Daniel Schneidermann sur ELUCID
Quelle honte, que ce monsieur qui a été aux manettes durant tant d'années, nous sorte aujourd'hui son intérêt subit pour l'historicité coloniale française. Que n'était-il pas sensible à son influence sur le terrain social et politique il y a trente ans, lorsque c'eut été salutaire pour des générations grillées et une France qui sombre dans l'ignorance servile du libéralisme qui la noie?
Enfin, ces "personnalités" ressorties du mou-consensus des 80/90/2000, ignorantes des réalités sociologiques profondes et désireuses de se faire une place en buzzant le déni colonial sont pitoyables. De même les acteurs d'un "renouveau" communautaire qui auraient identifiés ce que leurs parents avaient laissé passer facile...
Effectivement, Mr Schneidermann, vous aviez de sacré zone d'ombres dans votre raquette lumineuse, lorsque la simple analyse des transferts de fonds à partir de 1973, jusqu'en 1989 avec la guerre d'Afghanistan, qui voyait la CIA former des adversaires capables de bouter les soviétiques hors de leurs territoires. Combattants qui reviendront essaimer dans tous les pays arabes, et notamment l'Algérie, pour provoquer la guerre civile qu'on a également ignoré en France, dans ses conséquences géopolitiques.
Comment s'être empêché de visualiser, émotionnellement, l'aspirateur à conscience qui se met en place dès la chute du mur, aspirateur libéral donc à têtes multiples, versatile et retors comme un... Colon!
Rater l'aspect profondément duplice et colonial du libéralisme a été l'erreur ou la compromission du personnel intellectuel et politique. Cela a empêché fondamentalement la transformation post-coloniale des mentalités métropolitaines, entrainant leur bascule xénophobe. La responsabilité de ces journalistes et commentateurs est donc double, au titre de leur erreur et à celui de leur intérêt à la commettre.
On partait, en 1986, 88 et 94, de collégiens et lycéens dans la rue massivement pour une transformation éducationnelle radicale. post-libérale, post coloniale. Une jeunesse bigarrée, multicolore, culturellement appartenant à la sphère francophone, oui, phone et phile, à l'époque. En tant que français, la critique radicale du pays et de ses dirigeants était inscrite au menu de chaque tablée, et vertement. Mais dès la victoire libérale, entamée dans les 80, par l'employabilité et dans l'éducation nationale, par une certaine gauche post Mitterrandienne surtout, sous influence consumériste américaine, ont fait ignorer le désir, l'asipration de faire sens, de libérer la parole des générations issues des populations anciennement colonisées.
Au contraire, tout a été fait dans l'éduc nat et la presse, mais aussi du côté des criminologues, psy et chercheurs en sociologie, pour écarter les véritables raisons historiques et politiques d'une ébullition sociale et culturelle. Certainement car c'est un des leviers du libéralisme anglo-saxon, de jouer sur les tensions communautaires. Les jeunes ont donc servi, comme traditionnellement, d'activateur de désordre et d'un "durcissement républicain" à l'égard des populations désignées. Désignées comme sauvageonnes, réfractaires, délictueuses et séditieuses.. Tout ça sans leur avoir donné la moindre possibilité institutionnelle de s'exprimer!
Car c'est là qu'échouent les vagues successives de libéralité intellectuelle que se permet le pouvoir et ses affidés, quand ils se disent de gauche et/ou pensent pouvoir prendre des libertés avec leur anciens dompteurs. Car la jeunesse, en régime républicain libéral, bourgeois, est la première des "nations obscures" à pacifier, conquérir, domestiquer. L'enfant loup ou sauvage, le sauvageon, l'apache, le pirate, peter pan... Dans les récits du 19eme siècle on retrouve ce qui va guider le pouvoir, tout pouvoir libéral, économiquement et intellectuellement devrait-on indiquer, à une tentative génocidaire chronique.
Domestiquer les enfants, infantiliser les femmes et les colonisés, outre l'héritage d'un esclavage non assumé également. Les colliers de fer ont précédé les colliers électriques et les chaines en or, les masques de bois ceux de fer, qui sont maintenant fard et pixel. La vitrine reste et doit rester infranchissable. L'occident se farde, s'arque-boute sur le non sens de sa propre identité, de son historicité et ce vieux mâle blanc épuisé intellectuellement par le succès devrait user de toute son influence pour aller trouver, ailleurs que chez de jeunes bourgeois libéraux de gauche ou de droite, dans les marges des livres non écrits, des pensées retenues par la grille de l'étang et évacuées par l’égout, concaténées par le broyeur, accumulées en fond de fosse commune, que dans ses carnets d'adresse et de rendez-vous, l'inspiration. Lisez mieux les commentaires (et peut-être le mien) que ne le peut l'algorithme (lui le fait consciencieusement) , car de toute évidence vous n'êtes pas au fait de votre propre intellectualité bourgeoise libérale.