Le numérique est-il compatible avec l’action solidaire ?
Les nouvelles technologies sont-elles déshumanisantes ? Ou peuvent-elles, à l’inverse, être mises au service de notre humanité ?
C’est par ces interrogations que la revue Visions Solidaires Pour Demain, éditée par la Fondation Cognacq-Jay, ouvre son deuxième numéro.
Un numéro consacré justement au couple numérique et solidarité, avec les témoignages de Cynthia Fleury, Laurence Devillers - que nous avons reçu dans un précédent Rendez-Vous du Futur - Valérie Peugeot et Denis Pansu.
Quelques chiffres marquants sont mis en avant, à commencer par celui-ci :
41% des ménages pauvres, en France, s’estiment déconnectés
Alors qu’ils ne sont que 20% à se considérer comme tels sur l’ensemble de la population française.
A l’heure où l’accès aux droits, aux démarches administratives, aux recherches d’emploi, s’effectuent de plus en plus par internet, la privation du numérique s’ajoute à l’exclusion sociale et culturelle, comme une “troisième peine”. Mais pour Denis Pansu, on ne peut plus véritablement parler de fracture entre les inclus et les exclus du numérique. Il vaut mieux parler “d’illettrisme numérique” :
“L’enjeu, selon lui, tient moins à la possession et à la maîtrise des outils qu’à la capacité à transmettre et à recevoir des messages, à faire ensemble, à construire des projets avec d’autres, dans une société désormais structurée par les technologies de l’information et de la communication.”
C’est le rôle fondamental que jouent les 5000 EPN (Espaces Publics Numériques) répartis en France, par exemple. Ce sont à la fois des centres de ressources sur les outils numériques mais aussi des lieux de formation et d’échange sur les usages souvent méconnus qu’offre le web.
L’objectif n’est pas seulement d’acquérir une maîtrise technique. On y aborde des questions métier, projet, autonomie, démarches, réseaux, et aussi tout ce qui concerne les usages et leurs limites, au regard de ce que permettent les paramètrages des outils.
CAR LA TECHNOLOGIE N’EST PAS NEUTRE
“Elle ne sort jamais de nulle part, explique Valérie Peugeot. Elle embarque avec elle la vision, les objectifs des concepteurs, des chercheurs, des ingénieurs ou des développeurs à l’origine de son invention et de sa fabrication.”
L’imbrication du design dans les scénarios d’usage est déterminant. A moins d’être capable de rentrer dans le code d’un programme, le paramètrage de la plupart de nos outils numériques se réduit à choisir entre différentes options “déjà là”, comme l’exprime le chercheur Anthony Masure.
D’où l’importance de soutenir les pratiques nouvelles qui s’expriment dans des livinglabs ou fablabs, par exemple, pour a minima prendre conscience du mécanisme en action sous le capot de nos appareils et au mieux inventer de nouvelles applications et outils qui répondent d’abord à l’innovation sociale.














