma-mon partenaire « J’ai envie de baiser avec toi dans cinq minutes. Si t’en as envie aussi, j’aurai complètement, à 100 %, envie de baiser avec toi. Je te garantis que c’est OK à 100 %. Je m’y engage. Voilà un papier officiel avec ma signature. » et imaginons que cinq minutes plus tard, je dise « non ». Si ma-mon partenaire baise avec moi malgré tout, c’est un viol. (Si tu participes à du non-consentement consensuel, tu sauras qu’il faut quand même avoir un code de sécurité ou un moyen de reconnaître le moment où le consentement est révoqué. Si tu n’en as pas, tu bascules dans l’abus.)
Axiome #5
Un consentement préalable à de l’intimité de supplante jamais, au grand jamais, un retrait de consentement dans le présent.
J’ai pris un exemple assez extrême, mais s’en est un avec lequel j’espère que tout le monde sera d’accord. Cependant, on fait souvent toutes sortes d’accords concernant une intimité future et ensuite on fait comme si ces accords abrogeaient nos limites au moment-M.
la coercition érode le choix
Être en relation romantique consensuelle signifie qu’on n’est jamais tenu à aucune intimité à venir. Dans une relation romantique consensuelle, tu peux toujours choisir l’intimité dans laquelle tu t’engages. L’intimité, c’est tout ce qui franchi tes limites personnelles. Ça peut être dormir ensemble, le sexe, s’enlacer et s’embrasser, le partage émotionnel, vivre ensemble, partager certaines expériences, ou faire des choix communs.
Encore une fois, tu peux faire état de tes intentions mais tu ne peux pas consentir à l’avance. Les deux personnes doivent reconnaître et respecter leurs limites personnelles actuelles, indépendamment des intentions dont on a fait état par le passé. La raison pour laquelle c’est très important, c’est que si il y a obligation tacite, la relation peut facilement devenir coercitive.
En fait, c’est vraiment difficile d’éviter toute coercition en matière de relations amoureuse parce que les limites sont susceptible d’être posées quand l’intimité est déjà mise à mal et qu’il y a beaucoup à perdre. Quand les relations vont bien, elles nous rendent meilleurs, elle rendent nos vies plus riches et il est facile d’oublier qu’on a des limites, parce qu’il n’y a aucune raison de les souligner. Dès lors que la communication s’érode, que la confiance est remise en question, qu’on perd le contrôle ou qu’on est profondément malheureux, et qu’une ou les deux personnes essaient de poser des limites, ça peut être terrifiant.
À quoi ressemble la coercition ?
La coercition c’est quand on rend les conséquences d’un « non » à de l’intimité tellement grandes que ça annihile toute possibilité d’opérer un choix raisonnable. Il y a des coercition évidentes, comme les menaces, qu’elles soient dirigées vers l’intérieur ou l’extérieur. Mais je me suis rendue compte que la coercition arrive de façon assez organique quand on pense que notre partenaire nous doit de l’intimité. Si lorsque ton-ta partenaire te dit « non », tu te prépares à une dispute au lieu d’accepter son choix, tu es sans doute sur le point de devenir coercitif.
Si ta-ton partenaire essaye de poser une limite, il-elle a vraisemblablement une très bonne raison de le faire. Ça n’a peut être même rien à voir avec toi. Les probabilités que le consentement de ta-ton partenaire ait été violé au cours de sa vie sont immenses, et il se peut que ça ait été très grave. Reconnais sa capacité à se défendre, sa connaissance de soi, fais preuve de gratitude pour l’intimité qu’il-elle t’a déjà offerte et indique clairement que tu respectes son autonomie et sa capacité à faire des choix, même si tu ne comprends pas ce qui se passe ou pourquoi.
Il peut aussi arriver qu’on te manipule et qu’on pose des limites de manière à être coercitif avec toi. La rétention d’information et le silence sont des techniques classiques de chantage émotionnel et peuvent, de prime abord, être difficile à distinguer d’une délimitation saine. Il est même possible qu’on pose des limites juste pour te punir.
