La mélancolie du reprographe
Gutenberg en était l’inventeur et son secteur est désormais en péril. L’imprimerie ainsi que la reprographie sont des métiers en grand danger. Portrait de l’un de ces artisans parisiens, Joseph Larcher.
Lorsqu’on entre dans le magasin, l’ambiance est glaciale, le fouillis et les documents éparpillés un peu partout ne sont guère accueillants. Un homme seul, vogue de machine en machine remplissant les bacs à feuilles sans sourciller. A 72 ans, Joseph Larcher est reprographe. Ce vieil homme triste et chétif travaille à Paris dans le 10ème arrondissement dans sa petite boutique. Son métier ne se limite pas à une fonction de reproduction. Plus subtile, plus minutieux : « la reprographie est un métier qui demande de multiples compétences aujourd’hui, notamment au niveau des compétences informatiques. Je dois souvent retravailler certains documents qui ne peuvent pas être imprimés tel quel. » Malgré l’amour qu’il dit porter pour ce métier, c’est l’image d’un homme usé et aigri que laisse transparaître ce commerçant.
Une vingtaine d’années que cet homme est installé et travaille chaque jour de la semaine pour gagner sa vie : « Je suis journaliste et éditeur de base puis j’ai décidé d’arrêter car j’en avais marre. J’ai donc racheté cette boutique ». Joseph dit être un passionné d’écriture et aura donc fait toute sa vie dans le domaine du papier. Néanmoins aujourd’hui le plaisir n’a plus l’air d’être le même. Il ne prend même plus le temps de lire les documents qu’on lui demande de traiter : « Je fais ce qu’on me demande ça s’arrête là. Peu importe le document, chacun fait ce qu’il veut. Moi je me contente d’exécuter des consignes. Lorsqu'il y a vraiment des choses qui ne peuvent pas techniquement être imprimés, je les modifie. »
« Vous croyez vraiment que j’ai la tête à me soucier de la concurrence ? »
Depuis qu’il s’est installé, la concurrence dans le quartier s’est accrue et il y a notamment une forte augmentation de commerçants asiatiques. Cela laisse le reprographe de marbre, l’énerve même un peu : « Je m’en fiche complètement de la concurrence ! Vous croyez vraiment que j’ai la tête à me soucier de la concurrence ? Ce serait insensé à mon âge ». Sa boutique n’est pas un lieu de passage fréquent et c’est seulement après une bonne demi-heure qu’une première cliente fait son entrée. L’accueil est très froid : « Qu’est-ce que vous voulez ? » lui rétorque-t-il. La jeune femme est surprise et demande gentiment une impression qu’il est dans l’incapacité de faire, la faute à un manque de matériel. Celle-ci repart après d’infimes minutes sans même esquisser un « au revoir ».
A l’image de la situation de Joseph, c’est tout un métier qui doit faire face à une large concurrence. « Les gens ont chez eux de plus en plus de machines plus sophistiqués les unes que les autres » remarque-t-il. Mois après mois, l’homme est toujours resté aussi désabusé. La clientèle se faisant rare, il passe plus de temps à faire des vas et viens dans son magasin qu’à utiliser ses deux grosses imprimantes multifonctions sans cesse allumées. « Avec l’esprit un peu écolo que les gens ont maintenant en plus, ils sont poussés à utiliser de moins en moins de papier et à tout conserver sous format numérique ». constate Joseph Larcher. Sa clientèle se retrouve donc un peu plus réduite de ce fait.
Il ne sait pas encore combien de temps il travaillera dans sa boutique mais il s’est maintenant habitué au quotidien morose. Il se rassied donc et attend patiemment que de nouveaux clients viennent frapper à sa porte afin d’égayer – peut-être - ses journées.