Les temples de Torus
Un torus est « une surface de révolution générée par un cercle en rotation dans un espace tri-dimensionnel autour d’un axe coplanaire avec le cercle ».
Si l’on vulgarisait, on pourrait dire que c'est un solide en forme de donut.
Pour Joeri Woudstra, c’était un pseudonyme plus facile à porter que Dead Stick Donut, son sobriquet initial.
Joeri est originaire de La Haye, la deuxième ville la plus importante des Pays-Bas après la célèbre capitale du tourisme cannabistique.
Rapidement lassé du dubstep encore omniprésent dans les clubs Hollandais il y a un an, Torus se concentre sur la production d’un son plus personnel et s’adonne à des expérimentations rhytmiques. En 2013, à l’âge de 21 ans, il sort un premier EP « Yard Sale », puis « Feeel » à la fin de la même année sur le label londonien Sonic Router.
Il y a deux semaine, il dévoilait le clip de son nouvel EP « Temples » paru en novembre dernier sur le label néerlandais Rwina Records (le retour de l’enfant prodigue au pays).
Une vidéo qui annonce la couleur…ou justement l’absence de couleur.
On plonge directement dans un univers inquiétant où Torus semble pourtant nous guider. Le balcon d’une chambre plongée dans les ténèbres où l’on trouve des éléments souvent utilisés par Torus dans ses visuels à savoir les plantes en pots et les colonnes type vestiges d’un empire grec éteint dont le fantôme se réveillerait, bien décidé à se venger de ceux qui l’ont réduit en cendres. Précisons que l'artiste réalise lui même tous ses visuels.
Musicalement, il adhère au mouvement généré par Shlohmo, Flying Lotus ou encore Devonwho. Où les beats se construisent et se déconstruisent sans pour autant blesser l’oreille bien au contraire.
On entendrait presque un seapunk déchu, une pointe de witch house optimiste. Où l’on se balade entre joie et tristesse sans se poser de question, comme on visite les ruines d’un temple dont l'âme ne s'est échappée vers aucun Tartare.
Les progressions sont lentes mais le timing est bon: ça frappe quand ça doit frapper et cela nous retiens de tomber dans les profondeurs qui s’offrent à nous lorsque nous y sommes précipités.
Torus aime également jouer avec les bruits de son quotidien - des clés qui tombent, le claquement de baguettes chinoises -, les distord et il en résulte des claquements, des grincements qui vont se fixer parfaitement à l’architecture de ses productions.
Dans une interview, accordée au site Los Bangeles, il explique être inspiré par les choses qui sont là où elles ne devraient pas être ou bien où l’on ne s’attend pas à ce qu’elle soit.
Propos d’ailleurs illustrés par un remix spatio-sous-terrain du hit coloré des années 90 : « Freed From Desire » de Gala.
Finalement, malgré ce désordre volontaire, ce qui marque chez Torus c’est sa cohérence.
Si les pyramides sont le mystère de la conscience dans laquelle on n’entre pas (Herr Bramart), les temples de Torus nous ouvrent leurs portes et sans audioguide, on sait s’y retrouver. On s’envole jusque dans ce mystérieux palais suspendu (voir visuel) pendant Ethereal, on se perd dans ses recoins les plus sombres accompagnés par U R. Puis Creepin nous aide à nous échapper pour nous faire traverser des couloirs tourmentés où la nature reprendrait presque ses droits; et enfin on se retrouve "face 2 Faced" avec l'hôte des lieux, rassurant, qui nous raccompagne vers la sortie. Et à la fin de l’écoute on est heureux du voyage et on n'a qu'une envie, y retourner.
Si M. Woudstra continue de produire à ce rythme, on peut penser que le prochain embarquement est pour bientôt.












