STEPPED OFF THE GOLDEN — Asano Gakushū
chap.o1 ; asano gakushū
" Les détails font la perfection, et la perfection n'est pas un détail." — Leonard de Vinci
L'être parfait est sans défaut. L'être parfait est celui qui, autant dans le caractère moral qu'esthétique, a atteint son paroxysme. Dans la pensée commune, de ce que plusieurs individus avancent, personne n'est parfait. On aura beau posséder toutes les qualités, toutes les compétences, dans n'importe quel domaine, cependant nul n'est immaculé.
Asano Gakushū se considérait comme non loin de la perfection ou plutôt, c'est ce que la plupart de son entourage voyais en lui : Ren, Seo, la classe-A, l'entièreté de l'académie Kunugigaoka, les inconnus. . .mais jamais son père.
Après tout, il excellait dans tout ce qu'il touchait et s'attirait bon nombre de personnes : les études, le sport, les admiratrices, les admirateurs, les journalistes, les paparazzis, les relations publiques. . .mais jamais son père.
Cependant. . .Asano Gakushū se considérait comme non loin de la perfection. . .était-ce vrai ? De retour au collège, assis devant son bureau avec l'ensemble de sa classe derrière lui et dans un élan de fierté et de suffisance personnelle, il se serait surement dirigé vers une réponse positive du moins, l'aurait sous-entendu.
Mais que pouvait-il dire maintenant ? Là , plongé dans le noir ?
Loin d'effleurer la perfection, il ne se voilait plus la face maintenant.
— Lovely.
Un projecteur suspendu balaya sa lumière blanche et éthérée vers sa forme immobile.
Une statue, muette sur un plateau de glace.
La mélodie débuta, à travers les notes mélancoliques, tristes d'un piano. Dès l'instant où les enceintes furent allumées Gakushū sortit de sa contemplation vide, un pied devant l'autre, une lame devant l'autre alors qu'il glissait sur la glace artificielle. D'autres instruments venaient s'ajouter au son et lui continuait à avancer, esquissant des cercles qui s'agrandissaient, encore et encore jusqu'au premier couplet.
Thought I found a way
Thought I found a way, yeah
Sous cet éclairage qui suivait ses moindres faits et gestes il releva élégamment ses bras, alignant ainsi ses épaules alors qu'il se mettait en place pour son saut d'ouverture. Ayant pris assez d'élan, le jeune patineur plaça son pied gauche derrière sa jambe droite, s'inclinant légèrement vers l'arrière et sans une seconde de plus s'élança dans un tour et demi, dans les airs : l'axel.
But you never go away
So I guess I gotta stay now
Un saut, souvent considéré comme l'un des plus difficiles mais pour lui, le prodige de tous, ça n'avait été que l'entrée, il n'en avait fait qu'une bouchée. Il aurait pu proposer un double, sinon un triple-axel mais le ton soyeux de sa musique imposée entendait délicatesse et sentiment, choses qui semblaient bien plaire au public car à son atterrissage, une pléthore d'applaudissements vint noyer le lieu. Pour ne rien changer.
Oh, I hope some day I'll make it out of here
Even if it takes all night or a hundred years
Need a place to hide, but I can't find one near
Wanna feel alive, outside I can fight my fear
Sous cet air conditionné, le jeune homme continuait son ballet sur la fine glace et laissait sur son sillage, les maintes zébrures de ses lames. A chaque figure, des applaudissements foudroyants. Et il les réussissait toutes. Malgré la féérie qu'il provoquait chez le public et les jurys, la tête relevée et baignant dans un voile scintillant, son visage lui, restait de marbre. La beauté de son spectacle allait de pair avec son apparence malgré la simplicité de sa tenue ; un simple top noir, aux détails dorés et à manches courtes, qui saillait à sa carrure suivi d'un pantalon tout aussi sombre. De par sa grâce et sa fluidité, Gakushū savait qu'il plaisait et ravivait ces personnes venus assister à la compétition.
Isn't it lovely, all alone
Heart made of glass, my mind of stone
Mais plus que tout, lui, seul sur ce plateau, savait qu'il piétinait la concurrence. Le premier prix assuré à ce stade là , Gakushū continuait sur sa perfection artistique : légèreté sur ses patins, tempo respecté, des paumes claquantes encore et encore. . .
