Protéger le climat, une entreprise de justice sociale
On va dire qu'ils sont « de retour », mais en vérité, ils ne sont jamais partis. Tout juste la crise du covid leur a-t-elle imposé un bâillon provisoire. En novembre 2021 déjà, plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour le climat marchaient à nouveau dans les rues de Bruxelles. Rebelote ce 23 octobre, avant le sommet climatique qui se tiendra en Egypte dans un mois. Avec une nouveauté : ce week-end, une action de désobéissance de masse visera TotalEnergies, totem de la lutte contre les pétroliers, adressant par-delà un énième message aux autorités. On pourrait répéter ici bien des choses écrites aux portes de l'hiver dernier. Qu'on sent de la résolution, de l'anxiété, de l'énervement, de la colère qui monte. Et les événements climatiques de cet été, en Europe et dans le monde, n'ont à l'évidence pas calmé les esprits. Que la Belgique n'est toujours pas en ordre de marche. Il y a pile 30 ans, notre pays a pourtant signé la convention de l'ONU sur le changement climatique, s'engageant à « préserver le système climatique pour les générations présentes et futures ». Tous les 4-5 ans, il est pourtant destinataire des rapports du Giec. Il a pourtant signé l'accord de Paris en 2017. Il est pourtant membre de l'Europe qui a pris d'ambitieux engagements climatiques et se dote d'un arsenal législatif de plus en plus contraignant... Mais on peut réécrire que si les stratégies se vendent comme des petits pains, les mesures concrètes tardent. Que, pour diverses raisons, nos responsables politiques éprouvent les pires difficultés à écorcher les traditionnelles vaches sacrées le soutien aux énergies fossiles, l'obsession de la croissance, la conception classique de l'économie, les vieilles recettes de mobilité, la perpétuation des inégalités, l'omniprésence de la publicité et des injonctions à la (sur)consommation...
Personne ne niera qu'en loupant sa sortie du nucléaire, décidée en 2003, la Belgique a raté par la même occasion le tournant de la transition écologique.
Après avoir accumulé retard sur retard, elle affronte désormais la pire crise énergétique de son histoire récente, sans avoir pu se protéger à temps. Si on n'y prend garde, les indispensables mesures de protection prises dans l'urgence retarderont encore de plusieurs années les tout aussi indispensables mesures de décarbonation.
Rompre avec les approches segmentées, réconcilier les enjeux, ne pas insulter l'avenir en étant incapable de remettre en cause les carences du présent, voilà le défi. Un autre, non moins important, concerne les activistes qui manifesteront ce week-end et plus tard convaincre ceux dont les finances fondent que la défense du climat est avant tout une entreprise de justice sociale. La réconciliation de ces enjeux est une des clefs qui détermineront le succès de la transition vers une société zéro carbone.
Michel De Muelenaere dans Le Soir












