En sortant de chez Luigi, je finis de lire un mouve de Lilou à propos de ses chats et lui proposai un petit « call », mais elle était certainement occupée. C’est ainsi que je me rendis à la bibliothèque pour avancer dans ma lecture. Irina Hagenauer, dans ses Carnets d’observation périphérique (2025), parlait d’un jeu sur le temps de latence. Elle expliquait, en effet, que Newman Lao jouait sur le retard, la suspension du sens, qui crée un effet particulier chez les lecteurs-joueurs: une nécessité de revenir sur son blog, de l’explorer de fond en comble — sans que cela ne permette véritablement d’éclairer qui il est… Un paradoxe en soi que, personnellement, j’avais remarqué en observant comment Newman Lao lisait La maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’effectuait pas un commentaire académique. Son commentaire était un commentaire libre qui reposait sur la mémoire involontaire. Du coup, en lisant ce dernier, nous n’explorions pas le livre de Danielewski mais plutôt l’univers mental de Newman Lao. Son univers, avec La maison des feuilles, dévoilait sa part d’ombre: les couloirs souterrains du manoir. J’ai toujours redouté cette partie de lui-même, car, comme le pressentait Eleana, il y a bien chez Newman Lao un côté obscur. Ce « côté obscur », Ruby Dahl l’avait relevé dans sa fameuse étude sur l’espace où elle en vient à établir une comparaison entre la maison et le manoir. La maison dévoile la structure de l’inconscient, ce qui — bien évidemment — n’est pas sans me rappeler la thèse de Lacan chez qui l’inconscient est structuré comme un langage. Or, le langage de Newman Lao est fragmentaire et elliptique. Loin d’être pour lui un défaut, ce langage fondé sur le fragment lui permet de jouer avec ce qu’il appelle une logique modulaire. Serait-ce en lien avec une logique symbolique au sens où Lacan cherchait à la fonder avec φ, c’est-à-dire le phallus? Quelqu’un comme Sweety penserait que si. Cette dernière, dans sa volonté de déterminer ce que φ représentait exactement chez le schizoanalyste lausannois, en vint même à utiliser le registre de la psychopathologie pour caractériser son comportement qu’elle pensait en quête de LA vérité, comme si la réalité ne lui suffisait pas. Bien que la thèse de Sweety soit digne d’intérêt dans le sens où elle mobilise le regard de l’Autre, sa lecture semble quelque peu exagérée. Par la suite, on découvrait que Pierre correspondait bien mieux à son analyse. D’ailleurs, lorsque Newman Lao était chez Luigi, ce dernier lui avait expliqué que Camille Driand l’avait bloqué, certainement sur la base des instructions de Pierre. Du moins, était-ce leur hypothèse. Ruby Dahl, elle, sur la base d’une épistémologie rigoureuse cherchait à accéder à la structure de l’inconscient de Newman Lao à partir de l’épistémologie du manoir. Cette approche n’était en rien risquée pour Ruby Dahl, puisque le schizoanalyste lausannois avait laissé suffisamment de traces pour explorer cette piste de manière sûre.