Alma Matrix
ALARIC PERROLIER : Fruit de l'amitié de Léo Ferré avec Serge Arnoux, peintre et lithographe lotois de presque vingt ans son cadet, Alma Matrix émerge durant l'été 1970, dès lors que Léo s'installe à demeure en Italie et que son matériel d'imprimerie est de nouveau opérationnel. Serge l'y rejoint et Léo lui propose de réaliser un luxueux livre d'art érotique de grand format, composé à quatre mains. Tous deux étant passionnés d'imprimerie, ils en réaliseraient le tirage eux-même. Stimulé, en réaction à une vingtaine d'aphorismes et de vers « sexuels » proposés par Léo, Serge Arnoux réalise une quarantaine de dessins « automatiques » ; notamment des corps féminins aux formes fantastiques, directement inspirés de Hans Bellmer. L'ambition initiale du duo est de proposer du pleine page et de créer des collages qui puissent se déplier en relief sur des double-pages. Parallèlement, Léo écrit un texte en six mouvements à la gloire de la « matrice nourricière ». Sans doute part-il d'un précédent texte intitulé Hot Box, où il ravivait son souvenir des prostituées fréquentées jadis. Avec cette nouvelle prose Léo se veut à la fois sensuel et sulfureux. Comment dès lors assembler au mieux texte, aphorismes et dessins ? Un premier état du projet est maquetté en 1971. Le duo y retravaille en 1972. Et puis... les choses en restent là, le projet passant alors par une ribambelle de mises en page tout au long des années 70 sans pouvoir hélas jamais trouver sa forme définitive. Nous en donnons ici une version ramassée et tardive, quand Serge Arnoux n'est plus aux côtés de Léo pour finir le travail. L'intention n'est plus la même. Aussi ce livre doit-il s'envisager avant tout comme un « état » — ainsi qu'on le dit d'une gravure — d'un work in progress particulièrement cher au cœur de Léo Ferré. Alaric Perrolier – 2016. // https://leo-ferre.com/alma-matrix










