Rencontre en eaux troubles
L’artiste montréalaise Dominique T. Skoltz nous plonge en eaux troubles avec y20, une série de courtes vidéos filmées sous l’eau, où évoluent un homme et une femme (l’animatrice et comédienne Vanessa Pilon et le compositeur et danseur Jacques Poulin-Denis), dans une sorte de danse éthérée, le tout dans une ambiance sonore feutrée.
Cette œuvre, visuellement captivante, fait très justement référence à cette zone grise dans laquelle évolue toute relation amoureuse : ce lieu de rencontre entre deux eaux fait d’attirance et de répulsion, de franchise et de pudeur, d’enchevêtrement et de solitude, mais aussi d’ennui et de passion…
Sous la surface, gestes et mots sont suspendus: un mouvement en appelle un autre, et le tout forme une sorte de mouvance perpétuelle que rien ne peut interrompre. On plonge dans le grand bain (et dans la liaison), et on est engagé de tout son être, dès le premier geste. Parfois, le rythme se casse, comme un disque rayé, suggérant l’hésitation de l’un ou de l’autre... mais cette vacillation disparait instantanément, pour se soumettre à la puissance du courant général.
À d’autres moments, le corps s’accroche plus longtemps, les pieds emmêlés dans une étagère. En manque d’air, balloté par le courant, il finira lui aussi par céder au balancement des fluides. Pour la scène finale, c’est l’eau qui s’écoule, révélant progressivement les deux êtres, dans toute leur disgrâce et leur pesanteur.
Touchée par cette œuvre universelle et profondément esthétique, dans laquelle chacun de nous peut y trouver un écho à son vécu personnel, je ressors du centre Phi l’esprit voguant, avec ces sempiternelles questions en tête: comment rester entre deux eaux sans s’asphyxier? Faut-il se laisser aller pour remonter tranquillement à la surface, ou pour mieux couler?