Mais tu sais quoi ? Ça n’a aucune importance. La solution est de ne jamais forcer qui que ce soit à faire des choses qu’ils-elles n’ont pas envie de faire. Remercie-le-la et respecte son choix. Et si tu ne peux pas respecter son choix, c’est qu’il est temps d’examiner tes propres limites.
Pourquoi il ne faut pas mentir
Je vais faire un petit détour pour parler de l’intersection qu’il y a entre l’intimité mentale/émotionnelle, le choix et le consentement. Quand on entames une relation amoureuse, je crois qu’il y a une forme d’intimité à laquelle on es tenu de participer. Et si, à un moment donné, tu te rends compte que tu ne peux plus y participer, tu as la responsabilité de mettre fin à la relation. Je veux parler ici d’une communication ouverte et honnête.
Pour qu’une relation soit consensuelle, il est crucial que tu sois à même de dire qui tu es du mieux que tu peux. Tu dois donner la possibilité à ta-ton partenaire de décider d’être dans cette relation en toute connaissance de cause. Si tu mens à ta-ton partenaire ou que tu fais de la rétention d’informations cruciales, tu la-le prive de sa capacité à consentir à cette relation. Les informations importantes qui doivent être communiquées sont à négocier en amont et sont propres à chaque relation.
Le plus important est de communiquer les choses qui pourraient être des causes de ruptures ou qui seraient susceptible de compromettre la santé physique ou émotionnelle de ta-ton partenaire. Ta-ton partenaire mérite d’avoir la possibilité de choisir comment ils veulent être en relation avec toi en fonction des nouvelles informations. Ça peut par exemple être lié a ton comportement sexuel avec d’autres, à l’usage de drogues, à l’acquisition ou l’usage d’armes, à des pulsions ou des comportements violents, à des dépressions ou des tentatives de suicide.
Tu peux forcer quelqu’un à faire certains choix, ou user de coercition afin qu’ils-elles fassent tel ou tel choix, mais en mentant ou en faisant de la rétention d’informations vis à vis de ton-ta partenaire, tu lui retires jusqu’à la possibilité de savoir qu’il y avait un choix à faire.
La peur, cet indicateur
Pourquoi ai-je si peur dans cette relation alors qu’il n’y a aucune menace physique imminente ?
Si tu te surprends à te poser cette question, vérifie tes limites. Tu sais où elles se trouvent ? Quelle quantité de pouvoir d’affecter ton bien-être, ton estime de toi, peut être même ton désir de vivre, as tu donné aux autres ? Rappelle-toi que lorsqu’on confère à quelqu’un le pouvoir de nous affecter et d’entrer dans nos pensées, on ne fais jamais que prêter ce qui nous appartient. Si tu as peur c’est que tu as trop donné. Quand tu regardes vers l’avenir, est-ce que tu vois des choix ? Est-ce que quitter la relation est un option viable ? Est-ce que modifier la relation est une option viable ? Est-ce que poser des limites est une option viable ? Qu’est-ce qui se passe si je dis « non » ?
On voit plein de relation s’écrouler dans la tristesse, la colère, la douleur et les sentiments de trahison. C’est déconcertant de voir sa relation s’imbiber de peur mais je crois que c’est souvent la trajectoire d’une relation qui manque de consentement. C’est là qu’on commence à se plier à nos peur au lieux d’embrasser nos rêves.
Axiome #1
Les personnes qui sont en relation sont plus importante que la relation.
S’il doit y avoir un endroit sécurisant au monde, ce doit être auprès des gens qu’on aime. Je ne parle pas de la sécurité donnée par des garanties mais de la sécurité de pouvoir être tout ce qu’on est. La sécurité de pouvoir être en mouvement, de changer et de rêver. Mais pour être en sécurité, il être entier.
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