Tear me to pieces, skin and bone
Hello, welcome home
Il releva une énième fois ses bras, le mouvement s'accompagnant d'une levée de jambe arrière alors qu'il ramenait la commissure de son patin vers ses mains, maintenant sa jambe gauche en extension au-dessus de sa tête. Grâce à la vitesse prise plus tôt, son enchaînement l'envoya tournoyer vingt fois sur son axe, balayant ses mèches rousses-claires qu'il avait soigneusement dégagé de son front.
Walkin' out of town
Lookin' for a better place
Something's on my mind
Always in my headspace
Et alors qu'il clĂ´turait sa pirouette Biellman avec brio cette ombre noire, lĂ , par-delĂ les panneaux de sponsors, captura sa vision. Et il faillit flancher mais tint bon, comme il savait toujours le faire, parfois le faire.
Cette respiration qu'il contrôlait venait maintenant par à -coups et il sentit cette sueur froide longer sa nuque alors qu'il confrontait ces orbes aussi améthystes que les siens, aussi ternes que les siens si ce n'est que ce fard pailleté et vaporeux qu'une maquilleuse lui avait appliqué sur les paupières. Se souvenant que son père ne daignerait jamais venir le voir, Gakushū ferma les yeux et tenta une bonne fois pour toute de reprendre le contrôle, sûr que son imagination lui jouait des tours. Conclusion tout à fait inacceptable car il se devait d'être concentré, de garder en mémoire sa perfection artistique car le rideau de fin ne s'abaissera pas de suite.
Oh, I hope some day I'll make it out of here
Even if it takes all night or a hundred years
Need a place to hide, but I can't find one near
Wanna feel alive, outside I can fight my fear
Ses paupières laissèrent place à la lumière, sans aucune trace de cette ombre noire massive et fluctuante aux iris mauves. Il respirait à nouveau posément, son acte allait finir en beauté.
Isn't it lovely, all alone
Heart made of glass, my mind of stone
Tear me to pieces, skin and bone
Hello, welcome
home
Et il voguait, voguait sur cette étendue de glace et ce jusqu'à la dernière note.
A la fin, ce fut d'abord le silence ensuite, l'ovation générale. Gakushū salua le public en bonne et due forme quoique au fond, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Pour dire vrai, il se serait passé de toute l'acclamation, de tout ce patinage, de toute chose mais le voilà , ici.
Vint la suite, lorsqu'il retira ses patins, qui se déroula comme une borne cinématique usée et répétitive où il représentait un vague spectateur. Un dernier candidat s'osa dans la glace, il perdra, pas même la troisième place. Il s'en fichait car quand vint la lumière, partout dans la salle, le jury eut vite fait de faire sa délibération et les minutes suivantes, le voici en haut du podium, médaille d'or et coupe en main. Il se devait de sourire, de ne montrer que la dose de fierté et de modestie qui séduira les sponsors, de sortir le discours qui charmera toute ouïe et d'offrir son meilleur profil aux flashs asphyxiants.
Le voici, en haut du podium, son coach à côté de lui avec une paume posée au milieu de son dos, le visage radieux et fier de cet élève, le visage radieux et répondant à toutes questions qu'on lui posait, l'incitant à mettre en valeur sa coupe dorée.
Trop de lumière, trop de gens, trop de bruits. . .mais il maintenait son sourire parfait en place. . .mais il voulait partir.
Une éternité passa, ou presque, et l'euphorie se dissipa. De petits groupes se formaient ici-là bien qu'il ne se fatiguait à retenir des visages, ni des noms. Son coach bavardait bruyamment partout où il pouvait et il profita de cette diversion pour se retirer, quitte à s'enfuir comme un voleur vers les vestiaires.
— Asano !
Faisant halte à sa voix, l'interpellé dirigea son regard vers sa source. Avec ce mince sourire éternellement accueillant et cette frange qu'il ne daignait couper, Ren se tenait à côté des gradins face à l'entrée, alors qu'il agitait sa main, captant ainsi son attention. A sa première année universitaire, le brun s'est offert des piercings aux oreilles et laissait maintenant pousser ses cheveux du côté droit, ne gardant que la partie gauche rasée. Sa manie coureur de jupon ne voyait pas de fin et il continuait de s'attirer les foudres de petits-amis jaloux, réussissant presque à créer un bain de sang. Heureusement pour eux, une leçon de morale signée Asano Gakushū eu effet sur le Don Juan.
