Peurs et interdits s'attachent plus encore au corps de la femme qu'à celui de l'homme. Le médecin zélandais Levinus Lemnius ( 1505-1568), auteur d'un ouvrage très connu en Europe, affirme que ce dernier sent naturellement bon au contraire de sa compagne : “La femme abonde en excréments, et qu'à cause de ses fleurs [règles] elle rend une mauvaise senteur, aussi elle empire toutes choses et détruit leurs forces et facultés naturelles”. Comme Pline l'Ancien, il croit que le contact du sang menstruel détruit les fleurs et les fruits, ternit l'ivoire, fait perdre au fer son tranchant et rend les chiens enragés. A la suite d'Henri Corneille Agrippa, il ajoute à la liste des désastres la mort ou la fuite des abeilles, le fait que le lin chauffé noircisse, l'avortement des juments, la stérilité des ânesses et plus généralement l'impossibilité de concevoir, prétendant même que la cendre des draps tachés par ce sang décolore la pourpre ou les fleurs. De plus, il étend la notion délétère à l'odeur féminine proprement dite, elle-même issue de la froideur et de l'humidité propres à ce sexe, alors que la “chaleur naturelle de l'homme est vaporeuse, douce et suave et quasi comme abreuvée de quelque odeur aromatique”. A la différence du mâle, la femelle ne sent pas bon du tout, au point que son approche fait sécher, salit et rend noirâtre la noix de muscade. Le corail pâlit à son contact, alors qu'il devient plus rouge sur un représentant du sexe fort ou si on enfonce dedans une graine de moutarde.
En d'autres termes, le corps féminin inquiète les hommes. (…)