Rencontre avec Léa Daghfal : la directrice de l’école.
A Achkout, les matinées sont le théâtre de diverses activités. Les grands garçons font de la menuiserie. Les filles font de la danse en préparation du spectacle qui a lieu pour clôturer la colonie. Les enfants plus petits font du coloriage ou des collages/découpages. Pendant ce temps, d’autres enfants ayant des difficultés scolaires plus prononcées suivent des cours de soutien et de remises à niveau. Le centre de Achkout se divise en deux structures indépendantes : l’internat qui accueille les enfants venant de milieux sociaux très défavorisés et l’école qui accueille les enfants de l’internat aux problèmes scolaires également très prononcés. Certains d’entre eux ne sont jamais allés à l’école avant l’âge de 10 ans. Les enfants suivent des cours dans une école normale pendant l’année mais suivent en complément des cours de remise à niveau avec des éducateurs spécialisés ici à la colonie. Une orthophoniste et une psychologue viennent deux fois par semaine afin de répondre plus précisément aux besoin de ces enfants. L’aspect disciplinaire est également fortement valorisé. La directrice me raconte qu’à son arrivée, il y a un an, aucune forme de politesse n’était respectée par les enfants. Désormais au bout d’un an, plus aucun enfant ne rentre dans une pièce sans frapper à la porte, un simple « merci » qui était un défi pour le faire sortir de la bouche des enfants est devenu une norme. En arrivant dans la salle de classe, je me rends compte de la turbulence de certains enfants. Je vois l’un deux assis sur la table refusant de travailler. Cependant, au bout de quelques minutes de dialogue avec cet enfant, il finit par s’asseoir sur sa chaise et sort son cahier d’études. La directrice me confie la sensibilité qu’elle porte au cas de chacun de ces enfants à l’héritage social faisant plus part d’un boulet que d’une bouée. Même si la directrice affiche une certaine autorité, elle ne peut s’empêcher de donner aussi de la tendresse à ces enfants afin de gagner leur confiance et les motiver à changer leur comportement.
Elle me relate l’histoire de Youssef, un petit garçon aux problèmes majeurs. S’il s’est retrouvé dans cette école, c’est parce qu’aucun établissement ne voulait de lui à cause de son comportement turbulent. Elle raconte qu’un jour, Youssef s’est coincé le doigt dans une porte et s’est mis à crier, pleurer sans pouvoir s’arrêter et surtout sans vouloir. La directrice l’avait pris à part dans son bureau pour lui parler, lui avait nettoyé son doigt et calmé en le prenant dans ses bras. Il avait compris alors qu’à Achkout, les adultes ne voulaient que du bien pour lui, qu’il était dans un endroit dans lequel douceur, confiance et responsabilité se conjuguaient parfaitement. Elle avait profité de ce moment de complicité ayant suivi la crise de nerfs pour lui faire promettre d’améliorer son comportement. Elle m’a enfin expliqué que depuis, Youssef est un enfant différent se donnant beaucoup de mal pour changer. La directrice me fait part également de l’intérêt qu’elle porte au partenariat entre l’AFEL et l’AMSED et des valeurs communes aux deux associations. Je lui précise que nous sommes venus ici pour observer et dresser un compte-rendu à l’AMSED afin de prolonger le partenariat et faire en sorte de susciter la participation future de volontaires les années suivantes. Nous nous quittons après une discussion très constructive, une poignée de mains pleine d’espoir pour un avenir commun.