Le roux lui renvoya ses salutations d'un léger hochement de tête, l'informant qu'il partait récupérer ses affaires. Joignant la parole par l'acte et ses épaules maintenant détendues, voyant là une occasion de déguerpir, il longea les couloirs étroits des locaux avant de s'arrêter aux portes des vestiaires communes.
Sa tâche ne lui prendra que peu de temps, soit ranger ses patins, ses prix dans son sac de sport et partir avec ce dernier. Faisant fi de l'odeur de transpiration mélangée à celle du déodorant bon marché qui collait à l'endroit, le roux ne gaspilla pas une seconde, enfilant son chandail et attrapant sa veste alors qu'il zippait son sac. La douche sera pour plus tard.
Il se releva, son sac pendant à présent sur son épaule et lorsqu'il tourna sur ses pas, il le vit.
— Asano-kun, tu pars déjà ? Les célébrations viennent tout juste de commencer pourtant. . .
Sa voix grave comme amplifiée dans cette salle, cette dernière semblant graduellement exiguë. Elle se faisait étroite, encore et encore, jusqu'à ce que chaque coin et recoin, chaque casier percute la bordure de sa vision. Brusquement, Asano coupa sa respiration, l'arrière des yeux brûlant.
Pour beaucoup, c'était un homme attrayant qui se tenait devant lui. Comme son père, il atteignait la fin de la quarantaine. Son coach possédait de courts cheveux sel-poivre, une mâchoire forte et ces yeux bridés typiquement asiatiques et luisants. Une expression contemplative peignant son faciès, il attendait réponse à sa question. Malgré la carrure imposante du quadragénaire, le plus jeune puisa sur toute l'énergie qui lui restait pour relever sa posture, la tête haute, les sourcils froncés et le visage féroce. Ses ongles creusaient la lanière de son sac, définitivement moins détendu qu'à l'arrivée de Ren.
Les narines évasées d'une haine bouillonnante, il partit vers l'entrée sans une once de politesse alors qu'il cognait son épaule contre celle de l'homme, ne lui répondant qu'au venin dès que sa mâchoire se sépara, sifflant entre ses dents.
— Ne-me-touchez-jamais en public !
Gros porc, pourquoi ne l'a-t-il pas énoncé à voix haute ?
La réalisation de sa respiration haletante, de sa vision floue et de ses jambes tendues ne lui vint qu'après avoir franchi la porte des vestiaires à l'odeur de transpiration et de déodorant bon marché avec maintenant, un soupçon de l'eau de Cologne de son coach.
Il eut un haut-le-cœur révoltant.
ooo
— T'en as pris du temps, ça va ?
Après s'être dépêtré de son air penaud, s'excusant de n'avoir pu voir que les dernières minutes de sa prestation, Ren Sakakibara tendait à présent un paquet de lingettes démaquillantes à son ami, qu'il venait tout juste de repêcher dans ses affaires.
— L'on ne me lâchait plus avec les compliments.
Un tour aux toilettes avait été de mise.
Le paquet sous le nez, Asano questionna le plus grand - de quelques centimètres - d'une œillade, bien qu'il soupçonnait la réponse. Comprenant l'interrogation silencieuse, le brun esquissa un long sourire, renvoyant un clin d'œil malicieux et gagnant.
— L'agence de mannequinat que je convoitais à répondu positif ! Elle n'a pas perdu une seconde pour m'organiser un shooting le jour même, voilà la raison de mon retard, ce soir. Je pense aussi, ou plutôt je suis sûr, qu'une maquilleuse m'a sous le viseur. Fit le bonhomme tout heureux, passant ses doigts à travers sa frange. La douce m'a offert quelques présents en guise de bienvenue.
— Bien pour toi mais tu n'étais pas obligé de venir aujourd'hui, ni même les autres jours.
— Je ne vois pas ça comme une obligation, aucunement.
Observant son air déconnecté pendant qu'il se nettoyait le visage, Ren proposa qu'ils aillent manger un bout quelque part au moins, pour fêter les victoires de la journée.
— Tu n'aurais pas vu mon père par hasard ? Lorsque tu rentrais.
Intrigué, Ren le regarda en continuant de marcher, sous les lueurs de la ville. Impassible et fastidieux à lire, Asano regardait droit devant mais le brun savait mieux, comme à chaque instant que le sujet Asano Gakuhō était élevé. Ça le rendait méfiant et inquiet.
— Non, pourquoi ? Il était présent ?
— Ce n'est rien. Oublie.








