24 mars : la mobilisation continue, la pression policière s’intensifie
Plus de 5 000 manifestants ont défilé ce jeudi dans les rues rennaises, étudiants et lycéens. Une marche encadrée par un imposant dispositif policier, et marquée par les assauts de CRS. Au moins deux manifestants ont été blessés, un autre placé en garde à vue.
Au-dessus des banderoles, pancartes et drapeaux du cortège, une voix s’élève, amplifiée et hachée par un mégaphone : « à ceux qui veulent casser le code du travail, les jeunes répondent ». La masse des manifestants lui répond : « Résistance ! »
Ils étaient nombreux à être sortis des facs et des lycées pour descendre dans la rue. En tête du cortège, les banderoles marquent la présence des différents établissements, Rennes 2 en tête, suivie du campus de Beaulieu et de Sciences Po. Tout autour, et malgré les mots d’ordres des organisateurs, s’agite une volée de lycéens, qui se porte en avant de la marche pour être au plus près des zones de tension.
En face, le déploiement policier est impressionnant, et tranche avec les premières mobilisations. Si les forces de l’ordre avaient brillé par leur absence le 9 mars, ce sont huit camions de CRS qui, toutes sirènes hurlantes, se sont pressés au niveau de la dalle de Villejean, peu après le départ du cortège ce jeudi-là. A posteriori, il semble que leur priorité n’était pas d’aller chercher un petit verre de pastis.
Alors que le cortège arrive au niveau des Horizons, une première charge, violente. Embusqués dans une ruelle adjacente, les CRS attaquent par surprise et en nombre les manifestants, taillent l’avant du cortège et s’emparent des deux banderoles des militants autonomistes. Celles-ci avaient été rembourrées pour protéger le cortège des tirs policiers. Il faut quelques instants pour que le mouvement de fuite se calme, et que le cortège se reforme.
Dans le centre-ville de la capitale bretonne, les cordons de force de l’ordre sont omniprésents. En particulier, les accès à la gare sont verrouillés, le souvenir des deux dernières occupations est encore vif. La manifestation louvoie dans les rues, pour éviter la confrontation, pour retomber à chaque fois à nouveau sur les policiers. Ceux-ci se montrent particulièrement agressifs, coupent le cortège à plusieurs reprises, gazent les manifestants. La tête du cortège tente de rejoindre son arrière-garde encerclée sur la place de l’hôtel de ville, et s’immobilise en un sit-in face aux forces de l’ordre qui se déploient pour protéger la mairie. Après une longue attente, le cortège se réunifie.
Un peu plus loin, les rues menant à la préfecture régionale sont violemment gardées. C’est qu’il ne faudrait pas que la venue du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian soit troublée. Alors que la marche arrive vers le Thabor, en face de l’église Saint-Melaine, et fait mine de s’avancer en direction de la rue Martenot, les gaz lacrymogènes inondent abondement la manifestation, provoquant un repli général. Les vapeurs poivrées rue Saint Melaine, touchée quelques instants auparavant, n’étaient pas encore dissipées. Pliés en deux dans ce brouillard répressif, étudiants et lycéens toussent, pleurent, fuient, la peau, la gorge, les yeux brûlés. Les équipes médicales distribuent largement leurs sérums physiologiques.
CRS et policiers de la BAC bloquent alors tout accès au centre-ville, et la manifestation, au son de la trompette et des mégaphones, retourne lentement vers l’université de Rennes 2. Tout au long de cette marche, les forces de l’ordre talonnent agressivement la queue du cortège.
Réunis en Assemblée Générale spontanée dans l’université, dans le brouillard des fumées de cigarettes, les manifestants annoncent qu’au moins une personne a été arrêtée. Deux autres ont été blessées par les forces de l’ordre, dont une par un tir de flashball au visage. Une étudiante de Rennes 2, elle, a été frappée par un policier en civil après la manifestation, alors qu’elle se trouvait à son arrêt de bus. Cette fois, la police ne se sera pas même embarrassée par l’excuse des provocations des manifestants. Elle réprime, elle attaque, elle frappe, elle gaze directement.
Peut-être se prépare-t-elle elle aussi à la grève générale et à la manifestation du 31 mars. Les chiens de garde se crispent de plus en plus. Le gouvernement doit commencer à s’inquiéter.
EDIT 26/03 - 14h04 : Quelques manifestants blessés de plus...













